[CL] Imposture

Greil, Arek, Fafnir, Nergui et Kyuuji étaient désormais aux pieds du Castrum Solus dans Azys Lla. Ils se préparaient à l’attaquer quand les Songes de Nymeia les retrouvèrent. Ils étaient nombreux, armés et visiblement ils n’allaient pas les laisser faire. Leur venue sortit Kyuuji instantanément de sa haine. Cela faisait une semaine maintenant qu’il était dans une sorte d’état second, en proie à une haine insatiable envers l’Empire. C’était grâce à cela qu’il avait tenu le rythme imposé par Greil. Le rythme et les atrocités qu’ils avaient perpétuées. Son retour à la normalité s’accompagna des accusations que les Songes lancèrent contre Greil.
Imposture, duperie, tromperie, abus. Ils l’accusèrent d’être un clone de Greil devenu fou par l’approche imminente de sa mort. Le Raen était déjà arrivé à la conclusion que Greil était aux portes de la mort, mais il était loin de se douter qu’il s’agissait d’un imposteur. Et comment l’aurait-il pût ? Il ne connaissait que cet homme-là. Bien que certains avaient essayé de l’avertir, ils n’avaient rien dit de convainquant, se limitant à dire qu’ils avaient le sentiment que ce n’était pas Greil. Kyuuji avait entendu leurs doutes mais il n’avait pu les comprendre. Ceux qui connaissait mieux leur second, ceux qui l’avait connu avant, avaient perçus quelque chose que Kyuuji ignorait et personne ne le lui avait dit clairement de quoi il s’agissait. Il avait simplement mit ces changements sur le compte de l’approche de sa mort. Qui ne changerait pas en apprenant qu’il était condamné et que son espérance de vie n’était plus que de quelques lunes ? Qui pouvait lui reprocher d’être désormais pressé de remplir ses objectifs ? Kyuuji pensait que personne n’avait compris que Greil était condamné, il pensait que c’était ce changement qu’ils percevaient. Il était loin de se douter que c’était une conséquence et non la cause de ses changements.
Lorsque les Songes lui prouvèrent que le Greil qu’il suivait était un imposteur, le Raen en fut abasourdit, étourdit et terriblement perdu. Il avait été aveuglé par sa haine et par la confiance qu’il avait en Greil. Mais il en avait profité. C’était la première fois que le manque de défiance de Kyuuji l’emmenait à de telles conséquences.
Déjà perturbé, le Raen se retrouva plus mal encore quand Greil décida de s’en prendre à l’ex-superviseur de la Compagnie, la sous-maréchale Rynia. Sans pitié, il l’a tua dans un accès de colère. Kyuuji et d’autre tentèrent de la sauver mais il était trop tard. Le choc était grand pour le Raen. Si grand qu’il ne suivait plus les conversations, il n’entendait plus rien, ni personne. Il ne voyait que les Songes s’attaquer à Greil qui se contentait de rire. La voix du second, appelant Kyuuji à se battre à ses côtés, le ramena à la réalité. Il était hors de question de lever la main sur les Songes, et il se refusa à aider le guerrier. Il avait déjà fait trop d’erreurs.
Puis le combat éclata. Greil répondit coups pour coups tandis que les Songes mettaient à exécution un plan qu’ils avaient visiblement préparé. Dans la fureur du combat, loin de la haine qu’il entretenait pour l’Empire, Kyuuji était presque lucide. Il se rangea du côté des Songes et les soignait dès qu’ils subissaient des dégâts. Heureusement, il n’était pas seul à les soigner. Et il était rôdé à l’effervescence des combats. Il réagissait à l’instinct, son esprit était encore perdu ailleurs, en proie au remords, aux troubles et aux doutes, mais il donnait tout ce qu’il pouvait.
Le combat était acharné, des Songes furent blessés puis soignés, Greil et son armure étaient d’une puissance remarquable. Après de longues heures d’échanges acharnés, les Songes finirent par le mettre en déroute. Epuisé, le guerrier s’abandonna à la folie. De son côté, Kyuuji se laissa tomber au sol et se prit la tête entre les mains, s’abîmant dans ses réflexions les plus profondes. Il ne vit pas ce qui se déroula ensuite. Il n’entendit pas ce qui se disait. Soudain, une lumière aveuglante l’éblouit puis l’instant d’après Greil avait disparu. Derrière les Songes lessivés par le combat, deux inconnues venaient d’arriver. Mais cela n’intéressa qu’un bref instant le Raen. Il s’abîma de nouveau dans ses pensées troublées.
Une voix familière le ramena à nouveau à la réalité. La majorité des Songes étaient déjà partie, mais Sylfeline le regardait visiblement inquiète et soucieuse. Bientôt rejointe par Fafnir et S’milawy, elle essaya de rassurer le Raen, lui demandant de rentrer à la villa avec eux. Parfaitement conscient de son tort, Kyuuji savait qu’il se devait de les suivre, personne ne le laisserai s’échapper après cela, et lui-même n’en avait pas l’envie ni la force. Un nouveau Greil, plus jeune que celui qu’il avait connu jusque-là, s’intéressa également à lui. Il n’avait pas l’air de le juger. Il semblait presque content de voir une nouvelle tête masculine au sein des Songes. Encore en état de choc, le Raen, se laissa entrainer et ils rejoignirent la villa.
Devant l’arche qui marquait l’entrée du jardin, Kyuuji fut envahi par le doute. Il n’osa pas franchir le portail. Il ne réalisait pas l’inquiétude qu’il provoquait chez ses compagnons, son esprit était ailleurs. Il se força à les suivre quand tous rentrèrent à l’intérieur et il se posta dans un coin à côté de la porte, n’osant aller plus loin. Il s’appuya contre le mur et essaya de rester lucide. Mais ce n’était pas simple. Il assistait à des retrouvailles entre les fondateurs de la compagnie, qu’il n’avait connus, et leurs membres. Le Raen ne se sentait pas à sa place. Il s’efforça de se faire discret et petit. Pour une fois, il remercia sa petite taille.
Rapidement pourtant, le hall de la Rêverie se vida et le Raen ne passa plus inaperçu. Certain lui témoignèrent de l’hostilité, lui rappelant qu’ils l’avaient prévenu. Kyuuji en était conscient, mais il n’avait pas compris l’avertissement. Il n’avait pas d’excuse. D’autres lui témoignèrent un léger soutien. Les mots de Vherkin le touchèrent particulièrement. Mais le Raen savait qu’il devrait répondre de ses actes, c’était de sa responsabilité. Surveillé de près par Lhei, il n’osait pas bouger malgré l’épuisement qui s’abattait lentement sur lui. Il n’essayait pas vraiment de le cacher, l’esprit encombré de doutes, de remords et de regrets.
Une voix inconnue le tira de ses pensées. Une Miqo’te qu’il ne connaissait pas semblait curieuse à son sujet. Kyuuji remarqua alors Yukina à ses côtés, il ne l’avait pas vu ni entendu s’approcher. Il se présenta à celle qu’il pensait être Prinesca, la fondatrice des Songes de Nymeia, douloureusement conscient qu’il n’était pas en très bonne posture. La première impression était souvent déterminante, et celle que le Raen avait laissée aux Fileurs de retour devait être déplorable.
La présence de la jeune Raen l’apaisa plus que tous les mots qu’il avait entendu jusque-là. Alors quand la villa se vida un peu plus, Kyuuji réussi à lui parler presque normalement. Elle lui témoigna son inquiétude, son amitié et sa sympathie. C’était tellement plus que ce qu’il espérait, que ce qu’il osait espérer recevoir. Il s’efforça de se reprendre un peu pour ne pas plus l’inquiéter, en vain visiblement. Mais leur conversation l’apaisa réellement. Légèrement plus confiant, il se rendit dans les forêts de Sombrelinceul, à la fontaine d’Urth pour méditer de tout ce qui s’était passé. Et ce, depuis son arrivée dans la Compagnie Libre.

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