[CL] Ishgard – Les Forges

Ishgard était terriblement froide. Tant pour le climat que pour l’ambiance. Les Ao ra n’y étaient plus aussi mal vu qu’auparavant, mais les tensions étaient encore bien palpables. Heureusement, Kyuuji ne souffrit d’aucun regard réprobateur, ne pouvant les voir, ni de gestes déplacés, sa condition d’aveugle jouait peut-être en sa faveur. Il avait décidé de ne plus porter son masque n’ayant pas de raison de cacher sa cécité. Personne ne s’inquiéterait du changement puisqu’il ne connaissait personne ici.
Depuis l’entrée, un pont immense, et à travers sa perception particulière, le Raen observa la cité Sainte. Toute en hauteur, en tours, en enceintes, elle manifestait sa prospérité passée. Pourtant, Kyuuji remarqua tout de suite les bas-quartiers, les dégradations subies lors de leurs affrontements incessants avec les Dravaniens depuis des années et l’austérité latente. Bien que le dirigeant actuel de la cité ait mis un terme à ces conflits et engager de grands changements politiques, la ville ne s’était pas encore relevée.
Réalisant qu’il était resté au milieu du chemin, Kyuuji se dirigea vers un garde pour lui demander son chemin. Il cherchait les Forges de Garlond, où il devait retrouver Cid Nan Garlond. Le garde, certainement surprit, ne répondit pas immédiatement, et le temps qu’il formule sa réponse, un homme s’était approché.
— Vous devez êtes la personne envoyé par les Songes de Nymeia ?
Se retournant et s’inclinant par politesse, Kyuuji acquiesça.
— C’est bien moi, je suis Kyuuji Atagi.
Un instant de silence flotta, puis l’homme reprit la parole.
— On m’a bien parlé d’un Ao ra et vous correspondez à la description… Mais on m’a pas parlé d’un aveugle…
Kyuuji haussa les épaules avec un sourire gêné.
— C’est tout récent, les officiers de ma Compagnie eux-mêmes ne sont au courant que depuis hier soir.
— Que vous est-il arrivé ?
— J’ai fait bon nombre d’erreurs, j’en paie le prix.
Si l’homme réagit, il le fit discrètement, si bien que Kyuuji n’en perçut rien. Au bout de quelques secondes de silence, l’homme reprit la parole en se retournant.
— Bref, venez. C’est par là. Moi c’est Audric.
Il mena Kyuuji à travers les rues d’Ishgard, lui servant de guide. Oubliant certainement sa cécité, il lui indiquait les endroits notables en les montrant du doigt. Devant la taverne justement, Audric s’arrêta et se retourna vers le Raen.
— Je vous montre des choses… Mais vous voyez pas… Vous auriez pu m’arrêter…
Avec un franc sourire, le Raen se passa un doigt le long d’une corne.
— Je ne vois pas, mais je perçois les choses autrement. Tant que vous ne me demandez pas de lire, de vous donner la couleur de quelque chose ou de percevoir certains détails, considérez que je ne suis pas aveugle.
Encore une fois, Kyuuji ne capta pas la réaction de l’homme, seulement qu’il croisa les bras.
— Ouais…
Il n’était clairement pas convaincu. Amusé, le Raen sourit de nouveau.
— Comment vous le prouvez ?
Audric leva la main et fit un signe, ou un geste, indistinct pour les sens de Kyuuji.
— Combien j’ai de doigts ?
— C’est au-dessus de ce que je perçois malheureusement…
Avec un bref rire, l’homme tendit alors la main droite devant lui, comme pour poignée de main et attendit. Comprenant ce qu’il voulait, Kyuuji avança d’un pas et lui saisit la main avec une légère hésitation, puis la serra pour le saluer.
— OK, je vous crois… Faudra que j’essaie d’autres trucs avec vous, c’est rigolo.
— Avec plaisir, ça pourra certainement améliorer ma perception.
— C’est si récent ?
— Ça date de trois jours.
Cette fois, Kyuuji perçut aisément son mouvement de surprise.
— C’est tout guéri… enfin, vos yeux, je veux dire, ils sont … cicatrisés !
— Je suis me suis chargé de les soigner.
— Ah oui… élémentaliste, c’est ça ?
— C’est exacte.
Audric reprit sa route tout en discutant, menant Kyuuji jusqu’aux Forges où l’attendaient Cid Nan Garlond et deux autres personnes, un Roegadyn et un lalafell.
Débuta alors une expérience toute particulière pour le Raen. Ignorant et incompétent au possible, en plus d’être aveugle, lui trouver des tâches adaptées et lui permettant d’apprendre auprès de Cid, ne fut pas aisé. Mais l’ingénieur n’était pas du genre à abandonner. Il constata rapidement que Kyuuji retenait très bien ce qu’on lui disait, cela palliait son incapacité à lire, quant à sa mémoire spatiale et visuelle – étonnement il n’arrivait pas à trouver un meilleur terme, elle était remarquable. Profitant de ces qualités, Cid lui confia d’abord des inventaires, cela permit au Raen d’intégrer nombre de notions concernant leurs activités dans les Forges. Puis l’ingénieur décida de lui parler et de lui montrer ce qu’ils faisaient réellement dans ses ateliers. Des recherches sur l’éther et le céruleum ainsi que des réalisations technologiques combinant leur savoir éthérologique et magiteck pour l’essentiel.
Ne négligeant pas la raison de la présence du Raen, ils discutèrent également de comment Cid en était arrivé à trahir Garlemald pour défendre Eorzéa, de comment la majorité de ses hommes venaient aussi de l’Empire et de pourquoi il se refusait à appliquer les même méthodes qu’eux. Devant la sagesse, la droiture, l’intelligence et l’humilité de l’ingénieur, Kyuuji se sentait bien insignifiant et honteux. La leçon s’annonçait intense et efficace. Elle commençait déjà à s’ancrer dans son esprit.