Fin D’Arda, une rencontre étonnante

La villa de la compagnie, la Rêverie, était un lieu de paix où se réunissaient régulièrement les membres de la compagnie. Logée à Lavandière, tout près de Gridania, Kyuuji n’aurait pu espérer meilleur endroit pour se détendre après une longue journée.

Cependant, en franchissant le portail du jardin, il sentit un regard insistant pesé sur lui. Une Ao’ra, une Raen, le dévisageait l’air songeur. Elle était petite et menue, comme la majorité des femmes de leur peuple. Ses cheveux argentés avec des touches de rouge, ses cornes et écailles crème tranchaient avec sa peau sombre et cuivrée. Elle n’était pas désagréable à regarder. Mais son regard insistant, vairon bleu clair et ambre auréolé d’argent, aussi troublant qu’envoutant, mettait Kyuuji mal à l’aise. En plus de sa simple présence.

Inconsciente du trouble du Raen, elle fronça les sourcils, songeuse.

— Excusez-moi. Puis-je vous demander votre nom ?

Loin de s’offusqué du manque de politesse, le Raen sourit et la salua à la façon éorzéenne, une main sur la poitrine, l’autre dans le dos et s’inclina légèrement.

— Bonsoir. Bien sûre, je suis Kyuuji Atagi. Et vous êtes ?

La jeune femme parut à la fois surprise, perplexe et gênée. Pour une fois que ce n’était pas Kyuuji qui se mettait dans l’embarras en présence d’une femme, il ne pouvait pas en profiter et fit mine de ne pas le remarquer.

— Oh pardonnez-moi, j’en oublie mes manières.

Elle s’inclina à la manière domienne, le dos bien droit et les mains le long des cuisses. Cela rappela à Kyuuji combien le temps avait rendu la gestuelle éorzéenne naturelle.

— Bonsoir, je suis Fin D’Arda, enchantée.

— Enchanté.

La jeune femme plongea à nouveau dans la réflexion.

— Atagi… Ce nom me dit quelque chose.

Kyuuji laissa sciemment son regard se poser sur les cornes de son interlocutrice, pour éviter son regard insistant mais aussi pour orienter la conversation.

— Vous venez d’Othard, je suppose.

— En effet. Vous aussi j’imagine ?

Kyuuji acquiesça.

Il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’une Raen ait entendu le nom de sa famille. Leur sanctuaire était certes reculé et éloigné de la majorité des villes, il n’en restait pas moins un temple important. Et le nom des Atagi y était naturellement rattaché.

— Ma famille y tient un temple, vous avez surement entendu mon nom à cette occasion.

Elle ne semblait pas satisfaite de cette explication. Elle se replongea dans ses pensées.

— Oui effectivement, maintenant que vous le dites. Mais ce n’est pas ça. Atagi…

En dehors du temple, une autre raison vint à l’esprit de Kyuuji mais il n’en souffla mot, espérant que ce ne soit pas le cas. Soudain le visage de Fin s’éclaira.

— Vous avez fait parti de l’armée vous aussi ?

Kyuuji aurait préféré éviter d’en parler mais il avait le mensonge en horreur. Bien qu’il fût tenté d’éviter la question, il décida d’être honnête. Il aurait fallu un certain culot pour aborder le sujet aussi ouvertement à la première rencontre dans le but de lui porter préjudice. Le Raen soupira, ne pouvant dissimuler complètement l’amertume qui accompagnait toujours le souvenir de cette époque passée à l’armée.

— En effet.

— Je me disais bien que vous correspondiez au signalement de ce déserteur.

Kyuuji fut pris d’une soudaine inquiétude. Depuis qu’il avait déserté, il s’était écoulé presque deux ans et il pensait avoir fait le nécessaire pour être hors d’atteinte de l’armée. Il avait fuit Othard pour se protéger de l’armée et de ses représailles mais aussi pour ne pas impliquer ses proches et son village. Il n’allait pas faire subir cela à ces nouveaux compagnons.

— Où étiez-vous à ce moment là ? Je crains d’attirer les ennuis ici.

Fin réfléchit quelques instants avant de répondre.

— Cela fait un moment, j’étais encore à Othard.

Soulagé, le Raen laissa échapper un soupir. Il n’écarta cependant pas le danger de son esprit mais le rangea dans un coin. A côté de la question qui lui brûlait les lèvres mais dont il s’abstint dans l’immédiat. Plus tard, au fil de la conversation, il apprendra qu’elle était arrivée en Eorzéa que très récemment. Il ne pouvait donc faire aucune supposition sur le risque d’attirer l’attention sur lui.

Il s’apprêtait à aborder un autre sujet quand Fin lui coupa l’herbe sous le pied. Ils discutèrent de l’armée, de la façon dont ils s’en étaient sortis. Kyuuji la trouva évasive. C’était certainement volontaire. Et il n’insista pas. Elle semblait avoir profité d’une occasion pour se faire oublier et passer pour morte. Une bonne stratégie.

Elle rebondit sur le temple Atagi dont il avait parlé, annonçant qu’elle aimerait en apprendre d’avantage. Elle menait la discussion et cela ne déplaisait pas à Kyuuji qui l’invita à s’installer à l’intérieur pour discuter. Elle accepta et ils prirent place dans les canapés, l’un en face de l’autre.

Il évoqua les esprits en lesquels il croyait et le rôle du prêtre dans les villages comme le sien. Un rôle de conseillé, de gardien du savoir et de la religion. Il réalisa qu’il s’était lancé dans un monologue digne d’un cours magistral et s’obligea à lui rendre la parole.

Fin lui parla un peu, et toujours en des termes évasifs, de sa condition. Son village avait été colonisé par l’armée bien avant sa naissance. Le sort réservé aux colonisés n’était pas enviable, considérés comme moins que des citoyens. Elle avait rejoint l’armée dans l’espoir de se voir attribuer le statut de citoyen. Kyuuji crut comprendre que Fin et sa famille étaient des esclaves. Le Raen en fut frappé d’horreur. Garlemald était un fléau, il le savait, mais il n’avait pas la moindre idée de ce que les Domiens pouvaient réellement subir. Sa propre naïveté le rendit malade. Il dut faire un effort considérable pour le cacher, il ne servait à rien d’accabler d’avantage Fin.

La conversation dériva ensuite sur le sort que Garlemald réservait à toutes les formes de culte. La destruction. L’inquiétude de Kyuuji pour le temple et sa famille refit violement surface. Il avait toujours craint la destruction du temple mais avait gardé espoir. Il n’avait jamais été témoin d’un tel acte en dehors du culte des homme-bêtes ayant déjà invoqués leur Primordial par le passé. La nature des Primordiaux était bien loin de celle des entités en lesquelles les Raens croyaient. Kyuuji nourrissait donc l’espoir que tout un pan de la culture de son peuple ne soit pas anéanti par l’Empire. En plus de sa famille.

Le Raen profita d’une occasion pour réorienter la conversation sur des sujets moins sombres. Le nom de Fin D’arda, par exemple. Il n’était pas raen. Fin lui apprit que ce n’était pas son vrai nom, elle s’en servait pour se couvrir par rapport à l’armée. Et elle ne semblait pas vouloir lui en parler. Kyuuji comprenait sa défiance. Il aurait lui-même dû l’être un peu plus. Mais il avait du mal à se défier des gens en général. Un défaut dont il n’avait pas encore particulièrement souffert, au contraire, cela lui avait parfois ouvert des portes en tant que successeur du temple familial. Il ne chercha donc pas à lui demander son véritable nom, préférant gagner sa confiance.

L’évocation de la généalogie plongea Kyuuji dans une forme de nostalgie. Il lui parla de sa famille. Sa généalogie était assez simple. Tous les aînés Atagi prenaient successivement la tête du temple et conservaient ce nom, filles comme garçons, tandis que les autres enfants pouvaient en changer plus librement. Au détour d’une remarque anodine, il songea qu’il portait peut-être encore le sien à tord. Il faisait plus référence à son prénom. Mais avant de se rendre compte de ambiguïté de ses propos, Fin avait sourit presque malicieusement, évoquant les efforts qu’il faisait pour suivre sa vocation et qu’il était certainement digne de le porter. Elle avait raison, sans même le savoir. Le prénom du Raen était la raison même qui l’avait poussé à renouer avec son passé. Bien sûre qu’il était Kyuuji Atagi, l’héritier du sanctuaire Atagi. Même s’il était sur un autre continent et que son temple était peut-être détruit.

Ni l’un ni l’autre ne réalisait que le temps passait. Les heures s’étaient succédées et ils continuaient à échanger. Kyuuji se surprit parfois à être mal à l’aise face à cette Raen au regard troublant et parfois il avait l’impression d’être en face d’une personne en quête d’aide. Il voyait une jeune femme dont l’esprit découvrait à peine la liberté, qui ne demandait qu’à trouver sa place dans un monde inconnu et étranger. Il fit un court parallèle avec sa propre histoire mais l’écarta rapidement. Leurs histoires étaient tellement différentes. Parfois similaire, quelques points communs, certes, mais en rien comparable.

Fin voulait en apprendre plus sur ses origines, sur sa culture, sur cette force mystérieuse qui l’avait menée jusqu’ici, en Eorzéa et vers les Songes. Il pouvait lui fournir quelques réponses mais elle devrait trouver les autres. Cependant, elle n’était pas entièrement honnête. Elle ne lui faisait pas encore confiance. C’était normal. La confiance se gagne avec le temps. Et ils venaient tout juste de se rencontrer. Bien qu’ils discutèrent jusqu’à très tard cette nuit-là.

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