Front

Quelques semaines après son mariage, Kyuuji fut contacté par Venceslas. Son ami voulait le voir et, au son de sa voix, c’était important. Le Raen alla donc le rejoindre chez lui, inquiet.

L’homme l’accueillit sans son habituel sourire et son éther était suffisamment troublé pour que Kyuuji le remarque. Venceslas l’invita à entrer et à s’installer dans son salon. Il n’avait pas besoin de mot pour comprendre que Vence avait quelque chose de grave et d’important à lui dire. Aussi, inquiet, il ne voulut faire durer plus longtemps le silence.

— Qu’y a-t-il, Vence ?

Son ami hésita un bref instant, le temps de trouver ses mots pour formuler sa réponse.

— Je suis mobilisé sur le front, en Gyr Abania. Je pars dans trois soleils.

L’annonce lui en coupa le souffle. Kyuuji resta muet, tétanisé, le temps qu’il réalise. Quand il reprit sa respiration, il laissa échapper un soupire de déni avant de se reprendre.

— Non… Je t’accompagne.

Venceslas secoua la tête, il s’attendait bien à cette requête.

— C’est impossible, Kyu. Seuls les membres titulaires des grandes compagnies sont autorisés à participer aux opérations. C’est la guerre, il faut être militaire. Tu ne peux pas venir.

Kyuuji plissa si fort le front d’inquiétude qu’il s’en donna mal à la tête.

— La guerre… Ala Mhigo ?

— Oui. Un premier pas en tout cas. Nous avons repris la muraille de Baelsar et espérons continuer avec les Marges qui sont derrière elle.

Le Raen secoua la tête, il ne pouvait rien faire et cela le rongeait déjà.

— Je suppose que ça fait partie de tes attributions d’y aller et que rien ne te fera rester.

Venceslas soupira longuement.

— Ça fait bien partie de mes attributions et je ne refuserai pas d’y aller. Nous avons l’opportunité de reprendre des terres à Garlemald, de marcher ensemble. C’est l’espoir de reprendre Ala Mhigo que nous jouons. Et avec cet espoir et cet élan, peut-être que nous pourrons ensuite espérer expulser Garlemald de chez nous !

Kyuuji baissa la tête en acquiesçant. Il le savait, mais il se devait d’essayer même s’il connaissait déjà la réponse. Il y avait d’ailleurs autre chose à tenter.

— Et si je m’engageais aussi ? Je pourr-…

— Non.

Surpris, le Raen releva la tête.

— Non ?

— Non, ne t’engage pas, s’il te plaît, Kyu. La guerre et l’armée t’ont déjà fait assez de mal comme ça.

— L’armée de l’Empire et celle de l’Ordre des Deux Vipères sont bien différentes…

— Certes, mais la guerre reste la même. Tu es prêtre, Kyu. Et tout juste marié de surcroît. Ne t’engage pas, par pitié.

Kyuuji se laissa tomber contre le dossier du canapé. Venceslas avait raison, une fois de plus. L’armée lui avait laissé des séquelles qui n’étaient pas prêtes de guérir. Et il y avait Eav désormais. Il ne pouvait la laisser, il ne se pardonnerait jamais de lui causer autant de soucis. Et elle pourrait aller jusqu’à le suivre. Non, c’était tout simplement hors de question. Avec un profond soupire, Kyuuiji se résigna.

— D’accord. Mais promet-moi d’être extrêmement prudent et de me donner des nouvelles quotidiennement, ne serait-ce qu’en faisant sonner la perle, s’il te plaît.

Un faible sourire se dessina sur les lèvres du Hyur.

— Bien sûr, je te le promets, tous les jours.

— Merci Vence… Soit prudent. Vraiment…

— Je serai sur le front, sur le terrain, j’ai des hommes sous mes ordres, évidemment que je serai prudent.

Terriblement inquiet, le Raen acquiesça en silence. Soucieux de nature, malgré la confiance et les promesses, il se ferait forcément un sang d’encre pour son ami et frère de cœur.

— Merci de m’avoir prévenu avant de partir.

Venceslas rit doucement.

— Je n’allais par disparaître sans t’avertir quand même, t’es bête.

Il réussit à lui tirer un léger sourire mais l’inquiétude ne le quitta pas pour autant.

— Allez détend-toi. Tu vas finir tout ridé et grisonnant avant la trentaine sinon.

Cette fois le trait d’humour fit mouche, Kyuuji sourit plus franchement, amusé.

— C’est bien vrai.

— Voit ça comme l’espoir de repousser Garlemald. Une telle victoire tournera peut-être les regards Eorzéens vers Othard.

— Tu as raison. Eorzéa est plein de ressources et de surprises. Gardons espoir.

Venceslas opinant, souriant.

— Gardons espoir… Un verre ?

Avec un petit rire tendu, Kyuuji accepta l’invitation de son frère. Ils finirent la soirée en se rappelant des souvenirs de leur village natale et se racontant leurs espoirs de revoir un jour leur pays libéré de la présence de Garlemald.

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