Jugement

Kyuuji suivait son père dans l’arrière salle du temple. Son sceau avait été modifié et il était parfaitement stable, renforcé et harmonieux, il n’avait plus à craindre qu’il cède. Il était désormais l’heure de passer le jugement de son père.

Hironari le fit asseoir au milieu de la pièce tandis qu’il restait debout face à lui.

— Je vais réaliser le rituel qui me permettra de rejoindre ton âme pour la juger. Ce sera douloureux et désagréable mais ne résiste pas, ou ce sera encore pire.

Kyuuji acquiesça en respirant profondément. Il s’était préparé à cela, il savait ce qui l’attendait et il n’avait nullement l’intention d’y résister ou de s’y opposer.

Le grand prêtre attrapa un bâton cérémoniel placé contre le mur et commença le rituel. Comme chacun des rites de la famille Atagi, il se mit à chanter une prière et à danser. Il priait le Kami de lui prêter attention et d’être témoin de son jugement afin qu’il soit juste et objectif. Il le priait également de le guider à la rencontre de l’âme de son fils sans danger. Rapidement, comme animé d’une volonté propre, l’éther ambiant se mobilisa pour suivre les mouvements du Raen. Dans un dernier geste ritualiste. Hironari mena son propre éther à la rencontre de celui de Kyuuji et atteignit son âme.

Le jugement n’était pas sans douleur, comme il l’avait annoncé. Kyuuji se plia en deux durant l’examen de son père, serrant les dents pour ne pas gémir ou crier. Il tremblait de douleurs, serrant les bras autour de lui-même, les yeux fermés et le souffle court. Dans un moment de lucidité, il tenta de discipliner sa respiration et de méditer, ce qui lui permis de ne pas perdre conscience face à cette souffrance de l’âme.

Quand il crut ne plus pouvoir résister, son père quitta finalement son âme, le libérant de sa douleur et de son emprise. Il s’affaissa en avant, se retenant en s’appuyant sur ses genoux en tremblant, essoufflé, presque tétanisé.

Hironari se redressa, le souffle coupé et les yeux écarquillés, plongé dans l’horreur durant quelques secondes. Une fois la surprise et l’assimilation passées, le Grand Prêtre fronça les sourcils et se couvrit la bouche du dos de la main, fermant les doigts comme pour retenir des propos inappropriés. Il ne détachait pas son regard de son fils, qui reprenait son souffle, toujours courbé en avant, les yeux baissés en plein appréhension. Hironari secoua un peu la tête pour reprendre ses esprits et abaissa sa main, son visage exprimait désormais de la peine et de la résignation. Il tourna un instant la tête en direction du sanctuaire dans la pièce d’à côté et acquiesça silencieusement, comme s’il comprenait quelque chose. Puis il reporta son attention sur le Raen.

— Mon fils…

Son ton était encore sévère pourtant il portait une certaine chaleur qu’il ne possédait pas jusque-là.

— J’ai perdu plus que mon successeur quand tu as été emmener par l’armée.

Kyuuji frissonna et détourna la tête, honteux. Il appréhendait la suite, il craignait tellement de décevoir encore plus son père. Le voyant réagir ainsi, Hironari esquissa un léger sourire peiné.

— J’ai perdu mon successeur légitime, Kyuuji, je le sais. Mais j’ai retrouvé un fils et un homme bon. Brisé, mais honnête, loyal et honorable.

Le Raen se détendit légèrement, soulagé par les mots de son père, pourtant il gardait le regard baissé et fuyant. Hironari respira profondément et vint poser une main bienveillante sur celle de Kyuuji.

— Relève la tête, mon fils. Je comprends désormais ce que voient en toi Aobashi et tes amis… ainsi que ton épouse. Tu n’es plus celui que j’ai connu et perdu, tu ne le seras plus jamais. Mais tu es quelqu’un d’autre, un homme bon, qui possèdent d’autres qualités. Et je te les reconnais également.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *