L’ère du changement – Les piliers du sceau

L’individu, le peuple, l’univers.

Sa colère envers le Monde ne faisait qu’empirer, créant une distance, une rupture entre le Monde et Kyuuji. Il était en colère contre tout. Sauf lui-même. Il en était incapable, il en était privé. Cette forme de colère était absorbée par le sceau que son père lui avait posé. Cette privation était peut-être ce qui l’empêchait d’avancer, d’évoluer et d’accepter son ressentiment général à cause du déphasage qu’il créait. Plus le Raen y pensait, plus il le croyait. Il n’était pas en adéquation avec le Monde, il se sentait en dehors, et pourtant concerné. Comme entrainé dans un cercle vicieux, l’écart se creusait et le ressentiment empirait.

Pourtant, lever le sceau n’était pas une opération anodine. Il le portait depuis trop longtemps, son contenu était trop important et bien trop dangereux. Cette colère, grouillante, vibrante, était implacable et viscérale. Malsaine et terrifiante. Quant au souvenir qui avait permis l’emprisonnement de cette haine de lui-même, Kyuuji en ignorait tout. Toute sa famille se refusait de lui en parler ou même d’évoquer le sujet. Les paroles que tenait Venceslas, son ami de toujours, à ce propos l’alarmaient également. Il lui avait promis de le tuer de ses propres mains plutôt que de revoir le Raen dans l’état dans lequel il était avant la pose du sceau. Jamais Venceslas ne ferait une telle promesse sans raison. L’autodestruction devait avoir atteint une ampleur désastreuse. Il y avait trop d’enjeux pour tenter de lever le sceau. Et personne ne le laisserait faire, de toute façon.

Pas en l’état, du moins.

Zaurak avait émis une hypothèse intéressante alors qu’il ne connaissait pas grand-chose de ce sceau. Après quelques explications et description du mécanisme, le Hyurois pu développer son raisonnement et le présenter. Ouvrir suffisamment les canaux du sceau afin d’affaiblir l’énergie qu’il contenait en la diffusant comme le Prêtre le faisait quand il remboursait sa dette d’éther. L’idée lui plaisait. Kyuuji pourrait ainsi, avant de décider de lever ou pas le sceau, subir, vivre et expérimenter d’infimes brides de sa colère à son égard. Si cela était réellement une des raisons de son ressentiment croissant, il devrait sentir une évolution. Sinon, il pourrait toujours affaiblir le contenu du sceau, ce ne serait jamais perdu. Conserver autant d’énergie négative et néfaste en lui n’était pas sain, scellée ou pas.

Le précédé exposé par Zaurak protégeait également Kyuuji de lui-même. Il ne pourrait pas extraire plus d’énergie qu’il n’était capable de maîtriser parfaitement. Au moindre débordement, le lien serait rompu et l’afflux coupé. Le principe était parfait. Mais pour cela, le prêtre allait devoir être en harmonie la plus pure avec les valeurs intrinsèques du sceau. Dans son état actuel, ce ne serait pas aisé. Il allait devoir travailler et méditer afin de remplir cette condition initiale du processus. Et ce, sur trois niveaux de compréhension.

L’individu. Le peuple. L’univers.

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