L’ère du changement – La nature humaine

La flamme de sa foi en l’humanité vacillait.

Le rituel de purification du sanctuaire du Loups Noir était prévu pour le lendemain, et le Prêtre venait tout juste d’apprendre la danse rituelle qu’il devrait exécuter. Il avait été sur le point de jeter l’éponge, se trouvant, encore une fois inutile et gênant. Mais il avait fini par apprendre les pas. La purification passait par les danseurs avant de s’étendre à l’extérieur. Il devait donc avoir l’esprit clair et serein pour effectuer le rituel. Il pensait que cela allait être le plus compliquer à faire et prévoyait d’y passer la soirée.

Mais elle lui réservait d’autres surprises. Un avant-gout de la nature démoniaque.

A nouveau invité au QG de la Brigade par Solid, Kyuuji avait oublié ses doutes et ses craintes, détournées au profit d’un problème bien plus épineux. Un problème concernant Autrui, qui plus est. Le Raen faisait naturellement passer les autres avant lui, mettant ainsi de côté tout le reste pour être disponible et à l’écoute. Le Prêtre écouta, alors, l’histoire d’un homme qu’il ne connaissait pas, habité par un démon, qui avait besoin de conseils. Comme à son habitude, les détails et la complexité le perdirent en incompréhension. Alors il s’intéressa au cœur de l’homme et à sa mentalité. C’était un terrain qu’il pensait connaitre. Les graines du changement s’y engouffrèrent afin de semer leurs dissonances. La nature humaine n’était jamais ni toute blanche ni toute noire. Le Prêtre en était terriblement conscient. Mais il croyait encore que l’Homme pouvait progresser. S’améliorer. Et plus encore. Il croyait que c’était le but de tout un chacun. Il se trompait. Les changements faisaient peur. L’immuable était rassurant. C’était normale, finalement. Ce n’était pas un mal. Il ne devait pas l’oublier.

La nature humaine n’était pas faite que de blanc ou de noir non plus, mais d’une multitude de couleurs et de nuances. Kyuuji était en train de réaliser l’ampleur du spectre coloré. Et la nature démoniaque n’était peut-être pas si différente, en réalité.

Discuter avec le démon qui habitait cet homme, ainsi qu’avec Light et Solid, se révéla très instructif. Mais également particulièrement troublant de questionnements. Il n’y avait de différences entre un démon apprenant l’humanité et un homme apprenant le mode de vie démoniaque que le point de vue de référence. Le pardon et l’acceptation devaient être mutuels et réciproques pour une cohabitation sereine. Pour l’homme, comme pour le démon qui l’habitait, cela ne serait pas facile. Les mentalités étaient trop différentes encore. Et les valeurs de l’un et de l’autre trop profondément ancrées. Kyuuji espérait sincèrement que leur entente finirait par s’apaiser et qu’ils trouveraient un terrain commun pour s’entendre.

Le Raen découvrait également un accueil chaleureux et attentif, de la part de son hôte. Les Démons pouvaient être plus Humains que les Hommes.

Et les Hommes savaient si bien se montrer plus démoniaques que les Démons.


Le rituel de purification du sanctuaire du Loup Noir s’était bien déroulé. Mais, après cela, Kyuuji avait perdu patience face aux rebondissement tordus et décousus de l’affaire en cours. Espérant ne pas avoir fait trop de dégâts dans ses amitiés, il assista à une scène du privé de certaines personnes qu’il pensait connaître. Réalisant les fossés qui existaient et leur ampleur, le doute s’établit insidieusement et régnait désormais en lui. Avec une pensée fugace pour son épouse, il crut qu’elle était la seule personne sincère dans son entourage. D’autres amis l’étaient peut-être sincèrement. Peut-être tous, à leur façon. La vérité était parfaitement subjective dans les relations humaines. Il était peut-être possible d’être amis en le manifestant de diverses manières, selon la personne concernée. Même les comportements entre amis pouvaient être influencés. Ce n’était peut-être pas un mensonge. Seulement de la retenue. Peut-être. Ou quelque chose d’autre.

Le Raen avait finalement tant de choses à apprendre sur la nature humaine. Il était loin d’imaginer qu’il pouvait y avoir des degrés dans l’amitié. Quant à savoir comment les gérer et se comporter en conséquence, il en était encore plus loin.

Kyuuji ressentait le besoin de mettre de la distance avec certains. Émotionnellement et sentimentalement. Le tutoiement était une des rares marques de proximité qu’il exprimait, mais c’était peut-être trop rude de repasser au vouvoiement. Et ils ne voulaient pas qu’ils se sentent rejetés. Pourtant il se refusait à classer ses amis, à leur attribuer un niveau, un rang. Pour lui, ils étaient amis, ou pas. Amis ou connaissances. C’était simple, et ça lui allait très bien. Les choses simples lui étaient tellement agréables. Peut-être que distinguer le privé du public suffirait. S’il parvenait à en trouver la frontière.

Le terrain mouvant du changement ébranlait les fondements de sa personnalité.

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