L’ère du changement – L’écorce

Les racines du changement étaient profondément ancrées en lui, effleurant son âme. Les pétales colorés s’étendaient largement, puisant dans sa volonté. Le terrain fragile et sensible était fertile, propice aux changements incités.

Assi à même le sol, dans la chambre que Nukh lui avait gracieusement prêté, le Prêtre regardait son bras. L’écorce se répandait. Il y a quelques semaines, il ne portait que des traces à la place de quelques écailles, mais désormais, elle lui couvrait une surface qui ne pouvait plus passer inaperçu s’il découvrait son bras. Ce n’était toujours pas douloureux, dans l’ensemble. Mais la gêne devenait plus importante, l’écorce poussant près de l’articulation. Il n’allait plus pouvoir cacher cela bien longtemps à tout le monde. Certains étaient déjà au courant et n’en parlaient pas, Kyuuji leur en était reconnaissant, mais taire de tels secrets avait un poids qu’il ne souhaitait leur faire porter.

Il ne savait même pas comment il devait le considérer. D’un côté Ume trouvait que c’était un grave problème, de l’autre Zaurak estimait qu’il pouvait en tirer une grande force. Kyuuji, lui, espérait pouvoir vivre en tant que sylvestre. Enfin, il l’avait souhaité et désiré pendant un temps. Mais désormais, il ne cherchait plus à renier sa nature d’Homme. Cette touche de la Sylve était née de ce désir et de son amour, il ne pouvait la refuser non plus. Rester à la frontière des deux mondes lui convenait parfaitement. Tant qu’il restait à l’équilibre.

Le Raen se massa la peau à la jointure de l’écorce. C’était légèrement douloureux, comme une plaie en cicatrisation. Le changement de texture ne le dérangeait, il était Aora, l’écorce n’était pas si différente de l’écaille, mais il s’inquiétait que ça ne finisse par se voir. Il n’avait pas pu aborder ce sujet avec les autres, tant de choses s’étaient passées dans un si court lapse de temps. Eylion avait été secouru. Et la visite du manoir avait secouée tout le monde plus ou moins, Kyuuji avait été le plus affecté de tous, naturellement. Puis il y avait eu le départ de Gaelle qui l’avait laissé dans un état de grande détresse. Mais il avait été pris en charge par ses amis. Le Raen se promit de leur montrer sa reconnaissance.

Se détournant de l’écorce, le Prêtre se leva, laissant sa manche retomber et cacher sa transformation, puis il se dirigea vers le hall du QG de la Brigade Rouge. Le long couloir aux nombreuses portes qu’il traversa lui rappela toutes ces personnes qu’il avait rencontré ici. Quelques soient leur nature ou leur tempérament, ils étaient tous bienveillants à son égard. Même si Kyuuji ne les cernait pas tous encore. Il s’arrêta sur le seuil, observant le hall. Les membres de la Brigade Rouge avait tout fait pour qu’il y soit bien, comme un invité, n’ayant le droit de ne faire aucune corvée. Le Prêtre se demanda comment ils traitaient les leurs, non pas leurs invités, mais leurs résidents. Cette pensée le fit sourire, puis il traversa le hall en admirant une nouvelle fois ce magnifique carré de végétation qui trônait au milieux.

Dehors la température était fraiche, le ciel couvert, Lavandière. Cela ne le dérangeait pas, Kyuuji trouvait du charme à ce climat pluvieux. D’un coup d’œil circulaire, il repéra le petit Goobu, Floral, qui l’attendait patiemment dans l’herbe. Le sentant approcher Floral lui montra un sourire heureux. Le Raen s’assis contre un arbre où le Kamuy le rejoignit. Il monta sur ses genoux et s’y installa confortablement. Kyuuji entrepris de s’occuper du Goobu. Il fallait bien le nourrir et le nettoyer.

Il y avait aussi eu les Kamuy, justement. Nukh lui avait demandé son aide, en tant que Mage blanc, ou Prêtre, concernant les esprits et les Kamis. Le Chaman lui avait confié le premier Kamuy qu’il avait trouvé, un être Sylvestre, pour l’aider à s’apaiser suite à toutes ces épreuves. Le Raen l’aimait bien, mais aujourd’hui il avait Floral. De nouveau Nukh les avait conduits pour le dénicher. Mais Floral avait choisi le Prêtre pour s’y lié. Bien qu’il n’y connaisse rien en Kamuy, il savait encore prendre soin d’un esprit Sylvestre, surtout qu’il appréciait énormément son aura. Zaurak avait raison, ce n’était pas une malédiction, mais une bénédiction, il manquait juste de contrôle dessus.

Son esprit se tourna naturellement sur Zaurak, son inquiétude le prenant, il attrapa Floral et le serra dans ses bras, telle une peluche. Ce qui ne déplaisait pas au Goobu. Son ami avait été appelé au secoure par un message troublant et codé qui les avait menés dans le Coerthas, aux pieds de l’éclat de Dalamud des Coteaux Rocheux. Ils y avaient trouvé Morgause. Ce souvenir fit frissonner le Prêtre. Elle fusionnait avec le cristal alors qu’elle était en train de mourir, son âme prisonnière, ou retranchée, dans son corps. Ses instincts de survies les plus primitifs s’étaient éveillés pour l’enjoindre de fuir. Kyuuji ignorait posséder de tels instincts, mais il était resté pour veiller sur son ami. Zaurak avait ramené l’âme de Morgause dans son corps et l’avait libérée de l’éclat.

Cela aurait pu s’arrêter là, laissant simplement Kyuuji dans la crainte et la peur, mais Morgause et Zaurak étaient liés. Ce qu’elle leur révéla faisait encore frémir le Raen, tandis que Zaurak n’y voyait aucun mal, aucun problème. Le décalage se créa entre eux deux tel un fossé. Kyuuji avait eu peur sur le moment, mais il s’était rapidement inquiété pour son ami. De son côté, Zaurak ne savait pas comment gérer les émotions et les sentiments du Prêtre. Mais ils en avaient parlé. Ils s’étaient mutuellement rassurés.

Kyuuji devait être fort. Il ne pouvait plus rester dans cet état d’errance émotive et sensible. Il ne pouvait pas se permettre de stagner et laisser ses amis l’attendre. Il ne le désirait absolument pas. Il souhaitait les aider à avancer à leur rythme. Alors il devait accepter le départ de Gaelle et se reprendre en main.

Pourtant quelque chose le retient. Il vit un fragment de pierre dans son esprit. Celui que Volug lui avait donné. Cette pierre renfermait un immense pouvoir. Kyuuji s’en était servi d’une infime partie et pourtant il craignait déjà la puissance qu’il renfermait. Kaldriss avait été sauvé par Volug après cette tentative, heureusement. Mais il aurait pu le tuer alors que ce n’était pas du tout son objectif. Le Raen porta une main à son torse, sous son manteau, la chaîne était désormais ornée du fragment de pierre, à côté de son cristal. Deux objets de pouvoir dont il ne pouvait se séparer mais dont la puissance l’effrayait.

Les racines plongeaient toujours plus profondément en lui, servant à tenir le terrain sur lequel le changement construisait son nouvel être.

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