L’ère du changement – L’Arbre de Vie

Un Arbre de la vie s’était élevé contre le désastre du doute.

Inquiet à son sujet, Zaurak était passé rendre visite à Kyuuji. Cette marque de considération et les mots qu’il avait choisi le touchèrent plus que le trouble qui l’habitait. Le Raen lui avait parlé de la déception qu’il ressentait face à l’Humanité et le Monde. La peine et la tristesse d’évoluer dans un monde sans espoir ni idéal. Il lui parla de cette prison de verre qui l’étouffait. Zaurak était un homme plein de ressources. Il compara le prêtre à une flamme dans une lanterne. Sa lumière pouvait rayonner au-delà des parois qui l’entouraient. Il ne devait pas essayer de briser les prisons du rejet des Hommes. C’était dans la nature humaine que de tenir éloigner ceux qui leurs faisaient peur, ou qui les dérangeaient, ceux qu’ils jugeaient faibles ou insignifiants. Kyuuji avait terriblement du mal à comprendre cette mentalité égoïste et individualiste, mais il devait bien reconnaitre que c’était vrai. Même entre amis.

Devant sa peine et sa tristesse, le chirurgien lui redonna un peu d’espoir. Il ne pouvait pas aider tout le monde, il devait se concentrer sur ceux qui acceptaient sa lumière et souhaitaient progresser à ses côtés. La grandeur de sa foi était telle que le prêtre avait déjà réussi à toucher nombre de personnes, dont Zaurak qui avait appris la compassion à ses côtés.

La sincérité de l’homme vibra en Kyuuji. Il croyait ne plus voir que le mal en tout un chacun, contrairement à auparavant, il entrevoyait pourtant la bonté de son ami. Les sentiments et les pensées négatives étaient plus rapide et plus difficiles à arrêter que les positives. Encouragé à faire l’effort de trouver dans chaque comportement, dans chaque être humain, même dans les blessures qu’ils lui avaient causées, quelque chose qui trahissait une bienveillance. Le Raen s’y efforça et la peine remplaça la déception.

Désireux de l’aider encore plus, le chirurgien lui demanda à aller dans son jardin et de lui indiquer l’endroit qu’il préférait. Il s’agissait d’un banc sous le cerisier, entre le bassin, le mur de la maison et la clôture. Zaurak lui rappela ce que ce jardin éveillait en lui. Kyuuji avait oublié la beauté, la tranquillité et l’équilibre qui y régnaient. L’homme lui proposa alors un exercice de méditation active et particulier, profitant de la présence de tous les éléments à proximité.

L’Eau, la Terre, le Vent. Guidé par la voix, la poésie et l’image de Zaurak, Kyuuji devenait un Arbre de Vie. L’Arbre de Vie dont les racines se nourrissent de l’Eau et de la Terre. Dont le tronc est solide et stable. Dont les branches portent les fruits de la connaissance et de la sagesse. Dont le Vent étend les feuilles sous lesquelles les Hommes s’abritent. L’espace de cet instant de parfaite communion, de parfaite harmonie, loin de lui, le prêtre s’était senti Arbre de Vie.

Il aurait pu le devenir. La sérénité l’habitait pour la première fois depuis de longues lunes. L’Eau avait coulé telle le sang dans ses veines, emportant ses pensées néfastes. La Terre était son ancrage, dans laquelle il était profondément enraciné. Le Vent était l’énergie volatile de son âme, la force de sa foi. Le cœur allégé et gonflé d’Espoir, les plaies pansées et oubliées, les dissonances des graines du changement se turent, laissant les harmoniques mélodieuses résonner en lui. Il avait retrouvé le chemin. Le désastre avait été évité.

Les pousses du changement, dans une terre riches et fertile, déployaient leurs racines et leurs feuilles en quêtes de vie et de lumière.

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