Les débuts d’un plan

Venceslas errait sans but dans le Glas des Revenants. Le ciel avait pris cette étrange lueur violette si particulière des émanations éthériques des tempêtes nébuleuses dont souffrait encore Mor Dhona de temps en temps. D’habitude, Venceslas trouvait ce ciel beau et apaisant malgré la sinistre cause de ces flux. Mais ce jour-là, le Hyur ne s’y intéressait pas du tout. Il avait les yeux rivés sur le sol, à peine devant l’endroit où il mettait les pieds. Il bouscula quelqu’un et s’excusa sans même regarder la personne ni écouter le juron qu’on lui répondit. Il était perdu dans ses pensées les plus sombres. Une habitude qu’il avait prise quelques lunes plus tôt et dont il n’arrivait pas à se défaire.

Toutes ses pensées tournaient autour de celui qu’il avait considéré comme son frère et son meilleur ami. Il n’avait pas fait le deuil de leur amitié perdue et cherchait toujours la raison d’un tel changement.

Enfin, la raison, je la connais.

Mais il ne savait toujours pas ce que Kyuuji avait perdu en échange de leur libération et de leur vie. Venceslas pensait que s’il savait de quoi il s’agissait, il pourrait mieux comprendre et peut-être accepter la rupture.

On dirait un amoureux éconduit…

Ce n’était pas le cas, bien sûr, mais c’était ce qu’il y a avait de plus proche pour comparer ce qu’il ressentait. Une perte immense. Un cœur brisé. Des souvenirs rémanents.

Devant ses pieds, apparut une paire de bottes. Venceslas tenta de les contourner mais deux mains vinrent le retenir par les épaules. Agacé d’être ainsi dérangé dans ses déambulations sans but, le Hyurois leva les yeux et découvrit Ydrian.

Il apparait toujours quand on s’y attend le moins, le bougre.

Le guerrier lâcha ses épaules et sourit.

— Bonjour Vence.

— Ydri… J’ai comme l’impression que tu me suis, non ? Nous nous croisons beaucoup trop souvent en ce moment. N’as-tu rien de mieux à faire ?

Il avait parlé avant de réfléchir, son ton était plus empreint de colère qu’il l’aurait voulu. Mais le Hyurgoth ne s’en offusqua pas. Au contraire, son sourire s’élargit et il posa les mains sur les hanches.

— Ouais, je te suis et, non, j’ai rien de mieux à faire pour le moment.

Venceslas soupira. Il n’en croyait pas un mot. Ydrian était désormais le dernier ami qu’il lui restait et qui, étrangement, lui pardonnait toujours son mauvais caractère. Il trouvait toujours le temps de le voir alors qu’il battait la campagne pour ses missions.

— Ne viens pas me servir un sermon, je ne suis pas ivre.

Ydrian rit un court instant.

— Je le vois bien, je le vois bien.

D’un geste, le guerrier écarta le sujet et prit une expression plus sérieuse.

— Non, enfaite, je te cherchais, Vence. J’ai besoin de toi.

Le Hyurois laissa échappé un nouveau soupire.

— Que peut faire un ivrogne aigri et impoli pour toi ?

Allez… Vence la langue bien pendue…

Encore une fois, l’arrogance de Venceslas fut accueilli par une bref rire.

— C’est ce que tu étais l’autre jour.

Se complaisant dans la déprime, le Hyurois n’avait pas la force ni l’envie de participer à quelque aventure que se fusse.

— Et en quoi est-ce différent aujourd’hui ?

— T’es pas ivre !

Se retrouver ainsi pris à son propre jeu amusa presque Venceslas, une étincelle de vie apparut dans son regard avant d’être rapidement remisée.

— Je reste donc aigri et impoli. Ce n’est pas très agréable.

— Et arrogant aussi. Mais ça, c’est une qualité, on peut l’oublier si tu veux.

L’arrogance, une qualité ? Si Hironari[1] entendait ça, il me ferait laver le sol du temple en entier pour me le faire passer l’envie de m’en vanter.

— Si c’est ce que tu recherches, je suis un peu à court en ce moment.

Ydrian secoua lentement la tête sans se départir de son sourire narquois.

— Ça pourrait me divertir mais ce dont j’ai besoin, c’est ce qui se trouve là-dedans.

Il pointait son index sur le front de Venceslas.

— Je ne suis pas particulièrement connu pour mon intelligence, c’est Ky…

Le Hyurois s’interrompit en entendant ses propres mots. L’évocation du Raen menaçait de le faire sombrer dans la déprime. Ydrian s’en aperçut, il posa une main compatissante sur son épaule.

— C’est pas ce que je voulais dire. J’ai une idée pour t’aider à te réconcilier avec lui. Mais il y a des choses que toi seul sait. J’ai besoin de ton aide.

D’une certaine façon, cela rappela à Venceslas les sermons que sa famille adoptive prêchait régulièrement mais qu’il avait oubliés jusque-là.

Quelque chose à propos d’une aide providentielle qui ne résout finalement rien si on ne s’implique pas. Une question d’engagement personnel, je crois.

Venceslas ferma les yeux et hocha la tête. Quand il les rouvrit, ils étaient plus vivants qu’ils ne l’avaient été depuis qu’il était à Mor Dhona.

— D’accord, Ydri. Mais si ça échoue, promet-moi de trouver une autre solution !

Le guerrier releva le menton fièrement en souriant. Il croisa les bras sur sa poitrine et acquiesça.

— C’est beaucoup mieux comme ça. Allons quelque part où on pourra discuter de mon plan.

Le Hyurois éclata franchement de rire sous le regard bienveillant de son ami.

Ydrian et les plans. C’est toujours quelque chose !

 

[1]Hironari : le père de Kyuuji, également le père de substitution de Venceslas.

 

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