Procès

Le conseil se réunit pour statuer du cas de leurs deux prisonniers, Iesue et Naotaka, accusés de tentatives de meurtre, meurtre et trahison.

Ce conseil était composé de quatre anciens du village, choisis pour leur sagesse, leur implication, leur investissement et surtout leur loyauté envers Kiyomura. Il formait initialement le contre-pouvoir qui s’opposait et recadrait le chef du village en cas de besoin, mais désormais il s’agissait essentiellement d’apporter soutient, conseils et avis afin d’aider le chef du clan à prendre les meilleurs décisions finales.

Les membres du conseil prirent place dans le bâtiments pour les affaires clanique. Composé de trois hommes et une femme, tous des Raens, tous d’un âge avancé, le conseil contrastait avec le jeune chef du clan. Isshiki n’avait pas encore vingt-deux ans, et venait tout juste de prendre la relève de son père. Pourtant, le conseil semblait avoir confiance en lui. Tous le connaissaient depuis sa naissance, ils savaient quelles épreuves il avait affronté et dans quelles conditions il s’était retrouvé à la tête du clan à la place de son frère aîné. Sa place était légitime malgré son jeune âge.

Ogai, toujours dans son armure de milicien, escorta les deux prisonniers devant le conseil avec l’aide de trois de ses hommes. Lugubre, Iesue tâchait de cacher ses ressentis et son amertume, il faisait de gros efforts pour paraître presque affable. Naotaka avait commencé à le convaincre d’oublier Garlemald dès la fin de leur interrogatoire par Arei, Finaen, Ume et Zaurak. Il était persuadé et convaincu qu’ils n’avaient pas d’avenir au sein de l’Empire et qu’ils ne pourraient s’en sortir qu’en s’exilant dans un endroit où leur passé serait oublié. Malgré son apparente sérénité, il savait que leur vie à tous les deux pouvait prendre la tournure qu’ils craignaient et qu’ils voulaient éviter à tout prix.

Installés sur des chaises et encadrés par la milices, les deux prisonniers dévisageaient leurs juges. Kiyomura était un petit village, tout le monde se connaissait, de visu au moins, mais le conseil était particulièrement connu. Ils arboraient tous une expression neutre, droite mais sévère. A côté d’eux, Isshiki paraissait plus en colère et fatigué, mais il restait droit et calme. Il se leva et ouvrit le procès. Le jeune chef de clan énonça les charges retenues contre les deux hommes. Trahison, tentatives d’assassinat et meurtre. Interrogés, Iesue et Naotaka plaidèrent coupables de toutes les charges mais souhaitèrent défendre leur cause. Naturellement, dans un village aussi pacifique que Kiyomura, la parole leur fut ensuite donnée.

Naotaka présenta ses remords et ses regrets sur leurs agissements. Il expliqua en profondeur ce qui les avait mener jusqu’à une telle situation. Enrôlés de force dans l’armée de Garlemald, jeune et arrachés à leur famille, à leurs repères, ils avaient cru les paroles et l’endoctrinement de Garlemald, particulièrement Iesue. Ne voyant pas d’autre solution pour survivre, ils firent ce qu’il fallait pour être accepter dans l’armée. Ils avaient choisi le camps qui les détenait, celui qui les abritait mais aussi celui qu’ils croyaient supérieur et qu’ils pensaient vainqueurs. Ils avaient été trompés, mais ils avaient choisi d’accepter de l’être, Naotaka le reconnaissait.

Porté par l’endoctrinement, Iesue avait réussi à obtenir le titre de citoyen de Garlemald, mais pas Naotaka. Compagnon d’arme, mais aussi de cœur et dans la vie, Iesue mit au point un plan pour permettre à son compagnon d’obtenir à son tour le titre de citoyen, dans le but de vivre ensemble, au sein de l’Empire. Ce plan reposait sur l’intérêt que porte Garlemald aux Eikons, les primordiaux. Iesue manipula un scientifique afin qu’il s’intéresse au Kami du village. L’ambivalence, la colère et la rage, ainsi que les prières et les prêtres, pourraient certainement mener les Kami à être invoqué comme le sont les Eikon. C’était ce que Iesue avait vendu au scientifique, que ce soit vrai ou pas ne lui importait pas, c’était ce qu’il lui proposa d’expérimenter avec celui de Kiyomura. En échange de résultat fructueux, Naotaka devait être naturalisé. Mais ça ne se passa pas comme Iesue l’avait prévu. Sentant la manipulation venir, ou bien se doutant du peu de résultat qu’il pouvait obtenir, le scientifique ne répondit pas aussi favorablement à la demande d’Iesue qu’il l’espérait, il lui confia des troupes d’une faiblesse affligeante, des hommes inexpérimentés, non entrainés, et à peine disciplinés. Ils n’auraient jamais pu tenir le village si les habitants leur avaient résistés.

Puis quand les troupes Garlemaldaises furent expulsées du village, Iesue et Naotaka surent qu’ils ne pourraient revenir à l’Empire les mains vides. Ils cherchèrent comment rattraper le coup, mais ils étaient coincés. Voyant leur rêve d’être ensemble en paix à Garlemald s’échapper, ils voulurent se venger en tentant d’assassiner Kyuuji et son père. Le premier, parce qu’ils estimaient qu’il avait tout, à l’armée, et qu’il était responsable de la dissolution de leur unité, ce qui les avait mener à être séparer, Iesue et Naotaka. Le second, parce qu’ils le considéraient responsable de leur enrôlement, et de ne rien avoir fait pour les sortir de l’armée par la suite.

Pour le meurtre de Sanji, malheureusement, Naotaka ne pouvait qu’exposer ce qu’il s’était passé. Après s’être introduit chez les Atagi, le chef de la Milice leur était tombé dessus, et ils avaient fuis. Mais Sanji les avait suivis et retrouvés alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer pour quitter la vallée. Refusant de les laisser s’enfuir, Sanji les avait attaqué, et ils durent le tuer pour protéger leurs vies. Naotaka rendit hommage à son talent de combattant et sa détermination. Il regrettait d’avoir eu à le tuer mais ils n’avaient pas eu le choix.

A l’issue de la plaidoirie de Naotaka, Isshiki interrogea les membres du conseil d’un regard, auquel ils répondirent par un hochement de tête. Étonnement, le jeune homme leur demanda s’ils souhaitaient être considérés comme soldats de Garlemald, comme citoyens de Garlemald ou comme membres du clan et habitant de Kiyomura. Pour un village aussi pacifique, cela avait beaucoup d’importance. Dans le premier cas ils seraient livrés à Garlemald comme déserteurs, dans le deuxième cas, ils seraient reconduits à l’Empire comme criminel, et dans le troisième cas, les sanctions étaient à la discrétion du clan. Isshiki leur offrait une opportunité généreuse, Naotaka et Iesue s’en rendaient bien compte. Ce fut Naotaka qui répondit qu’ils désiraient être traités comme membres du clan et habitants du village plutôt que comme des gens de Garlemald.

Les membres du conseil et Isshiki se réunirent ensuite un moment dans le bureau du chef du clan pour débattre de la sanction. Ils convinrent qu’ils ne pouvaient laisser leurs actes impunis, mais le clan avait sa part de responsabilité dans ce qu’ils avaient vécu. Ils étaient tous favorables à l’exil. Les deux hommes seraient libres de faire et d’aller où bon leur semblent tant qu’ils ne mettent plus la sécurité du village en danger. S’ils souhaitaient un jour revenir, ils devraient avoir faire pénitence, leur cas serait tout particulièrement étudier et ils devraient recevoir l’accord de l’Esprit du temple.

A l’annonce de la sanction, les deux traîtres furent soulagés, Isshiki et le conseil leur offraient l’opportunité de refaire leur vie ailleurs, là où leur passé de soldat n’aurait pas d’importance. Et la porte du village ne leur était pas éternellement fermé, si un jour leur cœur leur dictait de revenir.

Toujours considérés comme des criminels, ils n’eurent pas le temps de faire leurs adieux, ni de prendre leurs affaires. La milice les conduisirent à l’orée de la vallée en leur laissant des vivres, de l’eau, du matériel pour plusieurs semaines et une somme de gils suffisantes pour pourvoir à leurs premiers besoins. Exilés mais pas abandonnés, ils quittèrent la vallée et s’engagèrent dans les montagnes. Il n’y avait pas de route, pas de chemin, mais pour des natifs des montagnes, il était aisé de s’y repérer et de trouver les sentiers à suivre. Rapidement ils trouveraient un autre village ou une ville dans laquelle ils pourraient louer des faucons pour poursuivre leur voyage et commencer une nouvelle vie.

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