Punition

L’audience auprès des fileurs revenus concernant l’imposture du clone de Greil venait d’avoir lieux. Kyuuji avait expliqué qu’il était en proie à la haine pour l’armée de Garlemald, qu’il avait voulu accompagner un ami dans ses derniers instants et s’assurer que l’armure ne tomberait pas entre les mains impérial à son décès. Mais les Fileurs, bien qu’ayant entendu ses raisons, soulevèrent qu’il avait disposé des clés du mystère. Ces clés qui auraient pu tout changer. Si Kyuuji avait partagé son savoir sur le déclin de Greil, le clone, la suite des évènements aurait été drastiquement différente.
Pris de court, le Raen s’était défendu, expliquant qu’il n’avait aucun moyen de comprendre l’importance de cette information. Pourtant, il ne réalisait pas qu’il s’enfonçait. Il n’avait simplement pas imaginé être si proche de ce qu’il considérait comme des fables ou des fantaisies. Immortalité, clones, ombres draconiques, survivants allagois, etc. Tout cela le dépassait. A un point tel qu’il n’arrivait plus à penser normalement. La fable et le vrai, le logique et l’illogique, l’absurde et le cohérent. Plus rien n’avait de sens depuis Azys Lla. Il était perdu. Nergui avait terriblement raison, il était paumé. Et pas seulement parce qu’il était dans un pays dont il ne comprenait rien. Son propre esprit lui paraissait étranger.
Les Fileurs devaient désormais statuer sur leur sanction. Parfaitement conscient que c’était nécessaire, Kyuuji s’estima heureux d’avoir eu la chance de s’expliquer. Même s’il doutait qu’il ressorte quoi que ce fût de bon de son explication. Les mots de Prinesca résonnaient dans sa tête. Et l’annonce d’une réunion pour présenter les conclusions et le plan d’action concernant le clone de Greil fit sombrer le Raen dans un abîme où il n’était jamais allé.
Ses erreurs, ses fautes, se transformaient lentement. Prenant de plus en plus d’ampleur. Voyant leurs conséquences empirées. Sortant de l’audience, il commença à suffoqué, il n’arrivait plus à écouter, ni à comprendre quoi que ce soit. Il ressentit le vif besoin de s’échapper, de partir, de se repentir. Là où tout avait commencé. Là où tout aurait pu être différent s’il avait fait d’autres choix.
Kyuuji n’avait qu’une chose en tête. Partir. Il n’annonça pas sa prochaine absence. Il serait certainement revenu avant la réunion et il n’avait personne à voir d’ici là. Pour l’instant, il était simplement obsédé, il ne pouvait pas rester ici. Il se rendit dans sa chambre où il rangea ses affaires dans son coffre et son cristal, à peine retrouvé, dans son tiroir puis il se vêtit très chaudement. Il éteignit ensuite toutes les lumières et partit sans attendre.
Arrivé au Nid du Faucon, le Raen acheta assez de provision et d’eau pour quelques jours et appela son griffon, Nix. Il chargea ses vivres dans les sacoches de selle et s’envola sur son dos. Il commença par survoler le camp où avait eu lieux cette première mission avec Greil, enfin son clone. Kyuuji avait encore du mal à l’appeler l’imposteur ou le clone. Puis il guida Nix vers le Lit d’Os. Il ne connaissait pas bien la région, mais il savait que peu de gens s’aventuraient par là-bas, il n’y avait rien à y faire, et les Yetis dissuadaient la majorité des curieux. Il trouva une grotte, l’endroit n’en manquait pas, où s’installer et y monta un semblant de camps.
Certainement sensible aux troubles de son maître, le griffon refusa de s’envoler quand Kyuuji eut fini de le débarrasser de ses affaires. Nix lui avait déjà démontré son intelligence et son entêtement. Il l’accompagnait depuis sa fuite de l’Empire, avant d’avoir rejoint Eorzéa. Le Raen avait libéré l’animal d’un piège mortel, et Nix avait décidé de lui-même de le suivre. Devinant qu’il n’arriverait pas à faire changer d’avis l’animal, Kyuuji libéra de l’espace pour qu’il puisse s’y allonger. Puis, sans se soucier de quoi que ce soit d’autre, il médita.
Dans les méandres de cet abîme qu’était devenu ses pensées, ses erreurs devinrent des fautes. Dans la folie qui menaçait de lui ronger l’esprit, les mots de Prinesca tourbillonnaient. Il avait possédé les moyens d’arrêter le clone dans sa destruction. Il aurait pu désamorcer toute cette histoire avant que ça n’aille aussi loin. Mais il n’en avait rien fait, aveuglé par sa haine, abruti par sa confiance, abusé par sa loyauté. Cela devint ses crimes.
Des crimes qu’il devait punir pour pouvoir s’en repentir. Le Raen n’était pas en colère. Il était serein. Responsable. Coupable. Il avait décidé de sa punition. Il sortit de sa méditation et attrapa la dague à sa ceinture. Celle-là même avec laquelle il avait tué tant d’impériaux. Celle-là même qui avait été la première chose qu’il avait possédée après avoir déserté l’armée de Garlemald. Il la regarda comme la découvrant pour la première fois. Son manche en bois recouvert de cuir, sa lame d’acier imparfaite, elle était d’une banalité navrante. C’était ce qui lui avait plu, le jour où Kyuuji l’avait achetée. Et ce jour-là, elle lui sembla parfaite. Il la posa cérémonieusement devant lui. Il avait quelques préparatifs à effectuer. Il n’était pas question de faire des bêtises. Ce qu’il avait en tête devait être pris au sérieux.
Il se passa une main sur le visage, s’arrêtant longuement sur ses yeux. Il avait été aveugle, fermant les yeux à la connaissance, à la curiosité, fermant les yeux aux avertissements, aux sentiments de ses amis, fermant les yeux en toute confiance, prétextant la loyauté et la haine. Il avait été aveugle par tant de manières. Il allait l’être pour de bon.

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