Un accrochage impérial

La mission de Kyuuji et Venceslas les avait menés jusqu’au Thanalan Occidental. Depuis des jours, ils étaient sur leur garde, tendus et inquiets. La forteresse Garlemaldaise Castrum Marinum était bien trop proche à leur goût. De nombreux groupes de soldats patrouillaient tous les jours la région. Le risque de tomber sur un détachement d’Impériaux était trop élevé. Les deux aventuriers étaient d’ailleurs couchés dans une ravine pour éviter quelques soldats qui passaient juste au-dessus d’eux. À ce rythme, il leur faudrait les combattre pour remplir leur mission à bien.

Venceslas se rapprocha doucement du Raen et lui murmura tout contre la corne.

— Nous devrions faire demi-tour. Je ne suis pas équipé pour le combat.

De fait le Hyurois avait laissé son armure lourde et son épée à leur planque, leur préférant une tenue en cuir et une dague pour ce qui devait être du repérage. Sans tourner la tête, Kyuuji lui répondit sur le même ton.

— Ils sont encore trop près, ils vont nous remarquer. Soyons patients.

— Ça pour être proche…

Le Raen lui fit signe de se taire. Une botte venait d’apparaitre au-dessus de la ravine, juste devant leurs yeux, et des mains écartaient les broussailles qui leurs servaient de cachette.

— J’crois qu’j’ai entendu que’qu’chose.

Un frisson parcourut le dos de Kyuuji tandis que Venceslas bondit sur ses pieds en dégainant son arme. D’un geste vif, il entailla le bras du Garlemaldais, lui tirant un cri de douleur et de surprise. Alertés, d’autres soldats vinrent rapidement les encercler.

L’affrontement ne dura que quelques échanges. Sans équipement et face à un tel nombre, Venceslas et Kyuuji n’avaient aucune chance. Mais ils avaient chèrement vendu leur peau, trois soldats gisaient à terre et deux autres étaient grièvement blessés. Épuisés et à bout de souffle, les deux amis croyaient leurs derniers instants arrivés quand un homme écarta les soldats en s’avançant vers eux.

— Attendez, les gars, ils me disent quelque chose…

L’homme les dévisagea durant plusieurs secondes en plissant les yeux. Puis il fronça les sourcils et fit signe aux soldats.

— Je crois bien les reconnaître, faudrait les emmener au capitaine pour être sûr.

Les deux amis échangèrent un regard, inquiets à l’idée d’être reconnus. Suivant l’ordre de l’homme, les soldats les menèrent sans ménagement jusqu’à un campement au pied de Castrum Marinum et les présentèrent à leur supérieur.

L’officier était un Hyurgoth et avait visiblement d’un grade élevé, il portait le titre honorifique « kir ». Un élan d’appréhension s’empara de Kyuuji quand il le reconnu. Aldhun kir Oeric. Ils s’étaient rencontrés en une unique occasion, lors d’un rapport de son unité. Il craignait que ce ne soit suffisant pour être reconnu.

Oeric releva la tête de ses papiers et fixa Kyuuji un long moment, puis ce fut au tour de Venceslas. Sans un mot il se retourna, ouvrit un coffret et en sortit une liasse de papiers. Il les étala devant lui et en attrapa deux en particulier. Son regard navigua des feuilles aux deux captifs plusieurs fois.

— C’est bien des déserteurs. Emmenez-les pour interrogatoire, je vais m’en charger moi-même.

Kyuuji ferma les yeux et se força à respirer lentement, profondément. Ils étaient en plein milieu d’un camp ennemi, maîtrisés par des soldats nombreux et bien entraînés. Ils ne pouvaient rien faire. Seulement attendre une opportunité pour fuir. Attendre le simulacre de procès. Et la sentence pour désertion… Il préféra ne pas y penser.

Les deux amis furent emmenés dans un sous-sol de la forteresse et séparés dans des salles différentes. Kyuuji essayait de repérer le chemin, il n’abandonnait pas l’idée de profiter de la moindre occasion pour tenter de s’enfuir. Il n’avait pas grand-chose à perdre.

Dans la pièce, il n’y avait qu’une seule chaise, on l’y menotta. Et il dut attendre le bon vouloir des Impériaux. Au bout de ce qui lui parut des heures, la porte s’ouvrit enfin pour laisser passer un seul homme. Celui qui allait « l’interroger », Oeric. Sa tenue, la tunique réglementaire des officiers de l’armée, était tâchée de sang frais, une dague se balançait à sa hanche. A sa démarche, Kyuuji comprit qu’il était certainement quelqu’un de calme, de patient, mais qu’il attendait des réponses et ferait en sorte de les avoir. Face à un tel caractère, le Raen préféra jouer la sérénité.

Oeric vint se placer devant Kyuuji, à quelques pas de distance, et essuya la sueur qui lui coulait sur le front.

— Atagi, c’est bien ça ?

Kyuuji hésita un court instant puis il hocha la tête. Rien ne servait de faire débuter le supplice pour un simple nom. L’officier ressortit le papier de son état de service et fit mine de le découvrir pour la première fois.

— Désertion ?

Il baissa des yeux faussement indigné sur le Raen. N’obtenant aucune réaction, il poursuivit.

— Trahison ?

Il faisait certainement référence à la destruction des renseignements sur l’unité des Infortunés ou de leur départ pour Eorzéa. Kyuuji continuait à le fixer, sans ciller. Oeric jeta un nouveau regard à la feuille dans sa main et arqua un sourcil.

— Meurtre ?

— Meurtre !? répéta le Raen incrédule.

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