Un espoir ténu

Ydrian louait une chambre dans la maison de sa compagnie libre. Cette petite maison se trouvait dans un quartier résidentiel non loin de Gridania, Lavandière. Revenir sur ces terres se révéla plus difficile que Venceslas ne le croyait.

Cette forêt m’avait pourtant manqué.

Mais elle réveillait aussi de douloureux souvenirs.

Le guerrier le mena jusqu’à une petite pièce aménagée en appartement. Il y avait tout le nécessaire pour y vivre. Les meubles venaient de différents endroits, il reconnut une facture thanalaise d’un côté, celle de la noscea de l’autre, parfois même une touche ishgardaise.

Ça sent tellement l’aventurier.

Ydrian s’assit derrière son bureau et invita le Hyurois à prendre place en face de lui.

— Est-ce ici que tu vies quand tu n’es pas en vadrouille, Ydri ?

— Entre autre, ouais. C’est surtout le seul endroit où on peut discuter sans être dérangé. Désolé de t’avoir fait venir aussi loin.

Venceslas laissa son regard errer encore un peu sur la chambre en secouant doucement la tête.

— Non, non, ce n’est rien. Ça me change un peu d’air, ce n’est pas plus mal. Alors, raconte-moi ton plan.

Le guerrier s’installa contre le dossier de sa chaise et se prit le menton dans une main.

— Et bien, voilà. À force de vous tirer les verres du nez à tous les deux, j’ai commencé à comprendre votre histoire. Tu m’arrêtes si je me trompe, hein, j’ai pas envie de me lancer dans des explications à rallonges si j’ai tout faux.

Venceslas hocha la tête avec un sourire narquois. Il avait hâte d’entendre ce qu’il avait à dire et l’encouragea à poursuivre d’un signe de la main. Il comptait l’écouter jusqu’au bout, même s’il avait tort.

— Si je me trompe pas, vous vous êtes disputés après une rencontre avec l’armée de Garlemald. (Venceslas opina.) Tu m’as dit avoir fait des erreurs mais Kyu est du genre patient et il te les avait toujours pardonnées jusque-là. (Un nouvel hochement de tête du Hyurois vint approuver les dires du guerrier.) Je pense que la raison de votre dispute, c’est ni l’armée en elle-même ni tes conneries, c’est autre chose. (Cette fois, Venceslas plissa les yeux, intéressé.) Un jour, il m’a dit avoir perdu un objet qui avait une grande valeur pour lui. Vu son état de tristesse et non de colère quand il m’en parlait, je pense pas qu’il parlait de ton amitié.

— Hey !

— Désolé, Vence, mais c’est la vérité. Dès que ça tourne autour de toi, il s’énerve, il est pas triste comme ça.

Venceslas soupira en secouant lentement la tête.

— Je sais, continue.

— Je pense qu’il s’agit enfaite de la vraie raison de votre dispute.

Venceslas cligna des yeux. Il ne s’attendait pas à cela. Ydrian ne devait pourtant pas avoir beaucoup d’informations pour faire toutes ses déductions. Kyuuji avait effectivement payé quelque chose contre leur vie. Venceslas était arrivé à la même conclusion. Il avait entendu l’officier Oeric en parler mais il ne l’avait pas compris sur le moment. Cet objet, dont le guerrier parlait, pourrait être ce qu’il avait échangé. Rapidement, une petite chaleur d’espoir naquit au creux de l’estomac de Venceslas.

— C’est là que j’ai besoin de ton aide, continua Ydrian. Il refuse de m’en dire plus mais tu le connais bien mieux que moi, tu pourrais avoir une idée de ce que c’est.

À nous deux, nous pourrions comprendre. Et si nous comprenons, je pourrai peut-être me racheter auprès de Kyu. Il a raison, le bougre.

— C’est possible. Un objet d’une grande importance ? Que peux-tu m’en dire de plus ?

Le guerrier sourit, se redressa vers son bureau et y posa les coudes en croisant les mains devant sa bouche.

— Il m’a dit que c’était quelque chose qui venait de chez vous.

— C’est trop vague. J’imagine que n’importe quoi venant de Kyomura, voire d’Othard, a de la valeur pour lui.

Ydrian réfléchit plus profondément.

— Hum… Il disait qu’il l’avait pendant l’armée. Vous aviez rien de particulier ?

Cette fois, ce fut au tour de Venceslas de se plonger dans la réflexion.

— Qui vient de chez nous, qu’il avait durant l’armée… Quelque chose que nous aurions eu avec nous en rejoignant l’armée ?

Le guerrier hocha la tête.

— Un truc comme ça, ouais.

— Nous n’avions que ce que nous portions sur nous quand nous avons été enrôlé. Un objet qu’il portait sur lui. Assez petit donc, je suppose, et qui intéresserait l’armée…

Ydrian arqua un sourcil mais ne dit mot. Réalisant qu’il venait de lui révéler quelque chose qu’il ignorait, Venceslas secoua la tête en roulant des yeux.

Vence la langue bien pendue. Il a peut-être plus d’informations que je le pensais.

Après un long silence, Venceslas n’avait toujours aucune idée de ce dont il pouvait s’agir. Ils avaient été enrôlés de force au petit matin, pris par surprise, sans qu’ils aient pu prendre la moindre affaire avec eux. Par la suite, ils avaient déserté sans rien emporter non plus, pas même leurs armes, pour ne pas attirer l’attention.

— Je ne vois pas, finit-il par dire dans un souffle.

— Qu’est-ce qu’il faisait déjà pour l’armée ?

— Il était médicus…

À peine le mot avait-il franchit ses lèvres, que Venceslas comprit. Il regarda le Hyurgoth qui souriait malicieusement. Il le savait bien sûr. Il avait bien plus pensé à cette histoire qu’il le laissait penser. Ydrian était déjà arrivé jusque-là mais voulait que Venceslas y arrive lui-même.

Il était médicus. Un excellent médicus même. Ce que l’armée doit regretter le plus dans notre désertion. Mon intuition était donc bonne…

Depuis quelques lunes, il surveillait les agissements d’un Lux médicus. L’avènement de sa réputation correspondait à peu près à leur accrochage avec l’armée. Venceslas avait eu un mauvais pressentiment et avait réuni toutes les informations sur lui qu’il avait pu.

Il s’efforçait désormais de se rappeler tout ce que Kyuuji lui avait dit à propos de ses dons en magie de guérison, se parlant à lui-même autant qu’au guerrier.

— Mais oui ! Il avait reçu un cadeau de son père. Quelque chose qui se transmettait de génération en génération pour aider les prêtres dans leurs devoirs. Un truc de famille. Il le gardait toujours avec lui.

— C’était quoi, Vence ?

— Je ne me souviens pas très bien. Une sorte de canalisateur d’éther, je crois.

Les yeux d’Ydrian se perdirent dans le vide en intégrant toutes ces nouvelles informations.

À nous deux, nous devons y arriver.

Comme entendant ses pensées, le guerrier fronça les sourcils.

— Un canalisateur d’éther. Il faudrait qu’on se renseigne auprès d’un mage. J’y connais pas grand-chose en ce genre de choses.

— La guilde des élémentalites !

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