Une requête personnelle

Venceslas profitait du temps nébuleux matinal de Mor Dhona pour réfléchir. Assis sur un banc près du marché, sobre et l’esprit alerte, il se remémorait le désastre de Castrum Marinum qui lui avait valu de perdre ce en quoi il tenait le plus.

L’officier qui les avait reconnus, un certain Oeric si sa mémoire ne lui faisait pas défaut, les avait interrogés pour connaitre la raison de leur désertion, trahison et du meurtre de Thorne. Bien sûr, Venceslas avait refusé de répondre. Et Oeric l’avait bien amoché pour obtenir ce qu’il voulait. Le Hyurois avait fini par lui révéler que ce n’était que dans un but de vengeance personnelle qu’il l’avait tué. Cela parut intrigué Oeric, pourtant il s’en était suffi. Venceslas supposait que les agissements de Thorne n’étaient pas connus. Ou au moins, pas reconnus.

Oeric n’avait posé aucune autre question et était parti sans un mot. Après cela, Venceslas avait passé plusieurs jours enfermé dans sa cellule, sans voir personne, recevant une ration piteuse deux fois par jour. Il avait cru devenir fou. Fou d’interrogations, d’incertitudes, de crainte et de peur. Mais quand il s’était senti sombrer dans la folie, un soldat l’avait sorti de sa cellule et l’avait emmené rejoindre le hall de la forteresse. Il y avait retrouvé un Kyuuji hors de lui, malgré tous les efforts que le Raen faisait pour se contrôler, son état de rage était visible de tous. Et Venceslas avait une bonne idée de la raison de sa colère. Son mensonge. Puis une remarque d’Oeric avait éveillé son intérêt et il avait compris que Kyuuji avait négocié leur liberté.

Alors que Venceslas se rappelait les quelques mots que son ami lui avait lancé avant de disparaitre, la voix d’Ydrian lui parvint par la perle.

« Vence ? T’as un moment ? »

Le Hyurois porta la main à sa perle pour lui répondre.

— Oui Ydri, je t’écoute.

— Tu es seul ? On peut parler ? Sinon on se retrouve quelque part.

— Non, non, c’est bon, je prenais l’air. Qu’y a-t-il ?

— OK. Alors voilà…

Le guerrier hésitait. Venceslas s’inquiéta, ce n’était pas dans ses habitudes de tergiverser. Il avait surement de mauvaises nouvelles. Il se redressa sur le banc et se concentra pour faire abstraction du bruit émanant du marché.

— Je pense que ça va être compliqué d’avoir de l’aide de mon côté, reprit Ydrian par la perle. Mais tu es de l’Ordre, non ?

Retenant un soupire de déception, le Hyurois se renfrogna. Il avait largement négligé ses obligations envers l’ordre depuis presque un an.

— Oui c’est vrai, mais ça fait un moment que je ne me suis pas montrer au QG.

— Tu pourrais quand même t’adresser à eux, tu crois ?

Venceslas prit un instant de réflexion. L’Ordre était assez tolérant vis-à-vis des aventuriers et il n’était que sergent. En tournant bien la chose, il pourrait peut-être obtenir de l’aide de la part d’une compagnie libre qui leur était rattachée.

— A l’Ordre directement, je ne pense pas. Ça fait trop longtemps que je ne me suis pas montré et je ne suis que sergent. Ils n’écouteront pas mon problème.

— Je suis désolé de pas pouvoir faire plus, Vence.

La voix d’Ydrian était vraiment peinée, le Hyurois ne voulait pas le culpabilisé. Son ami en avait déjà assez fait pour lui, il était temps pour Venceslas de prendre les choses en mains. Il respira profondément et prit le ton le plus assuré qu’il put, étrangement, ce fut de l’arrogance qui transparut dans sa voix.

— Ne t’inquiète pas, tu en as assez fait pour moi. C’est à mon tour de gérer ça. Je te remercie.

— Tiens-moi au courant, quand même. Et hésite pas si je peux faire quelque chose, hein ?

— Compte sur moi, Ydri.

— OK, bon courage alors.

— Prend soin de toi.

— Toi aussi, mon vieux.

Venceslas s’adossa au dossier du banc en coupant sa perle. Il allait devoir trouver une solution. Le quartier général de la grande compagnie regorgeait de renseignement pour prendre contact avec les compagnies libres qui leur étaient affiliées, peut-être pourrait-il en trouver une prête à lui venir en aide. Mais pour cela, il allait devoir se rendre à Gridania.

Gridania…

Avec un sursaut, il jura avant de porter la main à sa perle pour la réactiver.

— Ydri ?

— Ouais ?

— J’aurai besoin de toi…

Le rire du guerrier porta jusqu’à lui à travers la perle, lui tirant un sourire ironique.

— Déjà ?

Venceslas pouffa à son tour. Présenté comme cela, c’était assez risible.

— Oui. Je vais aller à Gridania. Tu pourrais t’assurer que je n’y croise pas Kyu ?

Cette fois encore Ydrian rit un instant.

— Je m’en charge. Maintenant ?

— J’y serai en fin d’après-midi.

— OK ! Compte sur moi.

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