Un accrochage impérial

La mission de Kyuuji et Venceslas les avait menés jusqu’au Thanalan Occidental. Depuis des jours, ils étaient sur leur garde, tendus et inquiets. La forteresse Garlemaldaise Castrum Marinum était bien trop proche à leur goût. De nombreux groupes de soldats patrouillaient tous les jours la région. Le risque de tomber sur un détachement d’Impériaux était trop élevé. Les deux aventuriers étaient d’ailleurs couchés dans une ravine pour éviter quelques soldats qui passaient juste au-dessus d’eux. À ce rythme, il leur faudrait les combattre pour remplir leur mission à bien.

Venceslas se rapprocha doucement du Raen et lui murmura tout contre la corne.

— Nous devrions faire demi-tour. Je ne suis pas équipé pour le combat.

De fait le Hyurois avait laissé son armure lourde et son épée à leur planque, leur préférant une tenue en cuir et une dague pour ce qui devait être du repérage. Sans tourner la tête, Kyuuji lui répondit sur le même ton.

— Ils sont encore trop près, ils vont nous remarquer. Soyons patients.

— Ça pour être proche…

Le Raen lui fit signe de se taire. Une botte venait d’apparaitre au-dessus de la ravine, juste devant leurs yeux, et des mains écartaient les broussailles qui leurs servaient de cachette.

— J’crois qu’j’ai entendu que’qu’chose.

Un frisson parcourut le dos de Kyuuji tandis que Venceslas bondit sur ses pieds en dégainant son arme. D’un geste vif, il entailla le bras du Garlemaldais, lui tirant un cri de douleur et de surprise. Alertés, d’autres soldats vinrent rapidement les encercler.

L’affrontement ne dura que quelques échanges. Sans équipement et face à un tel nombre, Venceslas et Kyuuji n’avaient aucune chance. Mais ils avaient chèrement vendu leur peau, trois soldats gisaient à terre et deux autres étaient grièvement blessés. Épuisés et à bout de souffle, les deux amis croyaient leurs derniers instants arrivés quand un homme écarta les soldats en s’avançant vers eux.

— Attendez, les gars, ils me disent quelque chose…

L’homme les dévisagea durant plusieurs secondes en plissant les yeux. Puis il fronça les sourcils et fit signe aux soldats.

— Je crois bien les reconnaître, faudrait les emmener au capitaine pour être sûr.

Les deux amis échangèrent un regard, inquiets à l’idée d’être reconnus. Suivant l’ordre de l’homme, les soldats les menèrent sans ménagement jusqu’à un campement au pied de Castrum Marinum et les présentèrent à leur supérieur.

L’officier était un Hyurgoth et avait visiblement d’un grade élevé, il portait le titre honorifique « kir ». Un élan d’appréhension s’empara de Kyuuji quand il le reconnu. Aldhun kir Oeric. Ils s’étaient rencontrés en une unique occasion, lors d’un rapport de son unité. Il craignait que ce ne soit suffisant pour être reconnu.

Oeric releva la tête de ses papiers et fixa Kyuuji un long moment, puis ce fut au tour de Venceslas. Sans un mot il se retourna, ouvrit un coffret et en sortit une liasse de papiers. Il les étala devant lui et en attrapa deux en particulier. Son regard navigua des feuilles aux deux captifs plusieurs fois.

— C’est bien des déserteurs. Emmenez-les pour interrogatoire, je vais m’en charger moi-même.

Kyuuji ferma les yeux et se força à respirer lentement, profondément. Ils étaient en plein milieu d’un camp ennemi, maîtrisés par des soldats nombreux et bien entraînés. Ils ne pouvaient rien faire. Seulement attendre une opportunité pour fuir. Attendre le simulacre de procès. Et la sentence pour désertion… Il préféra ne pas y penser.

Les deux amis furent emmenés dans un sous-sol de la forteresse et séparés dans des salles différentes. Kyuuji essayait de repérer le chemin, il n’abandonnait pas l’idée de profiter de la moindre occasion pour tenter de s’enfuir. Il n’avait pas grand-chose à perdre.

Dans la pièce, il n’y avait qu’une seule chaise, on l’y menotta. Et il dut attendre le bon vouloir des Impériaux. Au bout de ce qui lui parut des heures, la porte s’ouvrit enfin pour laisser passer un seul homme. Celui qui allait « l’interroger », Oeric. Sa tenue, la tunique réglementaire des officiers de l’armée, était tâchée de sang frais, une dague se balançait à sa hanche. A sa démarche, Kyuuji comprit qu’il était certainement quelqu’un de calme, de patient, mais qu’il attendait des réponses et ferait en sorte de les avoir. Face à un tel caractère, le Raen préféra jouer la sérénité.

Oeric vint se placer devant Kyuuji, à quelques pas de distance, et essuya la sueur qui lui coulait sur le front.

— Atagi, c’est bien ça ?

Kyuuji hésita un court instant puis il hocha la tête. Rien ne servait de faire débuter le supplice pour un simple nom. L’officier ressortit le papier de son état de service et fit mine de le découvrir pour la première fois.

— Désertion ?

Il baissa des yeux faussement indigné sur le Raen. N’obtenant aucune réaction, il poursuivit.

— Trahison ?

Il faisait certainement référence à la destruction des renseignements sur l’unité des Infortunés ou de leur départ pour Eorzéa. Kyuuji continuait à le fixer, sans ciller. Oeric jeta un nouveau regard à la feuille dans sa main et arqua un sourcil.

— Meurtre ?

— Meurtre !? répéta le Raen incrédule.

Un prix exorbitant

L’annonce lui fit l’effet d’une douche froide. Les yeux écarquillés, la respiration rapide, des frissons dans le dos, Kyuuji ne comprenait pas de quoi il parlait. La désertion ou la trahison suffisait à le faire exécuter, pourquoi ajouter une accusation de meurtre ? L’officier le dévisageait, essayant de déchiffrer son expression.

— Tu ne nies pas la désertion, impossible de le faire, de toute façon. La trahison non plus, si j’en crois ton silence. Mais le meurtre te surprend ?

Oeric lui laissa le temps de formuler sa réponse avant de lever un sourcil impatient. Kyuuji secoua la tête pour reprendre ses esprits.

— Je… De quel meurtre m’accusez-vous ?

L’homme fit mine de chercher l’information parmi ses papiers en se frottant le menton. S’il voulait jouer avec la patience et les nerfs de Kyuuji, c’était bien parti.

— Vous, Miller et toi, êtes accusés de l’assassinat de l’officier Quo Thorne.

Un poids vint s’abattre sur l’estomac du Raen. Il ne l’avait pas tué, bien sûre. Mais l’armée n’avait pas besoin d’ajouter cette charge pour les faire exécuter. C’était probablement la vérité, Thorne avait été assassiné.

— Quand ? Comment ?

L’officier fit non de la tête en souriant.

— Ne perd pas ton temps. Miller a été vu, retirant son épée du corps de Thorne.

Venceslas aurait tué Thorne ? La surprise et l’incompréhension s’emparèrent de Kyuuji. Puis certains évènements se mirent en place dans son esprit. L’exil, le silence de Venceslas, les poursuites immédiates, le démantèlement de l’unité des Infortunés… Tout s’expliquait par la disparition de Thorne. Mais pourquoi ? Il se serait simplement trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Non, Kyuuji n’y croyait pas. Venceslas ne l’aurait pas tué sans bonne raison. Et des raisons, il en avait un paquet. C’était forcément prémédité. Et Venceslas ne lui en avait jamais parlé. Il avait même nié avoir rencontré quelqu’un en désertant.

Oeric fit un pas en avant, interrompant le fil des pensées de Kyuuji.

— La sentence pour tes crimes est la mort. Le meurtre n’est pas vraiment à ta charge, mais ça ne change pas grand chose, n’est-ce pas ?

Kyuuji ferma les yeux. Venceslas lui avait menti. Il l’avait trahi. Depuis trois ans, il lui cachait la vérité. Il ne l’en aurait jamais cru capable. Lentement, son ventre se mit à le brûler. Doucement la colère s’insinua en lui.

— Qu’attendez-vous alors ?

— Que tu me fasses une proposition.

La colère s’installait au fond de son cœur, comme si elle y était chez elle. Bien qu’elle ne soit pas tournée vers l’officier, il devait en avoir l’impression. Et Kyuuji ne chercha pas à le démentir.

— Je n’ai rien à vous offrir.

Un sourire s’étira sur les lèvres d’Oeric, un sourire cruel, calculateur, satisfait.

— Oh mais si… Tu peux nous offrir des informations. Tu es à Gridania depuis presque trois ans, d’après ce que j’en sais.

Kyuuji comprit tout de suite le sous-entendu et serra les dents et les poings. Comme il ne répondait pas, l’officier reprit d’une voix faussement mielleuse.

— Vos vies à tous les deux contre quelques renseignements, c’est plutôt une bonne proposition, non ?

Deux vies contre combien d’autres ? Kyuuji n’avait aucun mal à imaginer les horreurs qu’ils pourraient faire au peuple de Gridania. Non, cette proposition n’était tout bonnement pas envisageable.

— Plutôt mourir que trahir Eorzéa !

À ses propres mots, le Raen tressaillit. Il n’avait pas véritablement envie de mourir. Pas après tant d’efforts pour rester en vie. Pas avec tant de colère en lui. Pas maintenant.

— Ça, je peux l’arranger, lui assura Oeric.

Kyuuji n’en douta pas une seconde. Il continuait à le fixer méchamment, sa colère et sa rancœur grandissant insidieusement en lui, insufflant l’envie irrépressible de se venger. Et pour cela, il devait rester en vie. Il se torturait l’esprit tandis que l’officier faisait mine de parcourir ses états de services.

— Hum… Je lis ici que tu étais un bon élément. Un Médicus ? Et doué qui plus est. C’est bien regrettable…

Malgré la colère qui troublait son esprit, le Raen comprit immédiatement ce qu’il sous-entendait. Il ferma les yeux en tremblant.

— N’y a-t-il rien d’autre ?

— Non.

Ce qui faisait de lui un si bon guérisseur était sa pierre, un cristal, symbole de sa charge de prêtre du temple Atagi, seul souvenir de la vie qu’il aurait pu avoir. C’était un canalisateur d’éther puissant avec lequel il était possible de faire des miracles hors de portée des plus agiles élémentalistes. Un trésor inestimable. Un lègue dans sa famille depuis toujours. Mais la colère voilait le jugement de Kyuuji.

— Nos vies, notre libération et notre tranquillité.

— Est-ce une proposition ?

— Oui, contre ma pierre.

L’officier se frotta le menton d’un air réprobateur.

— Ta vie et celle de Miller, et nous vous relâcherons loin des campements.

Kyuuji respira profondément et planta un regard noir sur Oeric.

— Ma proposition n’est pas négociable. Nos vies, notre liberté et l’armée ne nous recherchera plus. Contre ma pierre. Elle vous offrira un excellent mage entre les mains d’un bon Médicus. Un d’une puissance incroyable, entre des mains expertes.

L’officier éclata de rire et se fendit d’un sourire carnassier.

— Tu n’es pas en position de négocier…

— Vous non plus.

— Oh vraiment ? Si je te tue maintenant, je récupère ton caillou et je suis gagnant sur tous les tableaux.

Kyuuji secoua lentement la tête. La colère altérait son esprit comme un poison.

— Ce n’est pas aussi simple. Pour que la pierre fonctionne, il faut que le porteur remplisse certaines conditions.

Oeric plissa les yeux de mécontentement et l’intima à continuer d’un mouvement de tête.

— Soit les esprits choisissent son propriétaire, et je ne parierai pas là-dessus. Soit il en hérite de l’ancien propriétaire grâce à un rituel.

— Et j’imagine que le… consentement de l’ancien porteur est nécessaire pour ce rituel ?

Kyuuji oppina, presque moqueusement, la rancœur voilait de plus en plus ses sens et son jugement. L’officier réfléchit un moment en silence avant de reprendre la parole posément.

— Votre tranquillité sera compliquée à obtenir.

— Faites nous passer pour mort ?

Oeric écarta sa remarque d’un geste de la main.

— Il faudrait que je ramène votre cadavre.

— Détournez leur attention ?

L’officier arqua un sourcil interrogateur.

— Nous pourrions avoir été repérés aux abords de … Takoma ?

C’était une ville à l’autre bout du continent domien. A l’opposé de Kiyomura. Il ne connaissait rien de plus loin. Attirer l’attention de l’armée loin d’Erozéa était suffisant pour l’instant. Kyuuji espérait qu’avec le temps, il finirait par se faire oublier. Ou qu’il trouverait autre chose d’ici là.

Oeric pinça les lèvres en secouant la tête.

— Vous faire passer pour mort me semble moins risquer que faire circuler et rendre crédibles ce genre d’informations. Je me débrouillerai. Que te faut-il pour le rituel ?

— Seulement la personne qui doit hériter du cristal et mon bâton.

— Alors prépare-toi.

Sur ces mots, Oeric sortit de la pièce en claquant la porte derrière lui.

Kyuuji eut une pensée hargneuse pour Venceslas qui attendait certainement dans une autre cellule. Il l’imagina jouant les fortes têtes face à l’officier. Mais étrangement, cette vision fit grandir sa rancœur. Et seulement sa rancœur. Alors il l’écarta de ses pensées pour se remémorer le déroulement du rituel. Ils devaient tous deux rester en vie.

Un rituel désagréable

Le rituel eut lieux quelques jours plus tard, dans la cellule qu’occupait Kyuuji depuis son arrestation par l’armée. Oeric se présenta au Raen accompagné d’un homme, un mage portant la tenue règlementaire de l’armée et de nombreuses décorations sur la poitrine. En proie à une rancœur insatiable, Kyuuji était déterminé à obtenir le plus de renseignements possibles sur celui à qui il donnait son héritage. Il nota dans son esprit chacune des distinctions qu’il portait, imprima son visage dans sa mémoire, et tous autres détails qu’il remarqua.

— J’ai besoin de connaître le nom du successeur pour le rituel.

L’officier plissa les yeux, contrarié, il estimait certainement qu’il mentait.

— Vandrad lux Saeward, se présenta lui-même le mage.

Kyuuji déglutit. Un lux. Un lux allait hériter de son cristal. Les derniers espoirs de le revoir s’envolèrent, irrémédiablement remplacé par une colère infaillible. Ce nom se grava dans sa mémoire sans qu’il n’eût besoin d’insister. Il ne pourrait jamais l’oublier. D’un geste, il fit asseoir le mage au milieu de la pièce et tendit la main vers Oeric qui lui rendit son bâton. Le Raen se tint debout face à Saeward et entama le rituel.

Prière, chant et danse se succédèrent, créant un spectacle artistique envoutant, même aux yeux des profanes tels que les Impériaux. L’air vibrait, l’atmosphère tremblait. L’éther se condensait, se mobilisait suivant les mouvements de Kyuuji. D’un geste théâtral mesuré, il sortit son cristal d’une poche cousue contre son cœur et le lâcha devant lui, à hauteur de poitrine. Au lieu de tomber, il resta immobile, suspendu dans l’air. D’un geste, le Raen manipula les courants éthériques et le cristal descendit vers le mage, toujours assit au milieu de la pièce. La pierre flotta un instant devant ses yeux en brillant d’une intense lumière blanche. Lorsque la lueur s’éteignit, le cristal tomba et Saeward le rattrapa avant qu’il ne touche le sol.

Le rituel était accompli. Le cristal était désormais celui de Saeward. Il avait quitté la famille Atagi. Et Kyuuji en était le responsable. Il ressentit une profonde douleur qui n’avait rien à avoir avec la fatigue provoquée par le rituel. Se laissant guider par la colère qui ne semblait pas vouloir s’arrêter de grandir en lui, il posa un regard haineux sur Oeric.

— C’est fait.

Le mage se leva, le cristal dans la main, une expression étrange sur le visage. Sans un regard pour le Raen ni l’officier, il quitta la pièce. De nouveau seuls, les deux hommes se dévisagèrent un instant. Il n’y avait que haine et colère dans les yeux de Kyuuji, mais seulement de la détermination dans ceux de l’officier. Oeric tiendrait parole, Kyuuji n’en doutait pas.

L’officier transmit un ordre par gestes à un soldat qui s’éloigna rapidement, puis il conduisit le Raen à l’entrée du donjon. Après un court instant, les deux hommes furent rejoints pas d’autres soldats. Ils encadraient Venceslas. Visiblement, il avait joué à l’arrogant et aux fortes têtes. Il était bien amoché, mais Kyuuji ne réussit pas à s’en émouvoir.

— Vous êtes libres, annonça Oeric. L’armée sera informée de ce dont nous avons discuté, Atagi. Mais faites vous discrets, si je retombe sur vous, je ne vous couvrirai pas à nouveau. Vous avez une heure pour quitter le camp.

Venceslas chercha à capter le regard du Raen qui l’évita soigneusement. Il fixait l’officier. Oeric avait tourné les talons et s’éloignait, disparaissant dans les couloirs. Une fois l’homme hors de vue, Kyuuji se tourna à son tour dans l’autre direction et s’élança à grands pas vers la sortie. Il ne s’inquiéta pas de savoir si le Hyurois le suivait, il sentait sa présence intolérable dans son dos.

Une fois à l’extérieur, il huma l’air, mais il ne sentit rien. Il laissa le soleil lui caresser la peau, mais cela non plus, il ne le sentit pas. Il écouta les bruits du camp et ne les entendit pas plus. Il réalisa alors douloureusement ce qui venait de se passer, ce qu’il venait de faire, ce qu’il venait de perdre.

Quelque chose claqua comme un coup de fouet dans son esprit.

Mensonge. Trahison. Traîtrise.

Une rancœur insatiable

Le mensonge et l’omission volontaire. Ces deux choses, Kyuuji les vivait toujours comme des trahisons. Souvent insignifiantes, mais en de rares occasions importantes. Et cette fois-là était la pire de toutes. Son esprit lui semblait vide, pourtant il bouillait. Autour d’une même pensée en une boucle infinie. Comme résonnant dans chaque fibre de son être.
Mensonge.
Kyuuji n’entendait plus rien, ne voyait plus rien, ne sentait plus rien. Ni les paroles de Venceslas, ni ce visage triste, ni cette main posée sur son bras. Il était ailleurs, dans un monde de rancœur.
Trahison.
Une vague puissante de colère s’abattit sur le cœur du Raen. Ses joues s’empourprèrent, sa respiration s’accéléra, ses mains devinrent moites. Des larmes lui piquèrent les yeux mais il les refoula.
Traîtrise.
La colère reflua, la vague qui vint ensuite le frapper était glacée. Une vague de rancœur si forte qu’elle écarta sa colère, tellement insidieuse qu’il en frissonna. Immuable. Irrésistible. Kyuuji s’y abandonna.
Mensonge.
Il revint en partie à la réalité, un filtre de rage devant tous ses sens et son jugement. Venceslas lui tenait le bras d’un air désespéré, attendant sa réaction avec crainte. Et il faisait bien, de la craindre.
Trahison.
Il était hors de question de se laisser apitoyer par cette comédie. Cette farce. Un hurlement le tiraillait de l’intérieur. Il essaya de le retenir, ce fut un grognement qui franchit ses lèvres et ses dents serrées.
Traîtrise.
Avec un gros effort, Kyuuji desserra les mâchoires et articula quelques mots.
— Comment as-tu pu ?
— Je ne voulais pas…
Mensonge.
Le Raen se libéra brusquement de la poigne de Venceslas l’interrompant par la même occasion.
— Je ne veux pas entendre d’excuse ! Tu m’as menti !
— Kyu…
Trahison.
Il ne l’écoutait de nouveau plus. Sous le coup de la colère, il rassembla l’éther, lentement, il lui en fallait une grande quantité pour se transporter. Et c’était beaucoup moins facile désormais, sans son cristal.
— Attend Kyu ! Où vas-tu ?
Traîtrise.
Kyuuji lui jeta un regard hargneux. Il n’avait plus aucune envie de l’entendre, il n’allait certainement pas lui dire où il se rendait. Il condensa l’éther, le manipula et s’y plongea alors que Venceslas avançait une main vers lui. Elle se referma sur le néant. Il était déjà parti. Le Camp de la Tête de Dragon.
Mensonge.
Les Hautes-terres du Coerthas central, le seul endroit où Kyuuji était sûr de ne pas croiser Venceslas. Lui y était déjà venu, s’était harmonisé avec l’éthérite de transport, mais pas le Hyurois. Il ne viendrait pas le chercher ici, même s’il arrivait à lire l’éther qu’il laissait derrière lui, ce dont il le savait incapable.
Trahison.
En proie à la rancœur, le Raen ne sentit pas tout de suite le froid du Coerthas. Il s’apprêtait à descendre de la muraille où se trouvait l’éthérite de transport quand la voix de Venceslas lui arriva par la perle.
« Kyu ? Où es-tu ? Je dois… »
Traîtrise.
Sans attendre la fin de sa phrase, Kyuuji jeta la perle contre le muret. Elle rebondit et roula par terre, à peine ébréchée. D’un violent coup de talon, il la réduisit en miette et s’en détourna.
Mensonge.
En entrant dans la taverne, tous les regards se tournèrent vers lui, tous plus ou moins hostiles. Il se dirigea vers une place libre d’un pas brusque, éloignant les regards inquiets, rendant plus insistants les regards méfiants.
Trahison.
Kyuuji se jura que Venceslas paierait sa traîtrise. Très cher.
Quant aux Impériaux…
Vengeance.

Un autre avis

Mor Dhona. Ces terres désolées, détruites et dénaturées suintaient la puissance et le pouvoir, vestiges d’un combat titanesque qui avait eu lieu à proximité. La plus grande ville de cette région était le Glas des revenants. C’était une ville naissante, pulsant de vie et d’activités insufflées par un ordre mystérieux et secret. Mais Venceslas Miller n’avait qu’entendu parler de cet ordre et cela ne l’intéressait pas beaucoup. Il était venu ici pour échapper à ses tourments, les relents de sa dispute avec son frère.

L’homme secoua la tête comme pour en chasser de mauvaises idées. C’était justement pour éviter ce genre de pensées qu’il s’était éloigné de Gridania. Mais son exil, encore un, n’avait fait que le plonger dans les regrets et la mélancolie.

Venceslas se rendit à l’auberge de la ville. Bien que la ville fût en reconstruction et en agrandissement, l’auberge permettait d’accueillir un nombre impressionnant de personne. Toute en pierre de taille sombre, en petite fenêtre et au mobilier simple et rustique, elle était chaleureuse, offrant un cadre agréable avec sa cheminées dans le coin à l’opposé du bar. La visite régulière d’un ménestrel de talent tenait la population au courant des évènements qui avaient lieux dans le reste d’Eorzéa.

Comme si ce coin était coupé du monde.

Ce qui n’était pas complètement faux auparavant. Désormais, la région s’animait, devenu le quartier général de cette organisation secrète et lieux d’accueil pour des centaines de réfugiés Domiens. Ainsi, Venceslas apprit que les habitants de Doma s’étaient rebellés contre l’empire de Garlemald qui dominait depuis de longues années tout le continent d’Othard, d’où il était originaire. Ce n’était pas une mauvaise chose d’après le Hyurois. Personne ne méritait de souffrir de l’occupation garlemaldaise. Mais la révolte n’avait pas réussi et beaucoup avaient dû fuir leur pays.

Peut-être que mes parents sont parmi les réfugiés. Peut-être que je les croise tous les jours.

Mais qu’en savait-il ? Il ne les avait pas connus. Il savait seulement que son père était Eorzéen et sa mère Domienne. Il avait hérité d’un nom et prénom éorzéens mais des traits physiques de sa mère. Venceslas soupira pour se sortir de ce cercle vicieux de pensées d’antan. C’était exactement ce qu’il ne voulait pas. Il s’assit au comptoir et commanda une bière.

Une première, il y en aura sûrement d’autres. Comme d’habitude…

Il vida rapidement sa choppe et en commanda un seconde. Puis une troisième et une quatrième. Enfin les effets de l’alcool commencèrent à lui soulager l’esprit, à défaut de sa vessie. Venceslas se leva et se dirigea vers les latrines d’un pas chaloupé et failli bousculer un homme qui en sortait.

— Eh bien Vence, où tu vas dans cet état ?

Venceslas leva les yeux sur l’homme qui le tenait pas le coude. Un Hyurgoth qu’il reconnut tout de suite.

Ydrian.

— Pisser tiens. Qu’irais-je faire d’autre aux latrines ?

Le guerrier haussa les sourcils et regarda derrière lui. La porte était de nouveau fermée. Et ce n’était pas celle des latrines.

— Là, tu allais dehors, mon vieux.

Sans attendre, il le mena à la bonne porte. En ressortant, Venceslas trouva le guerrier accoudé au bar et le rejoignit.

— Encore à te saouler ?

Oui…

— Mais non, quelle idée, répondit Venceslas d’un ton faussement enjoué.

Certaines choses étaient plus faciles à taire qu’à dire.

— Tu devrais ralentir.

Je veux penser à autre chose.

— Je m’ennuie, le temps passe plus vite comme ça.

Le guerrier lui jeta un regard presque menaçant. Il savait bien pourquoi il buvait. Ils savaient tous les deux pourquoi il buvait. Mais jusque-là, ils n’avaient pas eu besoin de mots pour se comprendre.

Des non-dits. Exactement ce qui m’a valu d’atterrir ici.

— Laisse tomber, Ydri’.

Un lourd silence s’abattit entre les deux amis. Ydrian ne le quittait pas de yeux tandis que Venceslas portait sa cinquième choppe aux lèvres.

— Comment va Kyuuji ? lança brusquement le guerrier.

Le Hyurois s’étrangla et recracha sa bière. Il toussa en s’essuyant la bouche et le menton avec sa manche. Le brouillard de son esprit disparut immédiatement, emportant avec lui ses efforts pour se saouler.

Toujours les mots qu’il faut…

— Tu sais bien que je ne le vois plus.

C’est toi qui m’apporte de ses nouvelles…

Le guerrier but une longue rasade de sa propre bière avant de tourner de nouveau la tête vers lui.

— C’est bien ce que je pensais. Tu te saoulais. À cause de votre dispute. Encore une fois.

Venceslas soupira en roulant des yeux.

Et les bonnes déductions…

Il regretta d’être au comptoir, il n’y avait que des tabourets alors qu’il avait soudain envie de s’affaler sur une chaise ou, mieux, dans un canapé.

— Qu’est ce qui s’est passé pour que vous en arriviez là ? Vous étiez comme cul et chemise.

Je lui ai menti. Je lui ai caché un meurtre. Ça a failli nous mener à la mort. Il a racheté nos vies contre je ne sais quoi. Et enfin, il est parti je ne sais où sans me dire un mot. Je ne sais même pas ce que ça lui a coûté. Je ne sais rien.

— J’ai fait quelques erreurs.

Certaines choses étaient décidément plus faciles à taire qu’à dire. Et à ce jeu-là, Venceslas excellait.

Ydrian haussa les épaules sans rien ajouter. C’était ce que Venceslas lui sortait à chaque fois qu’il lui posait la question. Le regard du Hyurois se noya dans sa bière. Peut-être finirait-il la soirée ivre finalement.

— Je vais te dire, Vence.

— Hmm ?

— Je sais pas ce que tu as fait. Aucun de vous deux m’en parle et c’est pas mes oignons mais cette histoire vous mine bien trop. J’imagine que tu t’es excusé, hein ?

Venceslas soupira. Bien sûre qu’il aurait dû s’excuser. Bien sûre qu’il avait voulu le faire. Mais il n’avait pas pu. Dès les premiers mots, ou plutôt ce qui aurait dû être les premiers mots d’une dispute, Kyuuji avait plongé dans l’éther et rejoint une destination inconnue de Venceslas. Il avait ensuite essayé de le contacter sur la perle qu’ils partageaient. Sans succès. Par la suite, il l’avait attendu à la taverne de Gridania pendant des lunes. C’était un peu comme leur quartier général. Le Raen ne s’y était pas montrer. Après plus de quatre lunes de vaines tentatives, il avait abandonné et avait fui, c’était presque une habitude, en Mor Dhona.

Il n’était plus sûr d’avoir envie de s’excuser désormais. Il avait l’impression d’avoir payé son erreur. Ses erreurs. Mais Kyuuji était rancunier et très patient. Sa dette n’allait certainement pas disparaître aussi vite.

— Je n’ai aucun moyen de le contacter ni aucune certitude que ça arrangerait les choses. Ça pourrait le mettre encore plus en rogne.

— Et donc tu vas abandonner.

Venceslas grogna.

Toujours les mots qu’il faut, hein ?

— Je te croyais plus combatif, continua Ydrian sur le ton de la conversation.

Le guerrier but une nouvelle gorgée et soupira d’aise, comme si la discussion n’avait rien de grave ou d’important. Elle ne semblait même pas désagréable pour lui. Et le guerrier n’était pas en manque d’arguments.

— Plus entreprenant aussi. Mais surtout, je te croyais audacieux et arrogant. C’est ce que j’appréciais le plus chez toi. Je suppose que t’es qu’un ivrogne aigri et malpoli si on t’enlève ça.

Le sang de Venceslas ne fit qu’un tour. Il voulut bondir de son tabouret mais perdit l’équilibre. Le bras puissant du guerrier le rattrapa et il fut repoussé sans ménagement sur son siège. Reprenant ses esprits, Venceslas remarqua que son ami ne le regardait pas avec colère, mais avec peine. Ou était-ce de la pitié ?

Je déteste faire pitié !

Le Hyurois se força à reprendre contenance. Ydrian soupira en constatant qu’il n’obtiendrait pas d’autre réaction.

— Je peux lui transmettre un message.

Ce n’était ni une question ni un conseil, seulement une proposition voire une constatation. C’était vrai évidemment mais Venceslas s’était toujours refusé à lui demander de jouer les intermédiaires. Le guerrier était déjà bien aimable de lui donner des nouvelles de Kyuuji. Il ne pouvait décemment pas lui en demander plus.

Venceslas écarta d’un geste la remarque et vida sa choppe. Il s’apprêtait à héler le tenancier quand Ydrian lui posa une main sur le bras, lui faisant comprendre qu’il avait assez bu.

— Je peux aussi te donner une perle.

Cette proposition, en revanche, était nouvelle. Venceslas savait qu’ils partageaient un réseau de perle mais le guerrier ne lui avait encore jamais soufflé l’idée de lui-même.

Je dois vraiment faire pitié. Bon sang, ce que j’aime pas ça !

Venceslas hoqueta de colère, ou d’ivresse plus probablement, en grimaçant.

— Pourquoi tiens-tu tellement à ce que je lui parle ? Tu le connais, il saura tout de suite que ça vient de toi.

Une nouvelle remontée acide lui laissa un goût de bile sur la langue, annonçant la rébellion de son estomac.

— Je t’assure qu’être la cible de sa rancœur est très désa…

Le Hyurois ne réussit pas à terminer sa phrase. Il se plaqua une main sur la bouche et se pencha en avant quand son abdomen se contracta. Ydrian soupira en déposant quelques pièces sur le comptoir devant lui, trop pour sa seule bière. Il passa un bras autour des épaules de Venceslas et l’entraîna à l’extérieur. L’air frais de la nuit réveilla leur esprit et leur corps. Un frisson parcourut le dos de Venceslas et il ne put empêcher son estomac de se vider dans le caniveau.

Les débuts d’un plan

Venceslas errait sans but dans le Glas des Revenants. Le ciel avait pris cette étrange lueur violette si particulière des émanations éthériques des tempêtes nébuleuses dont souffrait encore Mor Dhona de temps en temps. D’habitude, Venceslas trouvait ce ciel beau et apaisant malgré la sinistre cause de ces flux. Mais ce jour-là, le Hyur ne s’y intéressait pas du tout. Il avait les yeux rivés sur le sol, à peine devant l’endroit où il mettait les pieds. Il bouscula quelqu’un et s’excusa sans même regarder la personne ni écouter le juron qu’on lui répondit. Il était perdu dans ses pensées les plus sombres. Une habitude qu’il avait prise quelques lunes plus tôt et dont il n’arrivait pas à se défaire.

Toutes ses pensées tournaient autour de celui qu’il avait considéré comme son frère et son meilleur ami. Il n’avait pas fait le deuil de leur amitié perdue et cherchait toujours la raison d’un tel changement.

Enfin, la raison, je la connais.

Mais il ne savait toujours pas ce que Kyuuji avait perdu en échange de leur libération et de leur vie. Venceslas pensait que s’il savait de quoi il s’agissait, il pourrait mieux comprendre et peut-être accepter la rupture.

On dirait un amoureux éconduit…

Ce n’était pas le cas, bien sûr, mais c’était ce qu’il y a avait de plus proche pour comparer ce qu’il ressentait. Une perte immense. Un cœur brisé. Des souvenirs rémanents.

Devant ses pieds, apparut une paire de bottes. Venceslas tenta de les contourner mais deux mains vinrent le retenir par les épaules. Agacé d’être ainsi dérangé dans ses déambulations sans but, le Hyurois leva les yeux et découvrit Ydrian.

Il apparait toujours quand on s’y attend le moins, le bougre.

Le guerrier lâcha ses épaules et sourit.

— Bonjour Vence.

— Ydri… J’ai comme l’impression que tu me suis, non ? Nous nous croisons beaucoup trop souvent en ce moment. N’as-tu rien de mieux à faire ?

Il avait parlé avant de réfléchir, son ton était plus empreint de colère qu’il l’aurait voulu. Mais le Hyurgoth ne s’en offusqua pas. Au contraire, son sourire s’élargit et il posa les mains sur les hanches.

— Ouais, je te suis et, non, j’ai rien de mieux à faire pour le moment.

Venceslas soupira. Il n’en croyait pas un mot. Ydrian était désormais le dernier ami qu’il lui restait et qui, étrangement, lui pardonnait toujours son mauvais caractère. Il trouvait toujours le temps de le voir alors qu’il battait la campagne pour ses missions.

— Ne viens pas me servir un sermon, je ne suis pas ivre.

Ydrian rit un court instant.

— Je le vois bien, je le vois bien.

D’un geste, le guerrier écarta le sujet et prit une expression plus sérieuse.

— Non, enfaite, je te cherchais, Vence. J’ai besoin de toi.

Le Hyurois laissa échappé un nouveau soupire.

— Que peut faire un ivrogne aigri et impoli pour toi ?

Allez… Vence la langue bien pendue…

Encore une fois, l’arrogance de Venceslas fut accueilli par une bref rire.

— C’est ce que tu étais l’autre jour.

Se complaisant dans la déprime, le Hyurois n’avait pas la force ni l’envie de participer à quelque aventure que se fusse.

— Et en quoi est-ce différent aujourd’hui ?

— T’es pas ivre !

Se retrouver ainsi pris à son propre jeu amusa presque Venceslas, une étincelle de vie apparut dans son regard avant d’être rapidement remisée.

— Je reste donc aigri et impoli. Ce n’est pas très agréable.

— Et arrogant aussi. Mais ça, c’est une qualité, on peut l’oublier si tu veux.

L’arrogance, une qualité ? Si Hironari[1] entendait ça, il me ferait laver le sol du temple en entier pour me le faire passer l’envie de m’en vanter.

— Si c’est ce que tu recherches, je suis un peu à court en ce moment.

Ydrian secoua lentement la tête sans se départir de son sourire narquois.

— Ça pourrait me divertir mais ce dont j’ai besoin, c’est ce qui se trouve là-dedans.

Il pointait son index sur le front de Venceslas.

— Je ne suis pas particulièrement connu pour mon intelligence, c’est Ky…

Le Hyurois s’interrompit en entendant ses propres mots. L’évocation du Raen menaçait de le faire sombrer dans la déprime. Ydrian s’en aperçut, il posa une main compatissante sur son épaule.

— C’est pas ce que je voulais dire. J’ai une idée pour t’aider à te réconcilier avec lui. Mais il y a des choses que toi seul sait. J’ai besoin de ton aide.

D’une certaine façon, cela rappela à Venceslas les sermons que sa famille adoptive prêchait régulièrement mais qu’il avait oubliés jusque-là.

Quelque chose à propos d’une aide providentielle qui ne résout finalement rien si on ne s’implique pas. Une question d’engagement personnel, je crois.

Venceslas ferma les yeux et hocha la tête. Quand il les rouvrit, ils étaient plus vivants qu’ils ne l’avaient été depuis qu’il était à Mor Dhona.

— D’accord, Ydri. Mais si ça échoue, promet-moi de trouver une autre solution !

Le guerrier releva le menton fièrement en souriant. Il croisa les bras sur sa poitrine et acquiesça.

— C’est beaucoup mieux comme ça. Allons quelque part où on pourra discuter de mon plan.

Le Hyurois éclata franchement de rire sous le regard bienveillant de son ami.

Ydrian et les plans. C’est toujours quelque chose !

 

[1]Hironari : le père de Kyuuji, également le père de substitution de Venceslas.

 

Un espoir ténu

Ydrian louait une chambre dans la maison de sa compagnie libre. Cette petite maison se trouvait dans un quartier résidentiel non loin de Gridania, Lavandière. Revenir sur ces terres se révéla plus difficile que Venceslas ne le croyait.

Cette forêt m’avait pourtant manqué.

Mais elle réveillait aussi de douloureux souvenirs.

Le guerrier le mena jusqu’à une petite pièce aménagée en appartement. Il y avait tout le nécessaire pour y vivre. Les meubles venaient de différents endroits, il reconnut une facture thanalaise d’un côté, celle de la noscea de l’autre, parfois même une touche ishgardaise.

Ça sent tellement l’aventurier.

Ydrian s’assit derrière son bureau et invita le Hyurois à prendre place en face de lui.

— Est-ce ici que tu vies quand tu n’es pas en vadrouille, Ydri ?

— Entre autre, ouais. C’est surtout le seul endroit où on peut discuter sans être dérangé. Désolé de t’avoir fait venir aussi loin.

Venceslas laissa son regard errer encore un peu sur la chambre en secouant doucement la tête.

— Non, non, ce n’est rien. Ça me change un peu d’air, ce n’est pas plus mal. Alors, raconte-moi ton plan.

Le guerrier s’installa contre le dossier de sa chaise et se prit le menton dans une main.

— Et bien, voilà. À force de vous tirer les verres du nez à tous les deux, j’ai commencé à comprendre votre histoire. Tu m’arrêtes si je me trompe, hein, j’ai pas envie de me lancer dans des explications à rallonges si j’ai tout faux.

Venceslas hocha la tête avec un sourire narquois. Il avait hâte d’entendre ce qu’il avait à dire et l’encouragea à poursuivre d’un signe de la main. Il comptait l’écouter jusqu’au bout, même s’il avait tort.

— Si je me trompe pas, vous vous êtes disputés après une rencontre avec l’armée de Garlemald. (Venceslas opina.) Tu m’as dit avoir fait des erreurs mais Kyu est du genre patient et il te les avait toujours pardonnées jusque-là. (Un nouvel hochement de tête du Hyurois vint approuver les dires du guerrier.) Je pense que la raison de votre dispute, c’est ni l’armée en elle-même ni tes conneries, c’est autre chose. (Cette fois, Venceslas plissa les yeux, intéressé.) Un jour, il m’a dit avoir perdu un objet qui avait une grande valeur pour lui. Vu son état de tristesse et non de colère quand il m’en parlait, je pense pas qu’il parlait de ton amitié.

— Hey !

— Désolé, Vence, mais c’est la vérité. Dès que ça tourne autour de toi, il s’énerve, il est pas triste comme ça.

Venceslas soupira en secouant lentement la tête.

— Je sais, continue.

— Je pense qu’il s’agit enfaite de la vraie raison de votre dispute.

Venceslas cligna des yeux. Il ne s’attendait pas à cela. Ydrian ne devait pourtant pas avoir beaucoup d’informations pour faire toutes ses déductions. Kyuuji avait effectivement payé quelque chose contre leur vie. Venceslas était arrivé à la même conclusion. Il avait entendu l’officier Oeric en parler mais il ne l’avait pas compris sur le moment. Cet objet, dont le guerrier parlait, pourrait être ce qu’il avait échangé. Rapidement, une petite chaleur d’espoir naquit au creux de l’estomac de Venceslas.

— C’est là que j’ai besoin de ton aide, continua Ydrian. Il refuse de m’en dire plus mais tu le connais bien mieux que moi, tu pourrais avoir une idée de ce que c’est.

À nous deux, nous pourrions comprendre. Et si nous comprenons, je pourrai peut-être me racheter auprès de Kyu. Il a raison, le bougre.

— C’est possible. Un objet d’une grande importance ? Que peux-tu m’en dire de plus ?

Le guerrier sourit, se redressa vers son bureau et y posa les coudes en croisant les mains devant sa bouche.

— Il m’a dit que c’était quelque chose qui venait de chez vous.

— C’est trop vague. J’imagine que n’importe quoi venant de Kyomura, voire d’Othard, a de la valeur pour lui.

Ydrian réfléchit plus profondément.

— Hum… Il disait qu’il l’avait pendant l’armée. Vous aviez rien de particulier ?

Cette fois, ce fut au tour de Venceslas de se plonger dans la réflexion.

— Qui vient de chez nous, qu’il avait durant l’armée… Quelque chose que nous aurions eu avec nous en rejoignant l’armée ?

Le guerrier hocha la tête.

— Un truc comme ça, ouais.

— Nous n’avions que ce que nous portions sur nous quand nous avons été enrôlé. Un objet qu’il portait sur lui. Assez petit donc, je suppose, et qui intéresserait l’armée…

Ydrian arqua un sourcil mais ne dit mot. Réalisant qu’il venait de lui révéler quelque chose qu’il ignorait, Venceslas secoua la tête en roulant des yeux.

Vence la langue bien pendue. Il a peut-être plus d’informations que je le pensais.

Après un long silence, Venceslas n’avait toujours aucune idée de ce dont il pouvait s’agir. Ils avaient été enrôlés de force au petit matin, pris par surprise, sans qu’ils aient pu prendre la moindre affaire avec eux. Par la suite, ils avaient déserté sans rien emporter non plus, pas même leurs armes, pour ne pas attirer l’attention.

— Je ne vois pas, finit-il par dire dans un souffle.

— Qu’est-ce qu’il faisait déjà pour l’armée ?

— Il était médicus…

À peine le mot avait-il franchit ses lèvres, que Venceslas comprit. Il regarda le Hyurgoth qui souriait malicieusement. Il le savait bien sûr. Il avait bien plus pensé à cette histoire qu’il le laissait penser. Ydrian était déjà arrivé jusque-là mais voulait que Venceslas y arrive lui-même.

Il était médicus. Un excellent médicus même. Ce que l’armée doit regretter le plus dans notre désertion. Mon intuition était donc bonne…

Depuis quelques lunes, il surveillait les agissements d’un Lux médicus. L’avènement de sa réputation correspondait à peu près à leur accrochage avec l’armée. Venceslas avait eu un mauvais pressentiment et avait réuni toutes les informations sur lui qu’il avait pu.

Il s’efforçait désormais de se rappeler tout ce que Kyuuji lui avait dit à propos de ses dons en magie de guérison, se parlant à lui-même autant qu’au guerrier.

— Mais oui ! Il avait reçu un cadeau de son père. Quelque chose qui se transmettait de génération en génération pour aider les prêtres dans leurs devoirs. Un truc de famille. Il le gardait toujours avec lui.

— C’était quoi, Vence ?

— Je ne me souviens pas très bien. Une sorte de canalisateur d’éther, je crois.

Les yeux d’Ydrian se perdirent dans le vide en intégrant toutes ces nouvelles informations.

À nous deux, nous devons y arriver.

Comme entendant ses pensées, le guerrier fronça les sourcils.

— Un canalisateur d’éther. Il faudrait qu’on se renseigne auprès d’un mage. J’y connais pas grand-chose en ce genre de choses.

— La guilde des élémentalites !

Le cristal impérial

Ydrian s’était rendu seul à la guilde des élémentalistes de Gridania, Venceslas ne voulant pas risquer de tomber sur Kyuuji et compromettre ses chances de se réconcilier avec lui. Ils s’étaient donné rendez-vous dans la chambre que louait Ydrian dans la maison de sa compagnie libre. Sur la perle qu’ils partageaient, le guerrier lui avait appris qu’il avait eu une discussion avec des instructeurs élémentalistes et qu’il pensait avoir trouvé ce qu’ils cherchaient.

La porte de la chambre s’ouvrit sur Ydrian qui la referma et la verrouilla derrière lui. D’un bond, Venceslas se leva du canapé et s’assit sur la chaise en face du bureau vers lequel se dirigeait le guerrier.

— Alors ? l’interrogea Venceslas impatient.

— Laisse-moi souffler…

Le Hyurois fit mine de se vexer et marmonna quelque chose d’inaudible. Ydrian prit place à son bureau et se renfrogna, contrarié.

— Les mages, ils m’ont pris pour un abruti au début.

— Ah ?

— Ouais, ils croyaient que j’y connaissais rien. Bon, c’est un peu vrai mais quand même.

— Mais tu as une idée de ce que pourrait être ce canalisateur dont nous parlions, non ?

Le sourire malicieux que le guerrier ne parvenait plus à dissimulé apprit à Venceslas qu’il se jouait de lui. Il lui avait déjà dit sur la perle et voulait juste le faire s’impatienté. Ce qui fonctionnait très bien.

— Ouais, j’ai fini par réussir à les faire parler.

Le Hyurois ne tenait plus. Il aurait voulu garder son calme mais n’y parvint pas. Il haussa la voix bien plus qu’il le souhaitait.

— Crache le morceau, bon sang !

Venceslas se reprit immédiatement et détourna les yeux.

— Désolé, tu fais tout pour m’aider et je te cris dessus. Je te demande pardon.

— C’est ma faute, je devrais pas te charrier avec ça.

D’un geste, il éloigna le sujet pour revenir à celui du canalisateur.

— Il s’agirait d’une espèce de cristal de mage. J’ai pas tout suivi, mais il ressemblerait à celui des mages blancs.

Ydrian illustra ses propos en dessinant un petit cercle dans l’air, de la taille d’une pierre de mage. Le Hyurois réfléchit à voix haute.

— Un cristal, petit et facile à cacher. Ça correspond.

Le guerrier hocha la tête.

— Ouais, et les mages semblaient dire qu’il possédait un truc comme ça. Ça aurait été un sujet de discussion pour la guilde.

Kyuuji avait passé beaucoup de temps parmi les élémentalistes. C’était cohérent. Venceslas était impressionné que le guerrier ait réussi à avoir autant d’informations et à tirer des conclusions si efficacement.

Nous pouvons y arriver… Nous devons y arriver.

Depuis qu’Ydrian était venu le chercher au Glas des Revenants, Venceslas avait repris espoir et courage. Il ne se laissait plus aller à la dépression, son corps et son esprit semblaient revivre. Il était désormais hors de question d’échouer ou d’abandonner. Et il ferait tout pour renouer avec le Raen.

— Oui, ça colle. Un cristal de mage, ou quelque chose y ressemblant, donc. Il l’avait en arrivant à Gridania et pourrait être ce qu’il a perdu et ce dont il t’a parlé.

Ydrian hocha la tête en plissant les yeux.

— Ouais, mais il m’a pas dit quand chose. Je sais juste qu’il l’a perdu et qu’il en est triste. Tu peux m’en dire plus ?

Venceslas se laissa aller contre le dossier de sa chaise.

— Ce ne sont que des suppositions…

— C’est que ça depuis le début. Je t’écoute.

— Si c’est bien la raison de notre dispute, il ne l’aurait pas vraiment perdu, plutôt échangé.

Venceslas hésita. C’était un sujet délicat même avec un ami tel que le guerrier. Et il n’aimait pas parler de ses erreurs.

— Continue, l’encouragea Ydrian.

Avec un soupire de résignation, le Hyurois se décida à reprendre.

— Nous t’avions déjà parlé de notre passé de déserteur. Un jour, nous avons eu affaire à l’armée, ici.

Le Hyurgoth n’était pas surpris, il connaissait déjà cette partie de l’histoire. Mais la suite était plus difficile à aborder, Venceslas baissa les yeux.

— Les charges qu’ils nous reprochaient s’étaient… largement alourdies depuis. Ils voulaient nous exécuter sur le champ.

— Mais vous vous en êtes sortis. Comment ?

— Grâce à Kyu.

Les éléments se mirent en place dans l’esprit du guerrier.

— Il aurait échangé vos vies contre son cristal ?

Les bonnes déductions, merci Ydri.

Venceslas hocha la tête.

— Je le pense. Si nos suppositions sont bonnes.

Ydrian se passa une main sur la figure et se frotta le menton. Après une minute de silence, il reprit la parole d’un ton grave.

— Si la pierre est entre les mains des Impériaux, elle pourrait être n’importe où et ce sera pas facile de la récupérer.

Récupérer son cristal… Qui est peut-être entre les mains du Lux… Alors que c’est de ma faute. Pourvu que ce soit possible… Et suffisant.

Une partie du courage et de l’espoir de Venceslas disparut. Il soupira en réalisant la difficulté de la tâche.

— Il nous faudra commencer par retrouver la trace de son cristal, en espérant qu’ils ne l’ont pas détruit pour une raison ou une autre.

— Oui, soupira Venceslas à nouveau.

— Il nous faudra un coup de pouce.

— Oui, je crois. Commençons par y réfléchir.

Il se leva, imité par Ydrian.

— Je vais continuer à me renseigner, je te tiens au courant.

— Ça marche.

Les deux amis se saluèrent et quittèrent la maison de la compagnie d’Ydrian. Venceslas se rendit, par habitude ou par nostalgie, à Gridania et se retrouva sans s’en rendre compte devant les portes du Perchoir. Craignant de tout faire rater, il se rua jusqu’à la porte sud et se concentra pour mobiliser l’éther. Il n’était pas très doué pour cela et il lui fallut de longues secondes pour se plonger les flux d’éther pour rejoindre le Glas des Revenants.

Une requête personnelle

Venceslas profitait du temps nébuleux matinal de Mor Dhona pour réfléchir. Assis sur un banc près du marché, sobre et l’esprit alerte, il se remémorait le désastre de Castrum Marinum qui lui avait valu de perdre ce en quoi il tenait le plus.

L’officier qui les avait reconnus, un certain Oeric si sa mémoire ne lui faisait pas défaut, les avait interrogés pour connaitre la raison de leur désertion, trahison et du meurtre de Thorne. Bien sûr, Venceslas avait refusé de répondre. Et Oeric l’avait bien amoché pour obtenir ce qu’il voulait. Le Hyurois avait fini par lui révéler que ce n’était que dans un but de vengeance personnelle qu’il l’avait tué. Cela parut intrigué Oeric, pourtant il s’en était suffi. Venceslas supposait que les agissements de Thorne n’étaient pas connus. Ou au moins, pas reconnus.

Oeric n’avait posé aucune autre question et était parti sans un mot. Après cela, Venceslas avait passé plusieurs jours enfermé dans sa cellule, sans voir personne, recevant une ration piteuse deux fois par jour. Il avait cru devenir fou. Fou d’interrogations, d’incertitudes, de crainte et de peur. Mais quand il s’était senti sombrer dans la folie, un soldat l’avait sorti de sa cellule et l’avait emmené rejoindre le hall de la forteresse. Il y avait retrouvé un Kyuuji hors de lui, malgré tous les efforts que le Raen faisait pour se contrôler, son état de rage était visible de tous. Et Venceslas avait une bonne idée de la raison de sa colère. Son mensonge. Puis une remarque d’Oeric avait éveillé son intérêt et il avait compris que Kyuuji avait négocié leur liberté.

Alors que Venceslas se rappelait les quelques mots que son ami lui avait lancé avant de disparaitre, la voix d’Ydrian lui parvint par la perle.

« Vence ? T’as un moment ? »

Le Hyurois porta la main à sa perle pour lui répondre.

— Oui Ydri, je t’écoute.

— Tu es seul ? On peut parler ? Sinon on se retrouve quelque part.

— Non, non, c’est bon, je prenais l’air. Qu’y a-t-il ?

— OK. Alors voilà…

Le guerrier hésitait. Venceslas s’inquiéta, ce n’était pas dans ses habitudes de tergiverser. Il avait surement de mauvaises nouvelles. Il se redressa sur le banc et se concentra pour faire abstraction du bruit émanant du marché.

— Je pense que ça va être compliqué d’avoir de l’aide de mon côté, reprit Ydrian par la perle. Mais tu es de l’Ordre, non ?

Retenant un soupire de déception, le Hyurois se renfrogna. Il avait largement négligé ses obligations envers l’ordre depuis presque un an.

— Oui c’est vrai, mais ça fait un moment que je ne me suis pas montrer au QG.

— Tu pourrais quand même t’adresser à eux, tu crois ?

Venceslas prit un instant de réflexion. L’Ordre était assez tolérant vis-à-vis des aventuriers et il n’était que sergent. En tournant bien la chose, il pourrait peut-être obtenir de l’aide de la part d’une compagnie libre qui leur était rattachée.

— A l’Ordre directement, je ne pense pas. Ça fait trop longtemps que je ne me suis pas montré et je ne suis que sergent. Ils n’écouteront pas mon problème.

— Je suis désolé de pas pouvoir faire plus, Vence.

La voix d’Ydrian était vraiment peinée, le Hyurois ne voulait pas le culpabilisé. Son ami en avait déjà assez fait pour lui, il était temps pour Venceslas de prendre les choses en mains. Il respira profondément et prit le ton le plus assuré qu’il put, étrangement, ce fut de l’arrogance qui transparut dans sa voix.

— Ne t’inquiète pas, tu en as assez fait pour moi. C’est à mon tour de gérer ça. Je te remercie.

— Tiens-moi au courant, quand même. Et hésite pas si je peux faire quelque chose, hein ?

— Compte sur moi, Ydri.

— OK, bon courage alors.

— Prend soin de toi.

— Toi aussi, mon vieux.

Venceslas s’adossa au dossier du banc en coupant sa perle. Il allait devoir trouver une solution. Le quartier général de la grande compagnie regorgeait de renseignement pour prendre contact avec les compagnies libres qui leur étaient affiliées, peut-être pourrait-il en trouver une prête à lui venir en aide. Mais pour cela, il allait devoir se rendre à Gridania.

Gridania…

Avec un sursaut, il jura avant de porter la main à sa perle pour la réactiver.

— Ydri ?

— Ouais ?

— J’aurai besoin de toi…

Le rire du guerrier porta jusqu’à lui à travers la perle, lui tirant un sourire ironique.

— Déjà ?

Venceslas pouffa à son tour. Présenté comme cela, c’était assez risible.

— Oui. Je vais aller à Gridania. Tu pourrais t’assurer que je n’y croise pas Kyu ?

Cette fois encore Ydrian rit un instant.

— Je m’en charge. Maintenant ?

— J’y serai en fin d’après-midi.

— OK ! Compte sur moi.

Une missive provocante

Au quartier général des Deux Vipères, à Gridania, Venceslas découvrit une étrange annonce. Une injonction spéciale avait été prise à l’encontre de la compagnie « Les Songes de Nymeia » après un échec macabre et récent. Tous les membres de cette compagnies étaient désormais interdits d’approcher les Castrum et d’entrer en conflit avec les Impériaux suite à l’extermination d’une douzaine de scientifiques, et ce, contre l’ordre directe de leur superviseur. Ce n’était pas la première fois que cette compagnie libre faisait parler d’elle.

Il était exceptionnel que les grandes compagnies se réunissent pour assigner un superviseur à une compagnie libre, pourtant les Songes de Nymeia avaient réussi cet exploit. Et voilà qu’ils refaisaient parler d’eux. Leur réputation n’était plus à faire. Une bien macabre réputation. L’ordre des Deux Vipères était l’organisation la plus pacifique des trois grandes Compagnies, combattre et tuer aussi ouvertement les Impériaux était presque mal vu en son sein. Mais ce n’était pas l’avis de Venceslas.

Il avait vécu la guerre et les horreurs perpétuées par Garlemald. Il savait de quoi ils étaient capables. Il savait qu’en période de guerre, la morale, l’éthique et la compassion n’avaient pas toujours leur place. Il savait qu’il ne fallait pas sous-estimer les Impériaux. En relisant l’annonce, une idée lui vint à l’esprit. Il l’a trouva d’abord répugnante, mais elle fit son chemin. Et à défaut de mieux, il l’adopta.

Venceslas rejoignit le Glas des Revenants et loua une chambre à l’auberge. Il s’installa à contrecœur au bureau devant un papier et une plume. Les mots n’étaient pas son fort. Il aurait voulu pouvoir les contacter directement, mais il y avait le superviseur. Et de toute façon, il ne pouvait pas s’absenter de son poste, il ne pouvait que charger un Mog de leur transmettre son courrier.

Une lettre scellée par un cachet en cire portant les initiales V.M. et les mots « à l’attention des Songes de Nymeia » était arrivée par Mog poste à la Rêverie.

 

« Songes de Nymeia,

 

Je suis le Sergent Miller de l’Ordre des Deux Vipères. J’ai eu vent de vos récents exploits et j’ai une mission à vous proposer. Vos compétences correspondent à ce dont j’ai besoin et la récompense à ce dont vous avez besoin, redorer votre blason auprès de l’Ordre. Je ne peux en dire plus dans ce courrier, seulement, voyez cela comme un échange de services.

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous donne rendez-vous à la terrasse des splendeurs de Rowena au Glas des Revenants dans le Mor Dhona, dans 10 soleils pour en discuter.

 

Sergent V. Miller »

 

La suite, les Songes de Nymeia l’ont écrite.