Dénouement

Venceslas venait de livrer Saeward à l’Ordre des Deux Vipères à Gridania. Il avait demandé à avoir accès à lui autant qu’il le voudrait. N’y voyant aucun problème, ses supérieurs accédèrent à sa requête. Il profita également de cette réussite pour demander une augmentation et cette seconde requête allait être étudiée. Sentant que la situation n’était pas propice, Venceslas n’insista pas et n’osa pas demandé s’ils avaient des nouvelles concernant la Compagnie Libre qui posait tant de problèmes depuis de longues lunes.

Quittant le quartier général de l’Ordre, le Hyurois sortit de sa poche le cristal de Kyuuji et l’observa de longues secondes. Il était sur le point de le rendre à son propriétaire, mais était-ce suffisant pour se racheter ? Il n’en savait rien, mais quoi qu’il arrive, Venceslas le lui rendrait. Et si ce n’était pas suffisant, il trouverait bien autre chose pour se racheter et se réconcilier. Rangeant le cristal dans sa poche, il prit la direction de la Lavandière et la maison des Songes de Nymeia.

En arrivant dans les quartiers résidentiels de Gridania, Venceslas demanda son chemin à un garde qui le lui indiqua, et s’y rendit. Sur le chemin, son esprit était en ébullition. Que faire dans telle ou telle situation ? Et que dire ? Quoi répondre ? Comment se comporter ? Et si… ? Tant de questions auxquelles il ne trouva de réponse avant d’arriver devant la Villa de la Compagnie Libre. Une Villa immense, un jardin entretenu, de nombreux chocobos dans un enclos propre, la Compagnie Libre semblait très bien se porter, Kyuuji n’avait pas choisi n’importe quelle Compagnie visiblement.

Mal à l’aise, Venceslas entra dans le jardin et frappa à la porte d’entrée. Le silence lui répondit. Il frappa plus fortement à la porte. De nouveau personne ne lui répondit. Alors il poussa la porte. Elle n’était pas verrouiller et il entra dans la villa.

L’intérieur était vaste et impressionnant, accueillant les visiteurs dans un hall immense et surplombé par les trophées des actes héroïques de la compagnie. Venceslas observa quelques instants les lieux, il y avait un salon et un bar qui servait aussi de salle à manger au rez-de-chaussée. Il ne vit rien de l’étage. Faisant quelques pas vers les escaliers, un majordome l’interpella.

— Bonjour monsieur.

— Bonjour ! Je cherche Kyuuji Atagi, je sais qu’il est membre des Songes de Nymeia…

— Je le contacte.

— Merci…

Le majordome porta la main à ses perles, portées en boucles d’oreilles et appela le Raen.

— Il n’est pas à la villa pour le moment. Puis-je lui passer un message, monsieur… ?

— Ah Miller, Venceslas Miller… Oui s’il vous plait. Dites-lui que j’ai son héritage et que je l’attendrai à la masure ce soir.

Hochant la tête, le majordome répéta le message en réactivant sa perle. Il remercia son interlocuteur et lui souhaita une bonne journée.

Venceslas l’interrogea du regard, à la fois inquiet, curieux et tendu.

— Il vous y retrouvera ce soir, monsieur Miller.

— Merci… Merci beaucoup. Au revoir.

— Bonne journée, monsieur.

Se détournant, Venceslas se dirigea vers la sortie. Depuis presque un an, il n’avait quitté Mor Dhona que quatre ou cinq fois, toujours pour se rendre au quartier général de l’Ordre. Il espérait savoir retrouver le flux d’éther de la Noscea qui le rapprocherait le plus de la masure de l’ermite, il n’avait jamais été doué avec la magie.

Dehors, il s’aida de l’éthérite de transport du jardin de la villa pour se plonger dans l’éther et se dirigea plus facilement qu’il le croyait vers sa destination.

La masure de l’ermite était une cabane au bout d’un étroit chemin. A l’écart et tranquille. L’endroit possédait un charme apaisant avec son petit lac, une chute d’eau et une vue imprenable sur la Noscea. Venceslas aimait autant cet endroit que Kyuuji mais certainement pour des raisons différentes. Le Raen semblait particulièrement apprécier le calme et l’ambiance tandis que Venceslas aimait la vue. Il s’assit d’ailleurs au bord du ponton pour l’apprécier le temps que Kyuuji arrive.

Alors qu’il commençait vraiment à s’inquiéter, Venceslas entendit le lourd galop si reconnaissable d’un griffon qui résonnait dans l’étroit chemin menant jusqu’à la masure. Se détournant du panorama, il vit son frère pour la première fois depuis presque un an. Kyuuji était là, sur le dos de son griffon. Il avait fait le déplacement pour le voir et lui parler. Au lieu d’en être soulagé, Venceslas ressentit une grande angoisse, il devait maintenant se montrer à la hauteur.

Le Raen descendit de sa monture et lui flatta l’encolure, leur signe qui signifiait que l’animal pouvait retourner vaquer à ses occupations. D’un bond puissant, le griffon s’envola en soulevant une épaisse couche de terre. Puis, Kyuuji s’avança, s’arrêtant à une distance bien trop grande pour être seulement raisonnable.

— Venceslas…

Le Hyurois voulu combler la distance mais le regard plein de colère de Kyuuji l’en dissuada et il baissa les yeux.

— Merci d’être venu Kyu… J’ai… Je suis tellement désolé.

— Je sais.

Le ton était sec, pourtant quelque chose dans la voix de son ami poussa Venceslas à relever les yeux vers lui. Bien qu’en colère, le Raen semblait aussi très triste, très affecté. Le voir ainsi inquiéta immédiatement le Hyurois si bien qu’il n’en trouvait plus ses mots.

— A… Avec les Songes de… Je ne savais pas que tu en faisais partie… Ils ont… enfin…

Kyuuji soupira et se détendit un peu. Un bien faible sourire se dessina même sur ses lèvres.

— Prend ton temps.

Venceslas baissa de nouveau les yeux, à la fois gêné et honteux, mais aussi touché de son attention. Kyuuji lui offrait une chance de s’expliquer et de se racheter. Il avait toujours été comme cela, tolérant, patient, compréhensif. Même s’il lui fallait du temps parfois du temps pour accepter.

Mettant de l’ordre dans ses pensées, Venceslas lui raconta tout ce qui s’était passé depuis qu’Ydrian était venu à Mor Dhona, le sortant de la dépression. Kyuuji l’écouta patiemment en silence jusqu’à ce qu’il eut terminé. Ayant terminé son récit, Venceslas plongea son regard inquiet dans celui de son ami.

— Est-ce suffisant ? Je t’ai menti et trahis, et je savais ce que je faisais… Te rendre ton cristal, est-ce suffisant pour que tu me pardonnes ?

— Non.

Le choc fut grand pour Venceslas. Ses épaules s’affaissèrent, il baissa la tête en se mordant la lèvre. Il se sentait au bord d’un gouffre sans fond dans lequel il avait envie de sauter. Il ne savait pas quoi faire. Il voulut quand même lui rendre son cristal, comme il l’avait décidé quand Kyuuji reprit la parole.

— Mais avec un an d’isolement, avoir réussi à combattre ta dépression, avoir pris le temps et la peine de comprendre ma colère et surtout ne pas avoir fui quand tu as découverts que je suis membre des Songes… Tout ça, c’est largement suffisant, Vence.

Le Hyurois n’en croyait pas ses oreilles, il releva les yeux vers Kyuuji, qui le regardait tristement. Quelque chose n’allait pas, décidément.

— Je suis désolé, Kyu… Tellement désolé.

— Je sais.

— Je t’ai déçu…

— Tu t’es racheté.

— Je ne te mentirai plus jamais.

Avec un sourire empreint de tristesse, Kyuuji écarta les bras.

— Je n’en doute pas… Viens…

Le soulagement s’abattit sur Venceslas, laissant ses larmes coulées, il s’avança rapidement et se réfugia dans les bras de son ami. Celui qu’il avait toujours considéré comme son frère. Et pleura sans honte en s’excusant et en le remerciant. Kyuuji le serra doucement en silence, attendant qu’il se reprenne.

Réalisant qu’il ne lui avait toujours pas rendu son cristal, Venceslas se défit de cette étreinte fraternelle puis plongea sa main dans sa poche. Il en sortit l’héritage de Kyuuji avec précaution et le lui tendit.

— Je te demande pardon… Saeward est dans une prison de l’Ordre, si tu as besoin de lui… Pour le rituel.

Prenant la pierre dans sa main, le Raen inclina respectueusement la tête. Entre les doigts de Kyuuji, le cristal se mit à briller intensément pendant quelques secondes.

— Merci, Vence. Ce ne sera pas nécessaire, mais j’irai quand même le voir. J’ai beaucoup de choses à lui dire. Et je dois m’excuser.

— T’excuser ?

Un sourire sans la moindre joie apparut de nouveau sur les traits du Raen qui porta son regard sur le panorama.

— C’est le cristal qui l’a plongé dans la folie. Et…

Kyuuji fixa ensuite Venceslas.

— Je dois m’excuser auprès de toi, pour ma sévérité. Je te demande pardon, Vence, tu ne méritais pas tout ça.

Le Hyurois secoua la tête.

— Ne t’en fais pas… Mais il y a autre chose…

— Je t’écoute.

Venceslas lui parla de ce qu’il avait manigancé avec la sous-maréchale Rynia. Il avait compris qu’elle était le superviseur des Songes de Nymeia quand elle avait démissionné. Il lui expliqua qu’il avait été la voir, pour obtenir des informations, mais que son discours lui avait mis le doute. Rynia lui avait par la suite fait parvenir son rapport sur la Compagnie Libre, lui demandant de le remettre à ses supérieurs s’il lui arrivait malheur. Venceslas lui avoua avoir vu dans ce rapport un moyen de les faire chanter, ou de se protéger, voire de protéger Kyuuji si la situation s’empirait. Il ne l’avait cependant jamais descellé, il ne savait pas ce qu’il contenait.

— Je n’aime pas tes méthodes, Vence… Mais je sais que tu étais désespéré. Que comptes-tu faire de ce rapport ?

Cette question résonna autrement dans l’esprit de Venceslas.

— Qui vais-je trahir, hein ?

Kyuuji opina en silence. Rynia était morte. Elle n’apprendrait jamais que son rapport ne serait pas parvenu à l’Ordre. De plus, Venceslas avait offert son soutien aux Songes en échange de leurs services. Mais de l’autre côté, il avait appris que c’était un de leurs dirigeants qui avait perpétué les carnages dans les castra, allant contre les ordres et l’avis des Deux Vipères. Les Songes avaient réellement fait des choses horribles et impliqués Kyuuji là-dedans, qui se retrouvait désormais en mauvaise posture. Rien de cela n’était pas à négliger. Venceslas ne pouvait pas l’ignorer. Et les quelques Songes à qui il avait annoncé posséder le rapport de Rynia n’avait pas semblé intéressés le moins du monde. Il se prit la tête entre les mains, déchiré entre deux camps, incapable de se décider.

— Que dois-je faire, Kyu ? Que dois-je en faire ?

— Ce qui te semble juste. Tu dois assumer tes choix.

— Je ne veux pas te trahir à nouveau en donnant ce rapport à mon supérieur…

— Tu ne me trahirais pas. Et serait-ce juste pour Rynia ?

— Non… Mais…

— Qu’est-ce qui te sembles le plus honorable, Vence ?

Interloqué par le ton presque suppliant de la question, le Hyurois releva les yeux vers Kyuuji, il était littéralement en proie à la tristesse et à la peine.

— Qu’y a-t-il, à la fin ?

Cette fois, ce fut au tour du Raen de baisser la tête.

— J’ai fait de nombreuses erreurs. Je ne veux pas que tu en pâtisses. Personne, d’ailleurs, ne doit en souffrir.

— Kyu…

— Fait ce en quoi tu crois. Ne t’occupes ni de moi, ni de l’Ordre, ni des Songes. Prends cette décision dans ton âme et conscience et fait ce qui te semble le plus juste.

Sur ces mots, le Raen fouilla une de ses poches et en sortie une conque. Il prit deux perles d’un violet intense et en tendit une à Venceslas.

— Je vais certainement m’absenter quelques temps, ou au moins être très occupé. Mais saches que tu es pardonné, Vence. Tu es mon frère et tu le resteras quoi qu’il arrive.

Prenant la perle, le Hyurois ne pouvait s’empêcher de penser que quelque chose de grave lui échappait. Quelque chose de très grave.