Fin D’Arda, une rencontre étonnante

La villa de la compagnie, la Rêverie, était un lieu de paix où se réunissaient régulièrement les membres de la compagnie. Logée à Lavandière, tout près de Gridania, Kyuuji n’aurait pu espérer meilleur endroit pour se détendre après une longue journée.

Cependant, en franchissant le portail du jardin, il sentit un regard insistant pesé sur lui. Une Ao’ra, une Raen, le dévisageait l’air songeur. Elle était petite et menue, comme la majorité des femmes de leur peuple. Ses cheveux argentés avec des touches de rouge, ses cornes et écailles crème tranchaient avec sa peau sombre et cuivrée. Elle n’était pas désagréable à regarder. Mais son regard insistant, vairon bleu clair et ambre auréolé d’argent, aussi troublant qu’envoutant, mettait Kyuuji mal à l’aise. En plus de sa simple présence.

Inconsciente du trouble du Raen, elle fronça les sourcils, songeuse.

— Excusez-moi. Puis-je vous demander votre nom ?

Loin de s’offusqué du manque de politesse, le Raen sourit et la salua à la façon éorzéenne, une main sur la poitrine, l’autre dans le dos et s’inclina légèrement.

— Bonsoir. Bien sûre, je suis Kyuuji Atagi. Et vous êtes ?

La jeune femme parut à la fois surprise, perplexe et gênée. Pour une fois que ce n’était pas Kyuuji qui se mettait dans l’embarras en présence d’une femme, il ne pouvait pas en profiter et fit mine de ne pas le remarquer.

— Oh pardonnez-moi, j’en oublie mes manières.

Elle s’inclina à la manière domienne, le dos bien droit et les mains le long des cuisses. Cela rappela à Kyuuji combien le temps avait rendu la gestuelle éorzéenne naturelle.

— Bonsoir, je suis Fin D’Arda, enchantée.

— Enchanté.

La jeune femme plongea à nouveau dans la réflexion.

— Atagi… Ce nom me dit quelque chose.

Kyuuji laissa sciemment son regard se poser sur les cornes de son interlocutrice, pour éviter son regard insistant mais aussi pour orienter la conversation.

— Vous venez d’Othard, je suppose.

— En effet. Vous aussi j’imagine ?

Kyuuji acquiesça.

Il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’une Raen ait entendu le nom de sa famille. Leur sanctuaire était certes reculé et éloigné de la majorité des villes, il n’en restait pas moins un temple important. Et le nom des Atagi y était naturellement rattaché.

— Ma famille y tient un temple, vous avez surement entendu mon nom à cette occasion.

Elle ne semblait pas satisfaite de cette explication. Elle se replongea dans ses pensées.

— Oui effectivement, maintenant que vous le dites. Mais ce n’est pas ça. Atagi…

En dehors du temple, une autre raison vint à l’esprit de Kyuuji mais il n’en souffla mot, espérant que ce ne soit pas le cas. Soudain le visage de Fin s’éclaira.

— Vous avez fait parti de l’armée vous aussi ?

Kyuuji aurait préféré éviter d’en parler mais il avait le mensonge en horreur. Bien qu’il fût tenté d’éviter la question, il décida d’être honnête. Il aurait fallu un certain culot pour aborder le sujet aussi ouvertement à la première rencontre dans le but de lui porter préjudice. Le Raen soupira, ne pouvant dissimuler complètement l’amertume qui accompagnait toujours le souvenir de cette époque passée à l’armée.

— En effet.

— Je me disais bien que vous correspondiez au signalement de ce déserteur.

Kyuuji fut pris d’une soudaine inquiétude. Depuis qu’il avait déserté, il s’était écoulé presque deux ans et il pensait avoir fait le nécessaire pour être hors d’atteinte de l’armée. Il avait fuit Othard pour se protéger de l’armée et de ses représailles mais aussi pour ne pas impliquer ses proches et son village. Il n’allait pas faire subir cela à ces nouveaux compagnons.

— Où étiez-vous à ce moment là ? Je crains d’attirer les ennuis ici.

Fin réfléchit quelques instants avant de répondre.

— Cela fait un moment, j’étais encore à Othard.

Soulagé, le Raen laissa échapper un soupir. Il n’écarta cependant pas le danger de son esprit mais le rangea dans un coin. A côté de la question qui lui brûlait les lèvres mais dont il s’abstint dans l’immédiat. Plus tard, au fil de la conversation, il apprendra qu’elle était arrivée en Eorzéa que très récemment. Il ne pouvait donc faire aucune supposition sur le risque d’attirer l’attention sur lui.

Il s’apprêtait à aborder un autre sujet quand Fin lui coupa l’herbe sous le pied. Ils discutèrent de l’armée, de la façon dont ils s’en étaient sortis. Kyuuji la trouva évasive. C’était certainement volontaire. Et il n’insista pas. Elle semblait avoir profité d’une occasion pour se faire oublier et passer pour morte. Une bonne stratégie.

Elle rebondit sur le temple Atagi dont il avait parlé, annonçant qu’elle aimerait en apprendre d’avantage. Elle menait la discussion et cela ne déplaisait pas à Kyuuji qui l’invita à s’installer à l’intérieur pour discuter. Elle accepta et ils prirent place dans les canapés, l’un en face de l’autre.

Il évoqua les esprits en lesquels il croyait et le rôle du prêtre dans les villages comme le sien. Un rôle de conseillé, de gardien du savoir et de la religion. Il réalisa qu’il s’était lancé dans un monologue digne d’un cours magistral et s’obligea à lui rendre la parole.

Fin lui parla un peu, et toujours en des termes évasifs, de sa condition. Son village avait été colonisé par l’armée bien avant sa naissance. Le sort réservé aux colonisés n’était pas enviable, considérés comme moins que des citoyens. Elle avait rejoint l’armée dans l’espoir de se voir attribuer le statut de citoyen. Kyuuji crut comprendre que Fin et sa famille étaient des esclaves. Le Raen en fut frappé d’horreur. Garlemald était un fléau, il le savait, mais il n’avait pas la moindre idée de ce que les Domiens pouvaient réellement subir. Sa propre naïveté le rendit malade. Il dut faire un effort considérable pour le cacher, il ne servait à rien d’accabler d’avantage Fin.

La conversation dériva ensuite sur le sort que Garlemald réservait à toutes les formes de culte. La destruction. L’inquiétude de Kyuuji pour le temple et sa famille refit violement surface. Il avait toujours craint la destruction du temple mais avait gardé espoir. Il n’avait jamais été témoin d’un tel acte en dehors du culte des homme-bêtes ayant déjà invoqués leur Primordial par le passé. La nature des Primordiaux était bien loin de celle des entités en lesquelles les Raens croyaient. Kyuuji nourrissait donc l’espoir que tout un pan de la culture de son peuple ne soit pas anéanti par l’Empire. En plus de sa famille.

Le Raen profita d’une occasion pour réorienter la conversation sur des sujets moins sombres. Le nom de Fin D’arda, par exemple. Il n’était pas raen. Fin lui apprit que ce n’était pas son vrai nom, elle s’en servait pour se couvrir par rapport à l’armée. Et elle ne semblait pas vouloir lui en parler. Kyuuji comprenait sa défiance. Il aurait lui-même dû l’être un peu plus. Mais il avait du mal à se défier des gens en général. Un défaut dont il n’avait pas encore particulièrement souffert, au contraire, cela lui avait parfois ouvert des portes en tant que successeur du temple familial. Il ne chercha donc pas à lui demander son véritable nom, préférant gagner sa confiance.

L’évocation de la généalogie plongea Kyuuji dans une forme de nostalgie. Il lui parla de sa famille. Sa généalogie était assez simple. Tous les aînés Atagi prenaient successivement la tête du temple et conservaient ce nom, filles comme garçons, tandis que les autres enfants pouvaient en changer plus librement. Au détour d’une remarque anodine, il songea qu’il portait peut-être encore le sien à tord. Il faisait plus référence à son prénom. Mais avant de se rendre compte de ambiguïté de ses propos, Fin avait sourit presque malicieusement, évoquant les efforts qu’il faisait pour suivre sa vocation et qu’il était certainement digne de le porter. Elle avait raison, sans même le savoir. Le prénom du Raen était la raison même qui l’avait poussé à renouer avec son passé. Bien sûre qu’il était Kyuuji Atagi, l’héritier du sanctuaire Atagi. Même s’il était sur un autre continent et que son temple était peut-être détruit.

Ni l’un ni l’autre ne réalisait que le temps passait. Les heures s’étaient succédées et ils continuaient à échanger. Kyuuji se surprit parfois à être mal à l’aise face à cette Raen au regard troublant et parfois il avait l’impression d’être en face d’une personne en quête d’aide. Il voyait une jeune femme dont l’esprit découvrait à peine la liberté, qui ne demandait qu’à trouver sa place dans un monde inconnu et étranger. Il fit un court parallèle avec sa propre histoire mais l’écarta rapidement. Leurs histoires étaient tellement différentes. Parfois similaire, quelques points communs, certes, mais en rien comparable.

Fin voulait en apprendre plus sur ses origines, sur sa culture, sur cette force mystérieuse qui l’avait menée jusqu’ici, en Eorzéa et vers les Songes. Il pouvait lui fournir quelques réponses mais elle devrait trouver les autres. Cependant, elle n’était pas entièrement honnête. Elle ne lui faisait pas encore confiance. C’était normal. La confiance se gagne avec le temps. Et ils venaient tout juste de se rencontrer. Bien qu’ils discutèrent jusqu’à très tard cette nuit-là.

Fin D’Arda, quand l’armure magitek tombe en panne

Kyuuji rêvassait à Gridania. Le Perchoir était comme une seconde maison. Ou bien était-ce devenu son véritable foyer ? La Rêverie et le Perchoir se disputaient la place de choix dans son cœur. Mais qu’importe l’ordre, il aimait ces deux endroits aux ambiances, aux mœurs et aux habitudes tellement différentes. Selon son humeur, il préférait l’un ou l’autre. Alors qu’importait l’ordre, il était ici chez lui. Les allés et venues des clients et des serveuses de la taverne formaient une étrange danse dont seuls les plus experts pouvaient espérer ne bousculer personne. Il n’était pas tard et pourtant, les danseurs étaient déjà nombreux. Kyuuji les observait en silence quand une voix connue s’exprima sur la perle. C’était tellement peu fréquent qu’il en sursauta. — Kyuuji… Vous m’entendez ? C’était Fin. Kyuuji porta la main à sa corne et effleura la perle pour l’activer. — Fin, bonjour. Je vous entends. — Non, on t’entend pas. Cette voix féminine était inconnue au Raen. Il décida de ne pas répondre, ne connaissant pas son interlocuteur, il ne savait pas comment réagir. Fin sembla ne pas en tenir compte non plus. — Ah… J’aurais besoin… d’un peu d’aide, s’il vous plaît… Évasif. Fin était décidemment souvent évasive. Kyuuji haussa les épaules. Au Perchoir parler tout seul ne paraissait pas étrange. La majorité des clients étaient des aventuriers et les réseaux de perles étaient monnaies courantes. — De l’aide ? Que puis-je faire pour vous ? Presque en même que le Raen, un homme prit la parole. Kyuuji reconnu la voix de Greil. — Qu’est-ce qui se passe ? — Pour ma part ça va être compliqué là tout de suite. La même voix féminine que précédemment. Kyuuji, qui n’avait pas beaucoup l’habitude des conversations par perle, fut envahi d’une soudaine appréhension. Entre les voix d’inconnus, l’absence de repères facials ou corporels, les discussions ne lui semblaient pas aisées. — En Coerthas occidental, continua Fin d’une voix hésitante. J’ai eu… un accident… L’appréhension du Raen se mua en inquiétude. Un accident ? Dans le Coerthas occidental ? — Tout va bien ? Dans quel coin ? S’ensuivit une courte hésitation, faisant grandir l’inquiétude de Kyuuji. Il s’efforça de garder son calme, le Coerthas occidental était bien trop grand pour pouvoir y chercher quelqu’un à l’aveuglette. — Vers la frontière… Avant-pays dravanien… La voix de Fin était entrecoupée. Le Raen espéra que ce ne fut pas à cause de son état. Kyuuji se levait déjà. Il déposa rapidement de quoi payer sa boisson et se dirigeait vers la sortie du Perchoir. L’avant-pays dravanien. Au nord-ouest du Nid du Faucon. Il lui faudrait s’y rendre par le réseau d’éthérite puis appeler son griffon. Comme réglé sur la même horloge, Kyuuji et Greil parlèrent au même instant. — Je me rends au Nid du Faucon, dit le premier, je pars à votre recherche. — Je viens te chercher, renchérit le second. Il secoua la tête. Il n’appréciait vraiment pas la perle. Il y avait trop de risque d’incorrections de la sorte sans les indices d’une conversation de vives voix. — Merci, répondit faiblement Fin. A peine Kyuuji était-il dehors qu’il se plongea dans les flux d’éthérites de transports et se dirigea vers Nid du Faucon à force de volonté. Ce mode de transport était très pratique, à condition de savoir où on allait et de s’être harmoniser avec l’éthérite de destination au préalable. Pratique mais perturbant. Et coûteux. Partir de Gridania et arriver quelques instants plus tard dans le Coerthas. Cela représentait un sacré saut géographique. Kyuuji fut assailli par le climat rude du Coerthas. Il enfila rapidement son manteau par-dessus sa chemise et appela son griffon. Le Raen survolait à basse altitude la région proche de la frontière avec l’avant-pays dravanien. Il commençait à s’alarmer, craignant de ne pas réussir à trouver Fin quand il aperçut deux silhouettes. En s’approchant il reconnu la petite Raen et Greil. Soulagé, il fit atterrir son griffon et sauta au sol. Bien que tous deux debout, Fin semblait faible et l’éther venait d’être manipulé. Apparemment, l’armure magiteck de la Raen était tombée en panne. À cette évocation, Kyuuji se souvint qu’elle avait vraisemblablement passé de longues années au service de l’armée de Garlemald. Il n’y avait rien d’étrange qu’elle possède sa propre armure magiteck. Et elle savait certainement mieux l’entretenir que lui-même. Greil possédait un oiseau magestueux, capable de transporter deux personnes, il fit donc monter Fin derriere lui et le trio rejoignit le Nid du Faucon. Plus rapide que la monture de Kyuuji, l’oiseau de Greil le distança rapidement. Heureusement que la journée n’était pas au brouillard ou à la tempête, le Raen n’aurait su retrouver son chemin si la visibilité avait été plus mauvaise. Bien qu’il les eût perdus de vue, Kyuuji ne força pas l’allure, il se doutait que Greil déposerait Fin dans un endroit où elle pourrait se réchauffer et se reposer. L’auberge du Nid du Faucon était l’endroit tout indiqué. En se posant lourdement sur la place de l’éthérite de transport du Nid, le griffon souleva une fine pellicule de neige. Kyuuji ne fut pas surprit de ne pas voir le destrier du guerrier. Il fit un signe de la main et le griffon s’envola et retourna vaquer à ses occupations. Comme il s’y attendait, Fin et Greil étaient à l’auberge, attablés en face du feu. Ils profitèrent de la chaleur du feu de cheminée pour discuter. Le climat, bien sûr, fut le sujet de conversation tout choisit. La gêne de la jeune femme était palpable, les deux hommes jouèrent d’anecdotes pour dédramatiser la situation. Cela sembla fonctionner, elle rit même à l’image d’un Kyuuji soignant ses coups de soleil dans le Thanalan. Fin finit par offrir un verre aux deux hommes et la conversation dériva sur la panne de son armure magiteck. La réparer ne lui poserait pas de problème, mais elle craignait de ne trouver facilement des pièces de rechange. Il y avait bien la manufacture d’Ishgard, mais ce n’était pas forcément une bonne idée pour une Raen. Greil proposa de prendre contact avec des ingénieurs à Mor Dhona. Cette idée sembla rebuter également Fin. Elle voulait éviter les réfugiés de Doma qui s’y étaient regroupés. Ce n’était pas étrange, aux vues de son passé dans l’armée de Garlemald, et Kyuuji ne fit aucun commentaire dessus en présence de Greil. Ce n’était pas à lui d’aborder ces sujets. Finalement, Geil proposa l’aide de la compagnie. Une certaine Lya pourrait aider Fin avec son armure magiteck. La Raen en fut soulagée et accepta son aide. Avec une solution pour son armure magiteck, Fin réorienta la conversation vers les réfugiés de Doma, demandant à Kyuuji pourquoi il n’avait pas prit contact avec eux. Le Raen esquiva maladroitement la question, prétextant qu’il n’en avait eux vent que récemment. Mais la raison était tout autre. Il refusait de se rendre au Glas des Revenant à cause de Venceslas. Le Hyurois s’y était exilé à la suite de leur dispute et il n’avait aucune envie de le voir ou de lui parler. Ils ne pouvaient pas non plus discuter des réfugiés de Doma sans parler de leur rébellion. Celle-ci avait été sanglante et les représailles avaient dues être terribles. A cette évocation, le Raen ressentit une vive douleur qu’il ne put dissimuler complètement. Il remarqua que Fin se crispa également sur son verre. Kyuuji se sentit obliger de tempérer un peu ces mauvaises nouvelles. Mais il n’y croyait qu’à moitié lui-même. Alors quand Fin se leva pour prendre l’air, il ne put lui en vouloir. Greil profita de ce moment pour retourner à ses occupations. Après son départ, Kyuuji prit un instant seul pour réfléchir. Il n’arrivait pas bien à cerner le guerrier. Il lui avait trouvé un certain manque de tact mais se refusait de le juger, ne sachant rien de lui. Kyuuji l’avait rencontré qu’en une occasion, pour récupérer la perle de la compagnie et l’accès à la Rêverie. Et ils n’avaient guère discuté. Puis il écarta mentalement le sujet, se rappelant que Fin était dehors, dans le froid et encore affaiblie. Kyuuji et Fin se retrouvèrent alors seuls à l’extérieur. La Raen semblait vouloir lui parler de l’armée et de sa famille. Mais elle était frigorifiée et ils se trouvaient à proximité d’un garde Ishgardais qui ne les regardait pas d’un très bon œil, autant ne pas attirer plus l’attention que nécessaire. Il lui proposa donc de retourner à l’intérieur pour en discuter plus discrètement. Ce qu’ils firent. Les deux Raens s’installèrent à une table leur offrant un peu d’intimité. Fin lui apprit que son père avait réussi à obtenir le statut de citoyen garlemaldais et que certains de ses privilèges lui avaient été transmis. Elle craignait certainement d’être jugée pour cela. Si Kyuuji comprenait bien, elle était considérée comme citoyenne et avait certainement réussi à obtenir un poste à responsabilités dans l’armée. Il supposait que seuls les officiers voyaient passer entre leurs mains les avis de désertions. Cette déclaration le bouleversa plus qu’il le pensait. Réveillant sa rancœur pour Garlemald, ses souvenirs douloureux de l’armée et l’étrange sentiment qu’elle n’était pas encore tout à fait honnête avec lui. Parler de sa famille la fit s’interroger sur celle de Kyuuji. Mais il n’avait pas de nouvelle depuis qu’il avait été enrôlé. Les deux Raens se présentèrent mutuellement des excuses. Elle pour avoir passé sous silence certaines choses, et lui pour avoir fait des suppositions erronées. Après cela, la conversation se fit plus légère, détendant un peu l’atmosphère. Ils parlèrent de son rôle de prêtre et de leur formation en magie. Kyuuji avait été formé par son père, un homme sévère mais toujours juste, qui avait menée sa formation à la baguette. C’était une tradition familiale, le rôle de grand prêtre du temple allant d’aîné en aîné à chaque génération. Ils discutèrent sur les traditions et les rizières un moment avant que la fatigue n’emporte Fin.

Fin D’Arda, une épreuve pour une amitié sincère

Les derniers évènements de la Compagnie, avec les essaies de Greil sur l’Essentia Arma, avait poussé Kyuuji à le suivre pour quelques jours. Emmené loin des impériaux par le guerrier, la rage du Raen disparu presque aussi rapidement qu’elle était arrivée. En quelques minutes, son esprit était de nouveau clair. Il réalisa douloureusement les conséquences de ses actes.
Suivre ainsi Greil était synonyme de se mettre toute la Compagnie à dos. Malgré ses amitiés, malgré ses affinités, malgré ce qu’il avait fait jusque-là. Kyuuji savait pertinemment que les Songes ne retiendraient de lui que cet acte. Une trahison de leur point de vue. Le cœur serré, il visualisa les visages des Songes un à un, craignant de ne plus jamais les revoir.
Il revit Yukina, il l’imagina en larmes, celles-ci se cristallisant avant même de toucher le sol. Son cœur se serra un peu plus. Kyuuji revit Vherkin essayer de l’estropier, lui reprochant sa haine, oubliant déjà les services qu’il lui avait rendu. Sa peine s’alourdit un peu plus. Il visualisa Elisabeth, qui avait voulu de les mettre en garde, qui l’avait soutenu et lui avait fait passer le test des Songes. Elle semblait terriblement déçue. Sa douleur augmenta un peu plus. Le Raen revit aussi Shan, étourdit devant ses actes, il ignorait certainement tout de sa haine et de son besoin de vengeance, le Myqo’te ne pourrait certainement pas comprendre. Son tourment s’intensifia un peu plus.
Kyuuji imagina la surprise et l’incompréhension de Sylfeline lorsqu’elle apprendrait l’issue de cette soirée. Sa douleur se fit plus grande encore. Il se remémora la façon dont Rashaza avait essayé de l’empêcher de rejoindre Greil, envoyant Vherkin sur lui, elle ne voulait certainement que le protéger, à sa façon. Sa peine lui retourna l’estomac. Il revit l’incompréhension s’emparer de Lhei, déjà blessée et épuisée quand il décida de suivre Greil. Sa douleur lui tordit la gorge. Il se remémora un mot, sorti de la bouche de Skeyl. « Traitre ». Il déglutit en fermant les yeux. Enfin, il entendit de nouveau la supplique de Fin, enjoignant les Songes de les laisser partir, Greil, Arek, Fafnir, Nergui et lui-même. D’une voix faible, cassée, suppliante, alors que le Second des Songes les emportait déjà. Il ravala ses larmes et ses cris de colère se muèrent en un grognement. Puis l’instant d’après, ses pensées furent envahies.
Fin avait toujours été là pour lui alors qu’elle avait ses propres problèmes à régler. Elle avait toujours été un soutien inconditionnel. Il n’avait pas réalisé à quel point elle était importante pour lui. Leur amitié n’était pas feinte contrairement à d’autres. Leur respect était réel et important. Plus qu’une amie, Fin était comme sa protégée. Et il venait de l’obliger à subir une telle épreuve. Celle de le voir enrager puis renier tout ce qu’il était, et tourner le dos sans un mot. Sans même prendre en considération ses avis ni ses sentiments. Qui était-il pour croire qu’il pouvait aider qui que ce soit alors qu’il n’était même pas capable de prendre en compte l’avis d’une amie…
Kyuuji réalisa douloureusement que Fin avait dû percevoir son acte comme la pire des traitrises. Il réalisa que la jeune Raen devait être bouleversée, perdue. Qu’elle devait lui en vouloir. Ou pire, s’en vouloir à elle-même. Et il en était en partie la cause. Il cherchait déjà la façon dont il pourrait réparer tout le tort qu’il avait causé quand la voix de Greil le tira de ses pensées.
Il fallait reprendre la route, tous cinq avaient un travail incommensurable à mener à bien mais très peu de temps pour le faire. Et le Raen avait une tâche secrète à garder en tête. Sa décision de suivre Greil n’était pas uniquement motivée par sa haine ni sa vengeance, mais aussi pas sa crainte de le voir déraper alors qu’il n’avait plus de temps. Le temps, justement, était la variable la plus importante en ce moment, Kyuuji l’avait compris récemment. Il ne devait pas l’oublier. Ni en parler à qui que ce soit, il l’avait promis.

Arek Qor, l’autre

Au cours des dernières lunes au sein des Songes de Nymeia, Kyuuji avait eu l’occasion de croiser Arek Qor à plusieurs reprises. Il n’arrivait pas bien à le cerner. Le jeune homme, un mince Hyurois, lui avait paru intransigeant, abrupte et instable. Arek s’était montré aussi froid qu’insensible lorsqu’il fallut détruire le laboratoire scientifique garlemaldais. Puis il s’était montré intéressé par la requête de Venceslas, participant à l’interrogatoire de Kyuuji. Ensuite, il s’était révélé d’une grande vivacité d’esprit au procès alors qu’il était membre du jury. Plus récemment, devant les recherches allagoise, Arek s’était montré d’un enthousiasmant intérêt, contrastant avec son apparente froideur.
Kyuuji avait relevé quelques détails troublant également. Arek avait activé à plusieurs reprises un module de recherches qui semblait capable de collecter des données. Mais surtout, il semblait avoir un grave problème de santé. Respectant son silence là-dessus, le Raen n’en avait parlé à personne, mais il s’inquiétait de son état. De plus, il montrait une sorte de dédoublement de la personnalité. Tantôt doux et chaleureux, tantôt froid et insensible. Kyuuji n’avait pas eu l’occasion de discuter avec lui, il ne savait rien d’Arek. Et Arek de son côté ne semblait pas enclin à lui parler, alors il respecta son silence.
Pourtant, ce soir-là, l’homme contacta Kyuuji sur la perle, demandant à s’entretenir avec lui. Ils se retrouvèrent à la souche de la Résurrection, là où le Raen s’était rendu pour méditer ses erreurs. Arek voulait lui témoigner son soutien après l’épreuve qu’ils avaient vécue ensemble. Mais quelque chose attira tout de suite l’attention de Kyuuji. Quelque chose avait changé, et pas seulement sa coupe de cheveux.
Arek proposa à Kyuuji de se tutoyer, après tout, ils pouvaient certainement se considérer comme proches. Le Raen se surprit à accepter et à n’avoir aucun mal à abandonner le vouvoiement. C’était vrai qu’ils avaient vécu des expériences désagréables ensemble dernièrement et le Hyurois le souligna une nouvelle fois. Puis il lui parla de lui.
Son histoire était incroyable, compliquée et tortueuse. Arek lui expliqua qu’il souffrait d’un dédoublement de la personnalité, il parlait de lui-même comme deux personnes distinctes. Celle à qui Kyuuji s’adressait actuellement était une nouvelle personnalité, apparue à la suite d’une amnésie. L’autre personnalité était l’originale, il s’agissait d’un scientifique Allagois, froid et dénué de sentiment. C’était lui que Kyuuji avait côtoyé jusque-là et non celui à qui il parlait. Le Arek actuel avait repris le dessus quand le clone de Greil avait tué Rynia, depuis il conservait le contrôle mais il savait que l’autre attendait la moindre occasion pour se manifester.
Arek avait l’impression d’être une âme indépendante de l’originale et son corps ne semblait pas supporter cela. Kyuuji était de son avis, entre les Allagois et Garlemald, il avait peut-être subis des expérimentations malsaines, ou bien était-ce seulement une séparation de son âme originelle. Dans tous les cas, le Raen pensait vraiment que les deux personnalités d’Arek pouvaient être deux âmes. Il orienta le Hyurois vers Edenai, une Allagoise elle aussi et membre de la compagnie qui lui avait récemment parlé d’elle. Elle avait vécu des expériences similaires et avait réussi à se dissocier de son hôte, leur sauvant ainsi la vie à toutes les deux. Ils pourraient certainement s’entre-aider.
Réalisant qu’il ne parlait que de lui, Arek témoigna de nouveau son soutien à Kyuuji et essaya de le rassurer quant à cette histoire de trahison. Il lui assura que pire avait été fait par le passé et qu’ils avaient seulement été victime de duperie et de tromperie. Mais ce n’était pas ce qui inquiétait le plus le Raen. Ce qu’il ne comprenait pas, c’était comment les Songes avaient pu arriver à la conclusion qu’ils étaient des traîtres. Il pensait que la loyauté était une valeur importante, que les Songes avaient un sens communs qui les faisait avancer ensemble et non pas les uns contre les autres. Arek lui expliqua que les Songes étaient un regroupement des personnalités fortes et différentes, qui avaient le même objectif, mais chacune leur façon de voir comment ils devaient l’atteindre. La loyauté n’était pas une valeur forte parmi les Songes, mais cela ne faisaient pas d’eux des gens sans foi ni loi.
Kyuuji compris ce qu’Arek voulait dire. Mais il arrivait encore moins à comprendre comment ils avaient pu être jugés comme des traîtres. Cela le dépassait tout bonnement. Certes, il avait placé trop d’importance dans la loyauté et la confiance, il avait pensé à la manière de chez lui, et non pas Eorzéenne. Certes, il avait suivi celui qu’il pensait être le Second de la Compagnie et cela se révélà une grossière erreur. Certes, il n’avait pas compris les avertissements qu’on lui avait lancés. Certes, il avait été aveuglé par sa haine, se lançant dans des combats abominables. Mais cela ne faisait pas de lui un traître, c’était simplement incompréhensible pour lui.
S’il avait trahis quelqu’un, c’était bien lui-même, littéralement absorbé par sa haine, il avait renié ses convictions en fermant les yeux sur des choses terribles. S’il avait trahis un seul Songe, c’était bien Fin, il ne l’avait pas écouté, il avait même refusé de la regarder et il l’avait laissé sans la moindre considération. Mais elle-même ne le considérait pas comme une trahison. Que les Songes soient déçus, qu’ils soient méfiants, ou encore en colère, Kyuuji le comprenait parfaitement, mais pas qu’ils le jugent comme un traître.
Arek, lui, ne s’en inquiétait pas. Ils finiraient par oublier, ou par passer à autre chose. Et si les fileurs devaient leurs donner une quelconque sanction, elle serait forcément juste aux vues de la situation. Kyuuji lui enviait sa sérénité, cela lui torturait l’esprit depuis des semaines, si bien qu’il passait tout son temps à méditer, oubliant de dormir et parfois de manger. Il ne serait certainement pas serein tant que sa position serait floue. Un vague sentiment d’urgence et d’angoisse s’empara du Raen. Bien qu’inquiet, il avait hâte de rencontrer les fileurs pour statuer de tout cela.

Eavan Nimaa

La journée avait été chargée, mais elle n’était pourtant pas terminée. Cela faisait bien longtemps que Kyuuji n’avait pas passé une journée aussi troublante. Découvrir les sentiments de Gaelle par inadvertance et mener son épreuve du rêve en binôme avec Eve n’étaient visiblement pas suffisant. De retour à la Rêverie, il trouva Asuka en plein entrainement, mais quelque chose attira tout de suite son attention. Son éther était particulièrement perturbé. Essayant de l’apaiser, le Raen comprit qu’une remarque à propos de l’entrainement physique au cours d’une discussion entre les trois amis, Gaelle, Asuka et lui, avait blessé Asuka. Ils s’en étaient doutés quand elle avait quitté le salon, mais ils n’avaient pas réalisé la portée de leurs paroles.

Kyuuji lui présenta donc ses excuses, ils ne critiquaient en aucun cas son mode de vie, ni sa culture, ou quoi que ce soit. Ils étaient simplement d’avis que tout le monde n’avait pas besoin d’un entrainement physique aussi poussé que celui d’Asuka. Greil, qui était également dans le jardin de la Rêverie, donna à son tour son avis, la brusquant peut-être un peu et lui proposant de s’entrainer avec elle.

Bien qu’encore sur les nerfs, Asuka accepta d’accompagner Gaelle et Kyuuji à la stèle de Nymeia, où ils avaient décidé de se rendre ce soir-là, dans l’espoir d’obtenir des réponses. Située dans la Basse-Noscéa, au sud du chantier naval de Moraby, tout au bout d’une jetée escarpée, elle n’était pas facile d’accès. Comprenant que Asuka n’était pas d’humeur, Kyuuji pris l’initiative de guider ses amis jusqu’à la stèle. Bien sûre, il préféra prendre le chemin qu’il connaissait même si ce n’était pas le plus court.

Arrivée à l’autel de Nymeia, Gaelle s’agenouilla tout de suite et pria. Quelques instants après, les lucioles à proximité se mirent à s’agiter et l’une d’elle traversa Kyuuji, sans douleur. Stupéfait, il entendit résonner une voix féminine dans son esprit, comme ça lui était déjà arrivé avec l’autel des Douze, où Nophica s’était adressée à lui. Cette fois, c’était Nymeia. Le Raen essaya de lui parler à haute voix, mais il se sentait troublé, pourquoi s’adresser à la déesse de cette façon alors qu’elle lui parlait dans son esprit. Aussi, décida-t-il de lui répondre mentalement. C’était d’ailleurs plus aisé pour lui, cela lui rappela la façon dont il s’adressait à ses divinités dans son temple, à Othard. Ses divinités qu’il n’arrivait plus à entendre depuis qu’il avait quitté son pays, quatre ans auparavant, alors que, pour la seconde fois en quelques semaines, un dieu Eozéen s’adressait à lui. Et ce, naturellement en plus. Cela mit ses pensées sens dessus dessous, le doute l’envahit, la nostalgie et le manque le submergèrent, mais il tenta de se concentrer sur la raison de ce contact. Gaelle.

Kyuuji interrogea la déesse sur la meilleur façon d’aider Gaelle et sur l’origine de ses sceaux. Nymeia expliqua que Gaelle était responsable des scellées, qu’en brisant le premier sceau, les deux autres seraient plus accessibles. Le sujet, en plus du contact divin, finit de faire régner le chaos dans l’esprit du Raen. Il essaya tant bien que mal de garder ses pensées en ordre, mais Nymeia s’intéressa à ce qu’elle voyait dans leur lien. Elle aborda le sujet de son propre sceau. Un sceau parfaitement infime, surtout en comparaison de ceux de Gaelle. Mais cela intrigua la déesse.

Asuka et Gaelle devaient avoir posé les bonnes questions, parce qu’une vision apparut brutalement dans la tête de Kyuuji. Une femme encapuchonnée dans une cape blanche scellait son identité, sa mémoire et ses pouvoirs, se faisant, le cristal de mage blanc qu’elle avait entre les mains vola en éclat. Elle se nommait Eavan Nimaa. C’était l’identité de Gaelle. Et le premier sceau était brisé.

Toutes les théories d’Asuka et de Kyuuji concernant Gaelle, qu’elle était certainement Amdapori, survivante de la guerre de la magie et donc certainement une mage blanc, se révélèrent exactes. Mais Gaelle n’était actuellement plus capable d’utiliser correctement ses pouvoirs. Elle demanda au Raen de lui apprendre la magie blanche. Une mage blanc de l’ancien temps apprenant auprès d’un prêtre Oriental la magie blanche. La situation était… inattendue et particulièrement ironique. Pourtant Kyuuji accepta immédiatement, il ne pouvait pas laisser Gaelle puiser dans son éther pour utiliser ses pouvoirs. Et puis, la situation s’inverserait peut-être quand elle recouvrerait la mémoire et ses pouvoirs.

Arek Qor, les prémices d’une séparation

Cela faisait des lunes que Kyuuji n’avait pas eu de nouvelles concernant la séparation de Arek d’avec son autre personnalité. Il savait seulement que Iris, la sœur jumelle de Arek avait pris contact avec Edenai, mais il ne savait pas comment cette rencontre avait tournée ou si elle avait pu aboutir à la moindre solution. Bien sûre, Kyuuji n’oubliait pas ce sujet ni même son ami, il était fort occupé et n’avait jamais eu à cœur de se mêler lui-même des affaires des autres. Cette fois pourtant, il était peiné que ni Arek ni Iris ne le tienne au courant. Il se réconfortait en se disant qu’ils n’avaient pas besoin de lui, que le problème devait avancer, sinon il en aurait certainement entendu parler.

Alors qu’il n’espérait plus avoir de nouvelles, Iris appela Kyuuji sur la perle, annonçant que Arek voulait lui parler. Surpris et légèrement inquiet, le Raen se rendit dans la chambre de son ami. Les deux Qor lui expliquèrent alors leur plan pour opérer à l’extraction de la double personnalité de Arek. Cette fois, Kyuuji leur fit poliment part de ses reproches. D’abord, Iris n’avait demandé d’aide à personne pour construire ce dont elle avait besoin. Ensuite, elle prenait des risques en donnant une partie de son éther à son frère pour le soulager.

La solution pour laquelle les Qor avaient optée nécessitait que Arek combatte son double, mais il ne s’en sentait pas capable. Il craignait l’échec et les innombrables conséquences que cela pourrait avoir. Kyuuji lui remonta le moral, lui disant qu’il était un guerrier hors pair, doué d’un grand courage et du sens du devoir. Arek avait réussi des choses que lui seul pouvait, il était sorti vainqueur de combat perdu d’avance, il était toujours à l’affut d’un nouveau défi. Il n’avait qu’à voir ce combat contre lui-même comme un challenge plus grand encore. Les mots du Raen eurent de l’effet, Arek, bien qu’affaibli, avait retrouvé la volonté de se battre. Il ne restait plus qu’à mettre en place le dispositif de sa sœur.

Pour cela, elle avait convié les Songes disposés à aider son frère le lendemain à la Rêverie. Il lui manquait une ressource pour parfaire son système, mais celle-ci se trouvait dans un ancien musée Allagois fortement protégé. Elle avait besoin de quelques compagnons pour la protéger et trouver sa ressource. Les Songes ayant répondu à son appel étaient nombreux, Iris en choisi trois pour l’accompagner, préférant une approche discrète. D’abord Edenai, allagoise et contributrice au projet, sa présence était évidente. Ensuite Kyuuji, soigneur et ami d’Arek, il serait apprécié pour cette expédition. Et enfin Prinesca, chef de la Compagnie et ayant fait l’honneur de se déplacer, Iris était curieuse de savoir de quoi elle était capable.

Tous les quatre se rendirent au Continuum Fractal, où Iris avait détecté la présence de la ressource qui lui manquait. Le musée, comme attendu, était gardé par un système de protection actif et activé. Cependant, le groupe de Songes n’eut aucun mal à repousser les défenses du musée jusqu’à arriver dans son cœur. La grande quantité d’éther, formant une barrière impressionnante, donna un mal de crâne incroyable à Kyuuji, offrant une chance à son cristal d’insuffler de nouvelles urgences concernant la griffe de Dalamud.

Une fois la barrière désactivée, la migraine disparut et la machine disposant de la ressource intéressant Iris se révéla. Le combat pour la mettre hors d’état fut un peu plus difficile qu’auparavant, mais rien d’insurmontable. Et la jeune femme récupéra sa ressource, un cristal blanc d’un éther pur.

Retournant à la villa, Iris donna le cristal à Talya pour qu’elle le rende compatible avec le dispositif d’extraction des Qor. Elle aurait besoin de plusieurs soleils pour y parvenir, mais ce n’était pas plus mal, le combat pour Arek s’annonçait rude et il avait besoin de repos pour s’y préparer, maintenant qu’il avait retrouvé l’envie de se battre.

Gaëlle, première leçon

La première leçon d’élémentalisme de Gaëlle était prévue ce soir-là, deux soleils après la chasse. Kyuuji l’attendait au sous sol de la Rêverie, réaménagé en salon après les fêtes. Il y fut rejoint par un tout nouveau membre apparemment, Shellkios. Les deux hommes échangèrent quelques mots sur la compagnie et sur le passé du Miqo’te avant que Gaëlle ne descende à son tour.

Tous les deux se rendirent à la souche de la résurrection, un lieux que Kyuuji appréciait particulièrement pour son calme, son côté isolé et sa spiritualité. Ils s’assirent sur la souche mais avant de commencer la leçon, le Raen revint sur la chasse qui l’avait tant troublé. Il avait été mort d’inquiétude pour Gaëlle, il insista sur le faite qu’elle devait prendre soin d’elle avant les autres. Mais devant les arguments de la jeune femme, ceux-là même qu’il défendait, il ne put se résoudre à la sermonner. Cependant, il se résigna à lui faire promettre une chose. Qu’elle veille à toujours se laisser une chance de s’en sortir, quoi qu’il arrive. Le sens du sacrifice est une valeur noble, mais Kyuuji voulait s’assurer que si elle devait se mettre en danger pour quelqu’un d’autre, qu’elle ne le fasse pas en sachant qu’elle n’y réchapperait pas.

Honteux de cette demande, le Raen avait baisser la tête, un fin filet d’éther vint lui faire relever le menton. Gaëlle, d’une voix très douce et sincère, lui répondit qu’elle le lui promettrait à l’unique condition qu’il lui fasse la même promesse. D’abord surpris par ce nouveau contact éthéré, Kyuuji sentit l’affection qu’elle lui portait, il releva la tête et accepta. Ils se promirent mutuellement de toujours veiller à se laisser une chance de s’en sortir.

Portée par l’émotion, Gaëlle créa un papillon d’éther persistant d’un geste de la main. Elle souffla doucement dessus et celui-ci s’envola vers le Raen. Le papillon effleura alors la commissure de ses lèvres, comme un doux et timide baiser, avant de se poser sur son épaule. Gaëlle, en réalisant son geste, s’en excusa, embarrassée. S’il avait été surpris du premier contact de Gaëlle, ce n’était rien comparé à celui-là.

Un contact éthéré était une chose, un baiser indirecte par un papillon d’éther en était une autre. Se passant un doigt là où le petit papillon l’avait effleuré, Kyuuji réalisa ce qui venait de se passer et rougit comme jamais jusque-là. Puis, la fascination s’empara de lui. L’être éthéré était venu se poser sur son épaule puis sur sa main lorsqu’il l’avait approchée, et ne semblait pas prêt à se dissiper. Non seulement le papillon était persistant mais il était également autonome, il avait sa propre conscience. C’était une bien belle chose que Gaëlle venait de créer là. Mais une autre pensée traversait en même temps l’esprit du Raen. Indirectement certes, mais Gaëlle lui avait clairement transmis ses sentiments et son envie de l’embrasser. Elle y était même parvenue, contournant adroitement sa phobie en le faisant par les voies éthériques. Elle n’était décidément pas comme les autres… Il faudrait qu’elle lui apprenne à faire cela.

À regret, la raison de leur présence à la souche de la résurrection se rappela à Kyuuji, ils avaient une leçon de magie blanche à suivre. Il ramena donc le sujet là-dessus en demandant à Gaëlle de lui apprendre à faire cela a l’occasion puis ils débutèrent avec l’élément vent. La jeune femme, sous les conseils de Kyuuji, devait se réapproprier les sensations de la maîtrise de cet élément. Elle y parvint rapidement, comme se doutait le Raen. En peu de temps elle réussit à lui imprimer sa volonté, forçant le vent à danser comme elle l’entendait.

C’était largement suffisant pour une première leçon alors Gaëlle le remercia, espérant un jour pouvoir lui rendre la pareil. Sur ces mots, Kyuuji évoqua les savoirs certainement perdus depuis la guerre de la magie et les souvenirs contenus dans les cristaux de mage blanc. Outre la perte de certaines connaissances perdues, il était possible que les prédécesseurs aient modifié ou enrichi les souvenirs. Gaëlle lui assura qu’elle lui apprendrai tout ce qu’elle pourrai, une fois sa mémoire revenue. Ce n’était pas ce qu’il voulait dire, il l’enjoignit à le prévenir si elle se sentait en désaccord.

Le sujet dériva de nouveau, Gaëlle craignait le jour où Kyuuji rentrerait en Othard. Il la rassura en lui disant que ce n’était pas possible. Il n’était probablement plus recherché mais il n’y avait plus sa place. Et il préférait garder espoir plutôt que découvrir des horreurs concernant son clan, son village et sa famille. C’était désormais Eorzéa chez lui. Puis la jeune femme évoqua l’une des traditions dont il lui avait déjà parler. Le fait d’épouser la femme que son père aurait choisi pour lui. Gêné, Kyuuji lui expliqua que c’était sa façon de dire qu’il n’avait jamais rêver d’amour et qu’il s’était fait à cette idée. Il lui faudrait certainement du temps pour voir les choses différemment.

Tant qu’ils étaient dans les confessions embarrassantes, le Raen interrogera Gaëlle sur des principes qu’elle avait évoqué sans pouvoir en parler. Elle avait une vision particulière des relations. Différenciant l’amour spirituel et l’amour physique, elle estimait que le premier était la base de tout, platonique mais n’empêchait pas les gestes d’affection. Tandis que l’amour charnel était pour elle complémentaire mais pas une obligation. Il resserre les liens mais peut être pervers et il mérite donc d’être aborder avec prudence. D’autant que Gaëlle accorde beaucoup d’importance à l’amour spirituel et estime ne s’accorder à l’amour charnel qu’avec la conviction d’avoir trouver la bonne personne. Kyuuji n’avait jamais vu les choses sous cet angle mais il y adhérait.

Enfin, les deux amis rentrèrent à la villa, bien tardivement. Alors que Gaëlle retournait dans sa chambre, le papillon d’éther vint à nouveau effleurer la joue du Raen, lui tirant un léger sourire et un peu de rose aux joues.

Gaëlle, deuxième leçon

Cela faisait maintenant quelques soleils que Kyuuji était en permanence suivi par le petit papillon d’éther de Gaëlle. Il s’était accommodé à sa présence et le trouvait même plaisant. Il lui montrait beaucoup d’attention et d’affection. Bien qu’au début, il était surpris à chacune des initiatives du papillon, Kyuuji en venait à les prévoir et à aller les chercher, comme un petit compagnon. Sa présence ne le dérangeait pas, ni ne le gênait, même quand il était occupé, car il faisait preuve de beaucoup de prévenance. Kyuuji voyait un peu Gaëlle à travers lui. Un sourire se dessina sur ses lèvres à cette pensée. Cela lui rappela aussi qu’ils avaient une leçon de prévu et qu’il n’avait pas eu de nouvelles de Venceslas.

En prévision de la deuxième leçon de Gaëlle, celle qui concernait les sorts de soins, Kyuuji avait demandé à Venceslas de l’avertir s’il avait des blessés légers. Il attendait son appel mais il savait que son ami n’avait pas oublié. Depuis sa promotion au sein de l’ordre des deux vipères, l’homme était débordé, il n’avait pas encore pris le rythme de son nouveau poste mais il n’oublierait pas la demande de Kyuuji. Le Raen décida d’attendre son élève dans le hall de la rêverie, prêt à appeler Gaëlle par la perle sil avait des nouvelles de Venceslas. Ce ne fut pas le cas avant que la jeune femme n’arrive.

Après quelques minutes d’attentes dans le jardin en compagnie de Shun et Asuka, l’officier de l’ordre appela Kyuuji pour le prévenir qu’il avait trouvé quelques blessés dont la gravité permettait d’attendre son arrivée et celle de son élève. Alors les deux amis se rendirent à l’est de l’entrée du caveau de Tam-tara dans la forêt centrale. Ils y trouvèrent Venceslas, ravi de voir le Raen, et trois autres gardes de l’ordre. L’un d’eux présentait une méchante entaille au bras et une foulure à la cheville. Les premiers soins avaient été promptement apportés et ils attendaient patiemment leur guérisseur.

Il fallut quelques vaines tentatives avant que Gaëlle n’arrive à soigner correctement l’homme, mais elle s’en sortit rapidement très bien. Bientôt elle voulu s’occuper d’autres pour s’entraîner encore un peu. Le lieutenant des deux vipères leur dit qu’ils avaient effectivement trois gardes blessés qui avaient été emmenés au Ranch de Brancharquée pour y être soigner. A la demande de la jeune femme, ils s’y rendirent tous.

Un des hommes de l’Ordre était inconscient et entre les mains de médecins et élémentalistes, Gaëlle s’intéressa donc aux deux autres. Le premier avait des côtes fêlées et de très vilaines entailles sur tout le flanc. La seconde avait dû avoir l’épaule démise avant d’être encore plus abimée. L’élève de Kyuuji s’en occupa magiquement, sous les yeux de tous les curieux qui s’amassaient autour de la tente des blessés. Gaëlle dépensa plus d’énergie que son corps, sortie de statue depuis moins de trois lunes, ne pouvait le supporté. Elle était épuisée alors que les curieux appelaient à son aide pour guérir leurs proches malades. Mais ce n’était pas le rôle des mages blancs de s’occuper de tous ainsi. La magie était un emprunt à la nature et elle devait pouvoir le rendre. Trop emprunter sans rembourser pouvait avoir des conséquences dramatiques. Et elle n’était plus en état. Le cœur lourd, ils rentrèrent à la villa.

Ils s’installèrent au sous-sol pour se détendre un peu quand Asuka les rejoint. La discussion se tendit rapidement, le Raen et Gaëlle étant en désaccord avec Asuka. Énervée et épuisée, la jeune femme passa le verre qu’elle tenait se coupant la main. Kyuuji la soigna rapidement avant qu’elle n’aille se reposer.

Gaëlle, troisième leçon

L’allégresse durait depuis la veille, Gaëlle et Kyuuji s’étaient quitter bien tardivement et à regret. Mais ils se retrouvèrent tôt ce matin-là. La jeune femme rendit visite à Kyuuji, prétextant qu’elle passait par hasard à l’autre bout du couloir. Ce n’était qu’une excuses et ils le savaient tous les deux. Ils avaient seulement envie de passer du temps ensembles.

Gaëlle proposa de poursuivre ses leçons avec l’élément terre. Les deux, simplement heureux du présent, se rendirent à la Pierre aux Nénuphars, un des rares endroits en Sombrelinceul où la végétation était naturellement moins présente. Il s’agissait dune digue rocheuse parfaite pour le thème de la leçon.

Kyuuji commença le cours, comme l’habitude lui venait, par lui parler de cet élément. Puis Gaëlle essaya de la manipuler. Elle révéla alors une incroyable facilité et un don certain, en créant un petit golem inanimé de terre. Le Raen pensa que c’était lié à ses origines et en hypothèse se confirma quand il examina les sceaux de l’Amdapori. Elle avait inconsciemment activé des défenses en essayant d’insuffler son éther dans sa création. Les deux inséparables pensaient que c’était certainement ce qu’elle avait scellé afin de protéger ce pouvoir et ce savoir.

La leçon ainsi écourtée leur laissa beaucoup de temps libre. Refusant de se quitter si tôt, ils inversèrent les rôles pour enseigner à Kyuuji à créer des mains tangibles d’éther. Le Raen n’était pas un aussi bon élève que Gaëlle avec la terre, manipuler son propre éther ne lui était pas familier. Écoutant les conseils et les encouragements de la jeune femme, il réussit cependant à obtenir une main suffisamment tangible pour lui effleurer le bras. Quelle étrange sensation c’était. L’éther au contact de l’éther lui donnait presque l’impression de la toucher directement, mais ce n’était évidement pas pareil. Ce n’était qu’un substitut mais ils feraient avec le temps de lever le sceau de Kyuuji ou au moins d’annuler son effet secondaire.

Après cela, ils rentrèrent se reposer à ma Villa. Enfin, c’était l’objectif mais la soirée fut mouvementée. Les deux inséparables se retrouvèrent rapidement entourés d’autres Songes, dont Yuwa, apparemment toujours éprise de Kyuuji, qui chahuta Gaëlle, la qualifiant de rivale. Sentant la tension et la gêne monter, le Raen intervint pour calmer Yuwa. Ce fut efficace. Mais malgré le changement de sujet et le renouvellement des personnes présentes, la soirée se termina bien mal. Depuis quelques lunes maintenant, le cristal de Kyuuji le rappelait à l’ordre à coup de migraine. Et celle qui s’abattit sur lui a ce moment-là l’incapacita tellement elle fut violente. Il dut quitter précipitamment le salon pour rejoindre sa chambre, ne réussissant pas à supporter la migraine.

Gaëlle, quatrième leçon

S’endormir avec une migraine n’était pas facile mais celle dont souffrit Kyuuji la veille au soir n’était pas naturelle. Il l’avait calmée en promettant à son cristal de s’occuper rapidement de la corruption de la griffe de Dalamud. Cette corruption qui revenait régulièrement. Celle-là même sur laquelle le Raen voulait que ses deux élèves s’entraînent. Enfin, il irait donc la purifier une fois de plus et la corruption reviendrait inlassablement. Ce qu’il fallait surtout, c’était investiguer sur ce phénomène. Kyuuji avait bien une idée sur ce qui se passait mais il ne pourrait rien faire seul. Et cela ferait vraiment un excellent exercice pour Fin et Gaëlle.


Le lendemain matin, Kyuuji eut la surprise de ne pas être seul dans sa chambre en se réveillant. Gaëlle s’était inquiétée face à son départ précipité et l’avait veillé toute la nuit, ne s’assoupissant qu’au petit matin. Le Raen l’invita à se reposer ici, tant elle ne tenait pas sur ses jambes, tandis que lui méditerait, gardant un brin d’attention pour elle.

Méditer et veiller sur quelqu’un en même temps était un exercice difficile, Kyuuji l’apprit à se dépends. Il ne put rendre autant d’éther qu’à son habitude, mais ce n’était pas bien grave, il se rattraperait la prochaine fois. Il ne manquait pas de méditer au quotidien et s’assurait de toujours rendre plus que sa dette.

En début d’après midi, Gaëlle se réveilla. Comme le Raen se doutait qu’elle aurait faim, il lui apporta des fruits et du thé. Ils discutèrent encore un moment dans sa chambre avant de décider de continuer leurs leçons réciproques. La jeune femme n’ayant pas besoin de s’entraîner à la maîtrise de la terre, ils passèrent au dernier élément principal de la magie blanche, l’eau. Ils se rendirent au pieds de la chute d’eau à l’extérieur de la Souche de la Résurrection. Une petite rivière y coulait paisiblement malgré la cascade juste en amont. L’endroit n’était pas le plus beau en lien avec l’eau mais il avait l’avantage de ne pas être trop chargé d’éther.

La leçon, à l’instar de celle sur le vent, se déroula normalement, mise à part une maladresse de Kyuuji qui lui valu d’être généreusement arrosé par son élève. Ces moments de complicité étaient une vraie bénédiction pour le Raen qui avait l’impression de revivre. Comme pour le vent puis la terre, Gaëlle termina par puiser l’éther de l’eau pour en faire un sort. Ce n’était pas de l’apprentissage à part entière, il voyait bien qu’elle maîtrisait déjà tout cela et que ce n’était qu’une question de sensations à retrouver. La leçon terminée, ils se séchèrent, l’Amdapori changea de tunique tellement elle était trempée et ils inversèrent les rôles. Cette fois, la jeune femme essaya d’apprendre à Kyuuji à créer de l’éther persistant. C’était pour l’instant au-dessus de ses capacités, mais il s’entrainerait.

Inséparables, ils décidèrent ensuite de se promener aux abords des ruines du château d’Amdapor. Gaëlle espérait recouvrer quelques souvenirs grâce à son empathie. C’était malheureusement peine perdue. Le sceau était encore très forts. Profitant malgré tout du cadre et de l’intimité, ils discutèrent, se rapprochèrent, s’ouvrirent l’un à l’autre encore un peu plus. Un doux moment. Des barrières s’abaissèrent et ils se confièrent leurs craintes mutuelles et réciproques. L’un s’inquiétant pour l’autre. Ils étaient tellement semblables, on aurait dit des âmes miroirs.