Asuka, ulcère

Asuka avait réussi l’exploit de mettre Kyuuji en colère à s’en rendre malade. Elle avait plongée dans la dépression, cela le Raen ne pouvait l’en blâmer, l’ayant vécu lui-même récemment.

Mais il lui avait apporté son conseil alors qu’elle s’était enfuit une première fois après lui avoir ouvertement menti. Kyuuji était passé outre le mensonge, le fait qu’elle n’écoute pas ses conseils, les refuse complètement, et refasse la même erreur, s’enfuyant encore sans prévenir personne, eut cependant raison de sa patience.

Et une fois la porte de la colère ouverte, il est très difficile de la refermée. C’est le problème des personnes rancunières.

Mais au fond, le Raen était terriblement peiné. Que pouvait-il faire pour Asuka si elle refusait ses conseils ? Il n’avait certainement pas sa confiance, et elle ne l’écoutait pas pour cette raison. Pourtant elle disait être son amie et avoir confiance. Où mentait-elle ? A quel propos ? C’était ce qui rendait fou de colère Kyuuji, parce qu’il y avait bien mensonge quelque part.

Déchiré entre la colère, la peine et son amitié pour Asuka, Kyuuji ne sut trouver les mots pour l’aider. Au contraire, sa présence devenait source de souffrance. Il n’avait aucune envie d’empirer son état, il aurait préférer disparaître plutôt que de l’enfoncer. Mais il y avait Gaëlle à ses côtés, lui tenant la main éthériquement, essayant de l’apaiser. Elle devait vraiment prendre sur elle pour supporter la colère, la peine, la souffrance et le désespoir qui se côtoyaient ici.

Petit à petit, pour le bien de ses deux amies, Kyuuji tut sa colère, l’enfermant au fond de lui. Mais elle était encore là, couvant sagement, se nourrissant de chaque petite incohérence, de chaque bribe de mensonge, de chaque manque de confiance. N’écoutant que d’une oreille inattentive, le Raen ruminait une seule question. Que pouvait-il faire sans rompre avec ses principes si Asuka n’acceptait pas les conseils ?

Ils auraient beau s’évertué à lui enjoindre de rester auprès de ses amis ou de sa famille, de se confier, elle n’en ferait rien. Que pouvaient-il faire pour aider quelqu’un qui refusait toute aide ?

Revenant à la réalité, Kyuuji remarqua que Gaëlle avait sut trouver les mots, Asuka reprenait pieds. Ou bien était-ce parce qu’il s’était tu, lui ?

Qu’importait qui apportait le réconfort tant que c’était pour le bien de la jeune femme. Le Raen eut encore plus envie de disparaître, mais la main éthérée de Gaëlle l’en dissuadait doucement, tendrement. Et il se replongea dans ses pensées.

Il avait dit des choses horribles sous le coup de la colère. Et Asuka n’en avait certainement pas compris les raisons. Il n’était pas question d’aborder cela de nouveau tant quelle était dans son état, mais il le faudrait bien un jour. Pour le bien de leur amitié.

Arek, dissociés

Iris et Talya avaient enfin terminé les préparatifs nécessaires à la séparation des deux âmes contenues dans le corps de Arek. Iris avait donné rendez-vous aux volontaires à la Rêverie afin d’escorter son frère jusqu’à son laboratoire improvisé installé à Azis Lla.

Toujours accompagné de sa bien-aimée, se quittant le moins possible, Kyuuji attendait patiemment avec Gaëlle au sous-sol de la villa. Ils discutaient avec les autres membres des Songes venus aider les Qor jusqu’à ce que Iris n’arrive.

Elle leur expliqua comment, grâce aux dons de Eve et au cristal de Talya, elle allait procéder à la séparation. Iris les mis également en garde contre les risque encourus. Arek allait devoir affronter son double et l’affaiblir, voire le vaincre, pour permettre son extraction vers le cristal qui lui servirait de prison éternelle. En théorie. En pratique, elle se doutait que cela ne serait pas aussi simple, qu’ils risquaient d’avoir à se battre, ne serait-ce que dans le cas où son frère échoue face à son double malveillant. Quoi qu’il en soit, les Songes devraient rester sur leurs gardes.

Mais avant cela, ils devaient d’abord escorter Arek à Azis Lla. L’homme était visiblement affaiblie mais il gardait le moral et son sens de l’humour. Malgré son état de santé, le voir ainsi réchauffa le cœur de Kyuuji. Ils savaient tout qu’une véritable épreuve l’attendait, et Arek était prêt à en découdre, il avait l’envie de vivre et sa force mentale ferait peut-être la différence.

A la demande de Iris, les Songes se rendirent à Azis Lla. Gaëlle et Shellkios, qui n’étaient encore jamais venus ici, découvrirent avec anxiété cette région allagoise dévastée par le Nuage des Ténèbres plusieurs ères auparavant. Il fallait s’y déplacer en volant, d’ilots en ilots, ou emprunter les téléporteurs allagois encore en fonction. Bien sûre, personne ne proposa cette seconde option, appelant tous leur monture.

Le laboratoire improvisé de Iris était impressionnant, il aurait été impossible de le déplacer tant il était imposant. Et la machine qui devait accueillir le cristal et l’âme du double de Arek aurait fait froid dans le dos de Kyuuji s’il avait pu la voir.

Arek fut installé dans une sorte de cuve puis immergé dans un liquide peu ragoutant. Eve usa alors de ses pouvoir pour conduire les deux âmes à se séparer et combattre. Iris suivait l’évolution de ce combat sur un moniteur, tandis que le Raen taisait son inquiétude, ne pouvant voir ce qui se passait.

Le combat entre les deux Arek devait être terminé, Iris activait la phase d’extraction. Mais cela tourna mal. La personnalité malveillante, bien qu’affaiblie, avait trompé tout le monde et se libéra de l’emprise du cristal et du corps d’Arek. Cette âme se personnifia sous la forme d’un géant à six bras, il frappa Iris, fou de rage avant de s’intéresser aux Songes. Ceux-ci durent le combattre pour l’empêcher de nuire d’avantage. Kyuuji et Gaëlle, inquiets l’un pour l’autre, participèrent en protégeant et soignant leurs camarades.

Le combat fut rude et éprouvant. Le monstre, proche du primordial, nourrit par l’éther des cristaux de mémoire d’Arek et ses suppliques, était puissant, fourbe et vicieux. Un scientifique machiavélique, bien au-delà de ce que Arek était devenu sous son contrôle.

Arek, le vrai, enfin libéré du joug de son double avait besoin de repos pour permettre à son corps de récupéré, et son esprit de se rasséréner, mais il était heureux. Il remercia chaleureusement toutes les personnes venues les aider, lui et sa sœur. Puis il rentra à la villa pour prendre soin de Iris. Les Songes se dispersèrent chacun leur tour, retournant vaquer à leurs occupations. Bientôt il ne resta plus que Gaëlle, Fin, Shellkios et Kyuuji.

Fin était en état de choc, indemne mais particulièrement perturbée. Entre le maniement de la lance, son arme de prédilection au sein de l’armée, le laboratoire Allagois et le combat difficile contre une abomination, ses tourments et traumatismes s’étaient réveillés. Inquiets, les deux inséparables la ramenèrent à la Rêverie accompagnés de Shellkios, où elle put se remettre un peu de ses émotions. Ils la réconfortèrent, la rassurèrent et l’encouragèrent comme ils purent avant de tous rejoindre leur chambre, non sans cet habituel arrêt à celle de Gaëlle pour Kyuuji, afin de lui souhaiter une bonne nuit, s’assurer qu’elle aille bien, et surtout passer encore un instant avec elle.

Asuka, Sifrid

Kyuuji avait reçu un bien étrange coli accompagné d’une lettre plus étrange encore. Le Raen percevait une vaine tentative pour rendre la lettre lisible à ses perceptions de l’éther, mais ce niveau de détail était largement au-dessus de ces capacités. Pourtant, il avait beaucoup progressé, naturellement, depuis qu’il était aveugle, mais lire des mots écrits avec de l’encre imprégnées d’éther lui était encore impossible. Il doutait même d’y arriver un jour.

Cependant, cette attention particulière laissait penser que l’expéditeur était au courant de sa cécité et de sa capacité à percevoir l’éther malgré cela. Aussi le Raen décida d’utiliser les lunettes que Lya lui avait donné pour lire le contenu du courrier.

Un certain Sifrid, frère d’Asuka, lui faisait parvenir une épée sur laquelle Kyuuji devait veiller. Il s’agissait apparemment d’un héritage familiale. Le Raen apportait beaucoup d’importance aux héritages, aussi cela ne le dérangeait pas, le fait qu’il possède un étrange pouvoir, l’embêtait un peu, mais c’était souvent le cas dans les héritages important. Par contre, le courrier faisait allusion au fait qu’il était prédestiné à jouer un grand rôle dans la vie d’Asuka. Que les personnes comme lui seraient nécessaire à ses côtés. Comment un homme qu’il avait brièvement rencontré, plusieurs lunes auparavant, pouvait estimer le connaître, le savoir prédestiner à quoi que ce fut ou ce qu’il fallait pour sa sœur. C’était incompréhensible.

Entre l’identité de l’expéditeur, le colis, les mots employés et la situation actuelle d’Asuka, Kyuuji avait un très mauvais pressentiment. Son sentiment se confirma quand il reçut la visite impromptue de Sifrid le soir même. Ils s’étaient bien rencontrer très brièvement, le Raen n’en avait pas garder souvenir, et l’homme en savait bien trop pour ne pas se méfier de lui. S’il y avait bien des personnes dont Kyuuji se méfiait naturellement, c’étaient celles qui en savait plus que ce qu’elles étaient censées savoir. Et c’était évidemment le cas de ce Sifrid. En ce sens, il lui rappelait Ivan, l’homme à la tête d’un cartel, responsable de l’enlèvement de Yukina, et certainement pas innocent dans l’enfermement d’Asuka. Sa simple présence suffit à mettre Kyuuji et Gaëlle mal à l’aise, alors quand il raconta qu’ils étaient tous deux la source de la souffrance d’Asuka, mais aussi ceux qui la sortiraient de sa situation, le Raen ne pouvait plus croire un seul de ses mots.

Après cela, le prêtre n’eut plus aucune envie de conserver cette épée à la villa, craignant d’exposer les Songes à un quelconque risque, si infime soit-il. Il contacta Venceslas pour qu’il prenne en charge ce colis. Avec une sorte de code, établi depuis leur enfance, Venceslas laisserait à Kyuuji de quoi retrouver l’épée s’il la cherchait, en attendant ce moment, le Raen préférait ne pas savoir précisément où elle était cachée. Cela leur convenait parfaitement, à tous les deux.

Kyuuji et Venceslas se donnèrent rendez-vous au Glas des Revenants, cet endroit leur était devenu cher. Comme d’habitude, Gaëlle et Kyuuji étaient inséparables, si bien qu’ils y allèrent ensembles. Et profitèrent naturellement de l’occasion pour passer du temps tous les deux, en ville, sur le marché…

Asuka, prison

Ça n’avait ni queue ni tête. Plus Kyuuji se remémorait ce qu’il croyait savoir de la malédiction d’Asuka, moins il y comprenait quelque chose. La récente visite de Sigfrid avait d’ailleurs finit de le convaincre qu’il valait mieux intégralement débarrasser la jeune femme de toutes traces draconique, maléfique, démoniaque ou de quelque engeance malveillante dont il était question.

Cependant, Asuka avait clairement manifesté son souhait et son envie d’en conserver les avantages. Encore une chose pour laquelle le Raen n’arrivait pas à se faire à l’idée. Mais c’était le choix d’Asuka, et tant que sa vie était sauve, ils arriveraient peut-être à l’y faire renoncer. Pour l’instant, l’urgence était sa survie.

Ce n’était pas l’avis de tout le monde. Gaëlle, bien sûre, et Kyuuji avaient la même opinion, mais celle de Bertefant divergeait. L’Elézen s’était efforcé de satisfaire aux caprices d’Asuka, créant un cristal capable d’aspirer seulement une partie de l’éther maléfique sans lui soustraire la totalité de la malédiction. Ainsi elle conserverait les avantages sans en subir les conséquences. D’un point de vue purement extérieur, c’était la solution parfaite. Mais du point de vue de Kyuuji, c’était malsain, dangereux, irresponsable et inhumain.

Pourtant il avait toujours la survie de la jeune femme comme priorité, pour l’instant. Aussi, accepta-t-il d’aider Bertefant à utiliser son cristal, de même que Gaëlle. L’Elézen les remercia et les informa qu’actuellement Asuka était enfermée dans une prison de glace, sous la surveillance de Poséïdus, dans le Coerthas Central, et qu’elle souhaitait malgré tout leur parler. Il ne leur vint pas à l’esprit de la contacter par la perle, alors ils acceptèrent de se rendre sur place, d’ici quelques jours.

Malédiction, corruption, quoique ce fut, cela dépassait l’imagination. Non seulement, cela consumait la vie d’Asuka, la changeait en dragon, la rendait surhumain, mais en plus, elle créait une sorte de personnalité qui lui était propre, prenant de plus en plus souvent le dessus sur la jeune femme. C’était la surenchère… Et Asuka souhaitait pourtant conserver une partie de cela. Sans l’assurance que cela ne lui réserve pas d’autres surprises. Sans savoir si l’extraction d’une partie de la malédiction n’allait pas empirer son emprise sur elle. Alors qu’elle était mariée et avait une petite fille de deux ans, elle prenait le risque de laissée une veuve et une orpheline. C’était inimaginable.

Il y avait tant de façons possibles et différentes pour que la chose qui la ronge lui rende la vie pire qu’elle ne l’était déjà. Kyuuji ne pouvait tout simplement pas comprendre qu’Asuka veuille prendre tant de risques inconsidérés pour quelques avantages dont elle ne pourrait tirer aucune fierté.

Malgré tout, Gaëlle et Kyuuji se rendirent à sa prison de glace. La jeune femme maudite s’excusa pour son comportement jusque-là. Cela sonnait comme les dernières paroles de la mourante qu’elle était. Les deux inséparables les acceptèrent naturellement et l’encouragèrent à tenir bon jusqu’à ce que Bertefant procède à l’extraction.

Asuka, extraction

Bertefant avait apparemment terminé ses préparatifs. Sur la perle, il demanda à Gaëlle et Kyuuji de le rejoindre à la prison de glace d’Asuka. La jeune femme n’était pas encore remise de son long jeûne et déshydratation. Le Raen prendrait soin qu’elle ne s’épuise pas. Bertefant leur avait dit avoir besoin d’un important apport d’éther de vent, aussi Kyuuji, qui remboursait par anticipation de grandes quantités d’éther depuis des années, pourrait combler le déficit de Gaëlle sans mettre sa vie en danger. C’était exactement pour ce genre d’occasions qu’il procédait ainsi, et cela lui convenait parfaitement. Il aurait le temps de reconstituer sa réserve d’ici qu’il doive de nouveau puiser dedans.

Les deux inséparables rejoignirent donc Bertefant et Asuka dans le Coerthas. L’Elézen avait déjà commencé à mettre en place son dispositif. Le jeune couple n’avait plus qu’à servir de donneur d’éther. Mais quand Kyuuji prévint que sa compagne n’était pas en état de donner autant que Bertefant le désirait, celui-ci refusa de le laisser combler la différence. Le Raen insista, inquiet, par deux fois supplémentaires, mais rien n’y fit. Bertefant ne l’autorisa à produire plus d’éther que lorsque le cristal fut presque entièrement chargé, juste avant que Gaëlle ne s’épuise. Kyuuji, passablement inquiet pour l’Amdapori, mit son mécontentement de côté pour s’occuper d’elle. Mais il était clair que Bertefant en entendrait de nouveau parler, une fois l’affaire d’Asuka tassée. La liste des choses qui le dérangeaient dans toute cette histoire s’allongeait bien plus que ce qu’il tolérait habituellement. Il ne lui en faudrait plus beaucoup pour ne plus vouloir s’en mêler.

Et voilà que c’en était trop. Asuka, suite à l’extraction d’une partie de l’éther maudit, était maintenant sourde et aveugle, en plus d’être extrêmement affaiblie par l’opération. Le jeune couple laissa la pauvre femme entre les mains de Bertefant et rejoignit la Villa, épuisé, dépité et absolument inquiet. Cette malédiction était vraiment une plaie, Gaëlle et Kyuuji étaient sûres qu’ils en entendraient encore parler. Pour leur plus grand damne.

Gaëlle, Amdapor

Gaëlle avait organisé seule son expédition à Amdapor dans l’espoir de recouvrer la mémoire. Elle avait chargé Venceslas d’obtenir l’autorisation et il l’avait eu sans problème. Afin d’éviter qu’Asuka, qui avait manifesté l’envie de participer à la suite des opérations bien avant de subir son extraction, ne cherche à s’en mêler, Gaëlle avait donné rendez-vous à Kyuuji et Fin chez le Lieutenant de l’Ordre. La jeune femme ne voulait pas exclure Asuka, mais dans son état, c’était tout simplement impensable qu’elle se joigne à eux, Kyuuji était de son avis, et il préférait autant qu’elle ne soit pas au courant pour l’instant. Une fois au complet, ils se rendirent tous les quatre à l’entrée des Vestiges de l’antique Cité.

Amdapor était le berceau de la magie blanche, la cité dans laquelle est était né, s’était développée, avait mûri, grandi. Et avait subi l’assaut de Mhach. Ensuite scellée pendant de longs siècles, la magie blanche réapparue en Eorzéa, tolérée et surveillée de près par la Sylve.

Gaëlle était tout à l’image de la magie blanche. A quelques détails près. Au lieux d’avoir été scellée par la Sylve, elle avait été mise en stase par Nymeia. Au lieux d’être réintroduite en Eorzéa, autorisée par la Sylve, toujours, ce sont les quatre Songes de la précédente expédition qui l’avaient conduite hors des ruines de la cité. Cette seconde excursion a Amdapor venait de tout lui révéler, déverrouillant son sceau de mémoire, lui rendant tous ses souvenirs.

Kyuuji se doutait du trouble, de la douleur et de la peine de la jeune femme, aussi, malgré la curiosité, il ne l’interrogea pas dans l’immédiat et se refusa à le faire avant qu’elle ne montre qu’elle avait accusé le coup. Et pour l’instant, tous avaient besoin de repos. Il raccompagna Gaëlle jusqu’à sa chambre où Fin les quitta pour se reposer de son côté. L’expédition avait été éprouvante, le Raen avait cru à plusieurs reprises, perdre sa compagne, il n’avait aucune envie de quitter sa chambre, il resta longuement assis à côté du lit, lui tenant simplement la main, pour la rassurer, et lui-même aussi. Quand Gaëlle lui demanda, le supplia, de rester pour la nuit, Kyuuji accepta, soulagé qu’elle le propose. Maladroitement, il s’allongea à ses côtés et la prit dans ses bras. Elle vint s’y blottir, voyant une part de sa détresse s’évanouir.

Dans les bras l’un de l’autre, ils s’apaisèrent et finirent par s’endormir. Quelle douce sensation que de serrer la femme que nous aimons dès le réveil. Elle semblait d’ailleurs rassérénée après cette nuit, alors Kyuuji osa lui poser quelques questions sur son passé et comment elle souhaitait qu’il l’appelle, maintenant qu’elle avait recouvré la mémoire. Eavan, ou Gaëlle. Le premier représentait tout ce qu’elle avait été tandis que le seconde représentait le nouveau départ que Nymeia lui avait offert. Mais par respect et à la mémoire de ceux qu’elle avait perdu, elle préférait qu’il l’appelle Eavan. Ce qu’il ferait désormais. Eavan. Eav.

Eavan, corruption et cristal

Les mages blancs avaient pour mission de veiller sur la nature et les esprits de la Sylve, Kyuuji prenait cette mission très à cœur. Quand il avait le temps ou besoin d’argent, il travaillait comme aventurier mais son activité principale était son occupation de mage blanc et de prêtre. Ce jour-là, il avait ressenti un déséquilibre en passant à proximité du camp des Sahuagins, en Noscea Occidentale. Il se doutait qu’il s’agissait certainement d’un corruption mais il vérifia l’éther pour en être sûre, afin de pouvoir aller chercher Eav pour une des dernières leçons sur la magie blanche. La corruption était faible et peu étendue, ce serait parfait pour l’exercice.

Le Raen rentra à la Rêverie et frappa à la porte de sa compagne. La jeune femme accepta de le suivre pour une leçon improvisée, elle connaissait déjà la théorie et les bases de la pratique. Mais la purification des corruptions n’entrait pas dans ses prérogatives de Gardienne à l’époque. Une fois sur place, Kyuuji lui expliqua comment procéder et la laissa essayer. Eav choisit d’abord la méthode douce, celle qui consistait à soigner jusqu’à purifier l’éther. Sans succès. Alors elle tenta la méthode moins délicate, celle-ci consistait à affaiblir la corruption en la combattant avant de la soigner en une seule fois. Cette approche lui correspondait visiblement beaucoup mieux que la précédente. En quelques minutes, la corruption était suffisamment faible pour qu’elle puisse la soigner d’un tour de main, rendant ainsi à l’éther son apparence et son équilibre normal.

Peu de temps après la fin de l’exercice, Eav fut prise d’une très forte migraine, certainement le dernier sceau qui se levait. Kyuuji la ramena chez elle et l’installa dans le canapé, la prenant dans ses bras pour apaiser sa douleur par sa magie. Puis il vérifia l’état des sceaux. Celui de l’esprit venait bien de céder, révélant une dernière protection et réduisant à néant les espoirs du Raen de voir Eav enfin libre de toutes ses entraves. Cet ultime sceau, portait le symbole « Âme ». C’était sans aucun doute lié au cristal d’âme des mages blancs, comme celui qu’elle avait elle-même détruit.

La douleur que ressentit Kyuuji en découvrant cela l’anéantit. Il était terriblement peiné et désespéré, il ne supportait plus la situation de sa compagne. Il n’attendait que de la voir libérée de ses scellées et voilà qu’un dernier sceau, lié à l’âme qui plus est, venait d’apparaitre. Kyuuji n’était pas préparé à cela, il était désemparé. Il supposa que son cristal et ses pouvoirs permettraient de lever cette protection. A l’intérieur résidaient les âmes des précédents porteurs, sous forme de souvenirs, tous des mages blancs, sur plusieurs siècles. C’était la seule solution qu’il vit à travers le filtre du désespoir et de la souffrance. Mais Eav ne voulait rien entendre, elle refusait son cristal. Elle refusait même d’y penser. Et Kyuuji insistait.

Les deux inséparables, habituellement toujours en accord, se tenaient tête, chacun défendant sa position et ses arguments, pour essayer de faire accepter son avis à l’autre. Jusqu’à ce que la jeune femme ne supporte plus de se battre contre lui. A contrecœur, elle se résigna à accepter le cristal du prêtre ainsi que ses pouvoirs. Kyuuji, aveugle qu’il était une fois de plus, ne vit pas qu’il devenait celui qui la forçait à endosser des responsabilités dont elle ne voulait pas. Et quand cela lui effleura enfin l’esprit, le lendemain matin, il était trop tard, elle avait donné sa parole et ne comptait pas revenir dessus. Il devait désormais procéder au rituel pour lui léguer ses pouvoirs sur le cristal de son clan. Pour la seconde fois en moins de deux ans.

Kyuuji se prépara rapidement, il comptait faire le lègue dans sa chambre. Il se vêtit de sa tenue de cérémonie prévu pour ce genre d’occasion et invita Eav à s’asseoir au milieu de la pièce. Le rituel était épuisant, tant physiquement que mentalement pour l’officient. Ce fut aussi le cas pour la jeune femme. Le don avait bien permis de lever le dernier sceau, libérant un afflux de connaissances si grand, entre celles de l’Amdapori et celles du cristal, qu’elle en perdit connaissance. A bout de nerfs, Kyuuji se força à garder les yeux ouverts, priant ses dieux et les Douzes, pour qu’Eav soit enfin libre, jusqu’à ce qu’elle se réveille.

Quand elle reprit conscience, la totalité de ses entraves avaient disparue. Le soulagement était si grand que Kyuuji s’effondra, épuisé et à bout de nerfs. Mais il savait désormais qu’il l’avait forcé à accepter quelque chose contre son gré. Les remords et la culpabilité attendaient déjà dans un coin de son esprit une occasion pour se rappeler à son bon souvenir.