Front

Quelques semaines après son mariage, Kyuuji fut contacté par Venceslas. Son ami voulait le voir et, au son de sa voix, c’était important. Le Raen alla donc le rejoindre chez lui, inquiet.

L’homme l’accueillit sans son habituel sourire et son éther était suffisamment troublé pour que Kyuuji le remarque. Venceslas l’invita à entrer et à s’installer dans son salon. Il n’avait pas besoin de mot pour comprendre que Vence avait quelque chose de grave et d’important à lui dire. Aussi, inquiet, il ne voulut faire durer plus longtemps le silence.

— Qu’y a-t-il, Vence ?

Son ami hésita un bref instant, le temps de trouver ses mots pour formuler sa réponse.

— Je suis mobilisé sur le front, en Gyr Abania. Je pars dans trois soleils.

L’annonce lui en coupa le souffle. Kyuuji resta muet, tétanisé, le temps qu’il réalise. Quand il reprit sa respiration, il laissa échapper un soupire de déni avant de se reprendre.

— Non… Je t’accompagne.

Venceslas secoua la tête, il s’attendait bien à cette requête.

— C’est impossible, Kyu. Seuls les membres titulaires des grandes compagnies sont autorisés à participer aux opérations. C’est la guerre, il faut être militaire. Tu ne peux pas venir.

Kyuuji plissa si fort le front d’inquiétude qu’il s’en donna mal à la tête.

— La guerre… Ala Mhigo ?

— Oui. Un premier pas en tout cas. Nous avons repris la muraille de Baelsar et espérons continuer avec les Marges qui sont derrière elle.

Le Raen secoua la tête, il ne pouvait rien faire et cela le rongeait déjà.

— Je suppose que ça fait partie de tes attributions d’y aller et que rien ne te fera rester.

Venceslas soupira longuement.

— Ça fait bien partie de mes attributions et je ne refuserai pas d’y aller. Nous avons l’opportunité de reprendre des terres à Garlemald, de marcher ensemble. C’est l’espoir de reprendre Ala Mhigo que nous jouons. Et avec cet espoir et cet élan, peut-être que nous pourrons ensuite espérer expulser Garlemald de chez nous !

Kyuuji baissa la tête en acquiesçant. Il le savait, mais il se devait d’essayer même s’il connaissait déjà la réponse. Il y avait d’ailleurs autre chose à tenter.

— Et si je m’engageais aussi ? Je pourr-…

— Non.

Surpris, le Raen releva la tête.

— Non ?

— Non, ne t’engage pas, s’il te plaît, Kyu. La guerre et l’armée t’ont déjà fait assez de mal comme ça.

— L’armée de l’Empire et celle de l’Ordre des Deux Vipères sont bien différentes…

— Certes, mais la guerre reste la même. Tu es prêtre, Kyu. Et tout juste marié de surcroît. Ne t’engage pas, par pitié.

Kyuuji se laissa tomber contre le dossier du canapé. Venceslas avait raison, une fois de plus. L’armée lui avait laissé des séquelles qui n’étaient pas prêtes de guérir. Et il y avait Eav désormais. Il ne pouvait la laisser, il ne se pardonnerait jamais de lui causer autant de soucis. Et elle pourrait aller jusqu’à le suivre. Non, c’était tout simplement hors de question. Avec un profond soupire, Kyuuiji se résigna.

— D’accord. Mais promet-moi d’être extrêmement prudent et de me donner des nouvelles quotidiennement, ne serait-ce qu’en faisant sonner la perle, s’il te plaît.

Un faible sourire se dessina sur les lèvres du Hyur.

— Bien sûr, je te le promets, tous les jours.

— Merci Vence… Soit prudent. Vraiment…

— Je serai sur le front, sur le terrain, j’ai des hommes sous mes ordres, évidemment que je serai prudent.

Terriblement inquiet, le Raen acquiesça en silence. Soucieux de nature, malgré la confiance et les promesses, il se ferait forcément un sang d’encre pour son ami et frère de cœur.

— Merci de m’avoir prévenu avant de partir.

Venceslas rit doucement.

— Je n’allais par disparaître sans t’avertir quand même, t’es bête.

Il réussit à lui tirer un léger sourire mais l’inquiétude ne le quitta pas pour autant.

— Allez détend-toi. Tu vas finir tout ridé et grisonnant avant la trentaine sinon.

Cette fois le trait d’humour fit mouche, Kyuuji sourit plus franchement, amusé.

— C’est bien vrai.

— Voit ça comme l’espoir de repousser Garlemald. Une telle victoire tournera peut-être les regards Eorzéens vers Othard.

— Tu as raison. Eorzéa est plein de ressources et de surprises. Gardons espoir.

Venceslas opinant, souriant.

— Gardons espoir… Un verre ?

Avec un petit rire tendu, Kyuuji accepta l’invitation de son frère. Ils finirent la soirée en se rappelant des souvenirs de leur village natale et se racontant leurs espoirs de revoir un jour leur pays libéré de la présence de Garlemald.

Révélation

Après un passage difficile, et de nombreux textes manquants, l’écriture me revient. Je doute de compléter un jour le trou entre celui-ci et les précédents. Toutes mes excuses.

Ce jour-là, Kyuuji décida de prendre son courage à deux mains pour rendre visite à Ogai. Il demanda à Chikiko de prévenir le dyslexique pour qu’il les attende à l’annexe d’Opale. Inquiet, soucieux et pas rassuré pour deux sous, Kyuuji demanda à sa douce si elle souhaitait l’accompagner. Eavan répondit bien évidemment de façon positive à sa demande.

Arrivés à l’annexe, Kyuuji ressemblait à ce Gyuki liquéfié, pourtant une volonté l’anime, comme c’est le cas depuis les dernières discussions avec Ume notamment.

Le couple monta et entra dans l’annexe. Chikiko les accueillit comme à son habitude, puis elle se fit discrète et disparut derrière les paravents. Ils saluèrent Ogai et s’installèrent tous les trois autour de la table basse.

Installé, le dos bien droit et rigide comme toujours, Ogai regardait alternativement Eavan et Kyuuji.

— La temoiselle m’a dit que vous douliez me voir ?

Le Raen déglutit et opina.

— J’ai quelque chose à vous dire… et je pense qu’en parler de vive voix… est plus convenable.

— Je vous écoude ?

Après une seconde d’hésitation tendue, Kyuuji baissa les yeux et se tripotait les doigts en tremblant.

— Mon nom n’est pas Gyuki… mais Kyuuji… Kyuuji Atagi…

Eavan regarda son époux et lui prit la main, la serrant tendrement pour le rassurer, Ean posé sur son épaule également. Ogai s’étrangla un peu, toussa et dévisagea son interlocuteur.

— Atagi… comme les Atagi ?

Kyuuji, gardant les yeux baissés, serrait doucement les doigts de son épouse et opina. La jeune femme, voyant son époux ne pas réussir à formuler de réponse, prit son relais.

— Vous aviez raison sur un point, Monsieur Mori. Le nom de Atagi est loin d’être courant.

— Mais vous êtes mort ?!

La gorge nouée, le Raen secoua la tête.

— Seulement pour Garlemald… Je me terre en Eorzéa depuis plusieurs année…

Les yeux d’Ogai s’écarquillèrent un peu plus, puis il s’affaissa légèrement en comprenant la situation. Il s’enfonça dans le canapé et se frotta le menton en réfléchissant.

— Hum… alors vous êtes voujours l’héritier… Ah bah pardonnez mon langage, mon sei-…

Kyuuji sursauta et l’interrompit en levant une main tremblante.

— Non ! Non… pas de ça, par pitié. Je ne suis plus personne, surtout pas l’héritier du clan…

Eavan regarda son époux, serrant doucement sa main avant de reporter son attention sur Ogai, sur le point de protester.

— Navrée de vous avoir caché la vérité dès notre première entrevue. Mais c’était une situation plutôt… délicate.

Kyuuji ferma douloureusement les yeux, culpabilisant déjà pour ce mensonge qu’il honnissait tellement.

— C’est de ma faute… C’était nécessaire…

Le garde se redressa et s’accouda sur ses genoux.

— Je comdrend pas… Pourquoi vous faire tasser pour mort ?

Kyuuji cherchait un peu de courage dans le regard de sa douce épouse, puis se lança, sans parvenir toutefois à regarder Ogai dans les yeux.

— Il est arrivé quelque chose, ma sécurité n’était plus garantie au sein de l’armée, il fallait que je parte… Mais tout le village était pris en otage, depuis le… rapt… Je ne pouvais pas prendre de risque… Alors nous avons démanteler notre unité et avons fui, pour la majorité d’entre nous, le plus loin possible… Puis… J’ai été retrouvé… Il m’a… fallut négocier ma liberté… Me faire passer pour mort… était un gage de sécurité pour tout le monde…

Le garde écoutait, un peu dépité. Puis il fronça les sourcils et acquiesce.

— Je peux pas trop juger, c’est pas à moi de le faire. Mais que vous le bouliez ou non, vous restez quand même l’héritier du clan.

Kyuuji serra les dents et détourna le regard, se renfrognant un peu.

— Je ne compte pas prendre la succession…

— Ca, c’est pas à vous d’en décider.

Le ton employé par Ogai était intransigeant. Eavan plissa des yeux en le regardant, se retenant visiblement d’exprimer le fond de sa pensée. Kyuuji relèva ensuite les yeux vers le garde, les sourcils froncé pour le sonder. Il était évident qu’il était attaché aux traditions du clan.

— Que comptez-vous faire, Ogai ?

Le garde se redressa et croisa les bras sur sa poitrine.

— C’est pas à moi d’en décider. Vous êtes léquitimement le successeur, vous avez donc ma loyauté… Jusqu’à ce que le Seigneur décide ce qu’il en est de vous.

Eavan prit son inspiration et osa prendre la parole.

— Quand bien même il est l’héritier de son clan, sa vie durant ses dernières années est à prendre en compte. Il ne peut pas tout rayer ni effacer comme ça sur le bon vouloir de son père.

Ogai planta son regard dans celui d’Eavan, elle put y lire son incompréhension.

— Heu… Raison de plus, si…

Puis il s’adressa à Kyuuji.

— Vous irez mettre ça au clair avec lui, j’espère ?

Déglutissant difficilement, le Raen opina en silence. Ogai se détendit légèrement.

— Bon… ça me suvit pour vous obéir…

Eavan grimaça légèrement et se tourna vers son époux, esquissant un léger et tendre sourire réconfortant.

— Obéir… J’ai du mal à t’imaginer avec des hommes sous tes ordres…

Kyuuji se renfrogna en grognant légèrement et détourna le regard.

— Je ne commande à personne…

Ogai semblait sur le point d’intervenir, mais s’abstint et haussa les épaules. Il n’avait pas besoin qu’on lui dicte sa conduite pour savoir ce qu’il avait à faire. La hyuroise serra la main de son époux, caressant son dos du pouce avant de reporter son attention sur Ogai.

— Navré de la pagaille que cela vient causer.

Le garde haussa les épaules, un peu plus détendu.

— Bah… Je vuppose qu’il fallait mieux l’apprendre maintenant que plus tard.

Eavan opina doucement.

— C’est certain. D’ailleurs… Je comprendrais si vous préférez m’appeller Gaëlle plutôt que Madame Atagi.

Ogai plissa les yeux, se frottant le menton. Il pèsait vraiment la question et tout ce que cela impliquait. Après une longue minute de silence, il haussa encore les épaules.

— Vous êtes mariés… Je peux pas remettre ça en cause…

Kyuuji écarta le sujet d’un vague gestion de la main.

— Ogai, j’aurai quelques questions… maintenant que la situation est plus clair. Concernant le village. Nous allons préparer les opérations avec les hommes que nous avons trouvé.

Le garde arqua un sourcils puis acquiesça.

— Tout ce que vous voudrez, mon sei…

Kyuuji l’interrompit de nouveau en levant la main entre eux deux.

— Pas de ça… Altan et Arei ont fait un peu de surveillance, mais je doute qu’ils aient pu s’approcher suffisamment du village. Est-ce que vous auriez un plan sur lequel nous pourrons nous appuyer ? Je suis parti depuis trop longtemps pour que mes souvenirs soient fiables.

Ogai plissait de nouveau les yeux et interpella Chikiko, lui demandant un papier et une plume.

— J’en ai pas, mais je peux vous en dessiner un.

— Ce sera suffisant.

Une fois le papier et plume en sa possession, Ogai s’attèla à dessiner le plan du village. Terriblement simpliste et grossier. Il représentait le temple et quelques bâtiments ainsi que les axes principaux. Voyant la qualité de son schémas, Kyuuji grimaçait légèrement, mais ils devraient faire avec ses souvenirs pour compléter, et peut-être la description d’Altan ou Arei.


Jugement

Kyuuji suivait son père dans l’arrière salle du temple. Son sceau avait été modifié et il était parfaitement stable, renforcé et harmonieux, il n’avait plus à craindre qu’il cède. Il était désormais l’heure de passer le jugement de son père.

Hironari le fit asseoir au milieu de la pièce tandis qu’il restait debout face à lui.

— Je vais réaliser le rituel qui me permettra de rejoindre ton âme pour la juger. Ce sera douloureux et désagréable mais ne résiste pas, ou ce sera encore pire.

Kyuuji acquiesça en respirant profondément. Il s’était préparé à cela, il savait ce qui l’attendait et il n’avait nullement l’intention d’y résister ou de s’y opposer.

Le grand prêtre attrapa un bâton cérémoniel placé contre le mur et commença le rituel. Comme chacun des rites de la famille Atagi, il se mit à chanter une prière et à danser. Il priait le Kami de lui prêter attention et d’être témoin de son jugement afin qu’il soit juste et objectif. Il le priait également de le guider à la rencontre de l’âme de son fils sans danger. Rapidement, comme animé d’une volonté propre, l’éther ambiant se mobilisa pour suivre les mouvements du Raen. Dans un dernier geste ritualiste. Hironari mena son propre éther à la rencontre de celui de Kyuuji et atteignit son âme.

Le jugement n’était pas sans douleur, comme il l’avait annoncé. Kyuuji se plia en deux durant l’examen de son père, serrant les dents pour ne pas gémir ou crier. Il tremblait de douleurs, serrant les bras autour de lui-même, les yeux fermés et le souffle court. Dans un moment de lucidité, il tenta de discipliner sa respiration et de méditer, ce qui lui permis de ne pas perdre conscience face à cette souffrance de l’âme.

Quand il crut ne plus pouvoir résister, son père quitta finalement son âme, le libérant de sa douleur et de son emprise. Il s’affaissa en avant, se retenant en s’appuyant sur ses genoux en tremblant, essoufflé, presque tétanisé.

Hironari se redressa, le souffle coupé et les yeux écarquillés, plongé dans l’horreur durant quelques secondes. Une fois la surprise et l’assimilation passées, le Grand Prêtre fronça les sourcils et se couvrit la bouche du dos de la main, fermant les doigts comme pour retenir des propos inappropriés. Il ne détachait pas son regard de son fils, qui reprenait son souffle, toujours courbé en avant, les yeux baissés en plein appréhension. Hironari secoua un peu la tête pour reprendre ses esprits et abaissa sa main, son visage exprimait désormais de la peine et de la résignation. Il tourna un instant la tête en direction du sanctuaire dans la pièce d’à côté et acquiesça silencieusement, comme s’il comprenait quelque chose. Puis il reporta son attention sur le Raen.

— Mon fils…

Son ton était encore sévère pourtant il portait une certaine chaleur qu’il ne possédait pas jusque-là.

— J’ai perdu plus que mon successeur quand tu as été emmener par l’armée.

Kyuuji frissonna et détourna la tête, honteux. Il appréhendait la suite, il craignait tellement de décevoir encore plus son père. Le voyant réagir ainsi, Hironari esquissa un léger sourire peiné.

— J’ai perdu mon successeur légitime, Kyuuji, je le sais. Mais j’ai retrouvé un fils et un homme bon. Brisé, mais honnête, loyal et honorable.

Le Raen se détendit légèrement, soulagé par les mots de son père, pourtant il gardait le regard baissé et fuyant. Hironari respira profondément et vint poser une main bienveillante sur celle de Kyuuji.

— Relève la tête, mon fils. Je comprends désormais ce que voient en toi Aobashi et tes amis… ainsi que ton épouse. Tu n’es plus celui que j’ai connu et perdu, tu ne le seras plus jamais. Mais tu es quelqu’un d’autre, un homme bon, qui possèdent d’autres qualités. Et je te les reconnais également.

Procès

Le conseil se réunit pour statuer du cas de leurs deux prisonniers, Iesue et Naotaka, accusés de tentatives de meurtre, meurtre et trahison.

Ce conseil était composé de quatre anciens du village, choisis pour leur sagesse, leur implication, leur investissement et surtout leur loyauté envers Kiyomura. Il formait initialement le contre-pouvoir qui s’opposait et recadrait le chef du village en cas de besoin, mais désormais il s’agissait essentiellement d’apporter soutient, conseils et avis afin d’aider le chef du clan à prendre les meilleurs décisions finales.

Les membres du conseil prirent place dans le bâtiments pour les affaires clanique. Composé de trois hommes et une femme, tous des Raens, tous d’un âge avancé, le conseil contrastait avec le jeune chef du clan. Isshiki n’avait pas encore vingt-deux ans, et venait tout juste de prendre la relève de son père. Pourtant, le conseil semblait avoir confiance en lui. Tous le connaissaient depuis sa naissance, ils savaient quelles épreuves il avait affronté et dans quelles conditions il s’était retrouvé à la tête du clan à la place de son frère aîné. Sa place était légitime malgré son jeune âge.

Ogai, toujours dans son armure de milicien, escorta les deux prisonniers devant le conseil avec l’aide de trois de ses hommes. Lugubre, Iesue tâchait de cacher ses ressentis et son amertume, il faisait de gros efforts pour paraître presque affable. Naotaka avait commencé à le convaincre d’oublier Garlemald dès la fin de leur interrogatoire par Arei, Finaen, Ume et Zaurak. Il était persuadé et convaincu qu’ils n’avaient pas d’avenir au sein de l’Empire et qu’ils ne pourraient s’en sortir qu’en s’exilant dans un endroit où leur passé serait oublié. Malgré son apparente sérénité, il savait que leur vie à tous les deux pouvait prendre la tournure qu’ils craignaient et qu’ils voulaient éviter à tout prix.

Installés sur des chaises et encadrés par la milices, les deux prisonniers dévisageaient leurs juges. Kiyomura était un petit village, tout le monde se connaissait, de visu au moins, mais le conseil était particulièrement connu. Ils arboraient tous une expression neutre, droite mais sévère. A côté d’eux, Isshiki paraissait plus en colère et fatigué, mais il restait droit et calme. Il se leva et ouvrit le procès. Le jeune chef de clan énonça les charges retenues contre les deux hommes. Trahison, tentatives d’assassinat et meurtre. Interrogés, Iesue et Naotaka plaidèrent coupables de toutes les charges mais souhaitèrent défendre leur cause. Naturellement, dans un village aussi pacifique que Kiyomura, la parole leur fut ensuite donnée.

Naotaka présenta ses remords et ses regrets sur leurs agissements. Il expliqua en profondeur ce qui les avait mener jusqu’à une telle situation. Enrôlés de force dans l’armée de Garlemald, jeune et arrachés à leur famille, à leurs repères, ils avaient cru les paroles et l’endoctrinement de Garlemald, particulièrement Iesue. Ne voyant pas d’autre solution pour survivre, ils firent ce qu’il fallait pour être accepter dans l’armée. Ils avaient choisi le camps qui les détenait, celui qui les abritait mais aussi celui qu’ils croyaient supérieur et qu’ils pensaient vainqueurs. Ils avaient été trompés, mais ils avaient choisi d’accepter de l’être, Naotaka le reconnaissait.

Porté par l’endoctrinement, Iesue avait réussi à obtenir le titre de citoyen de Garlemald, mais pas Naotaka. Compagnon d’arme, mais aussi de cœur et dans la vie, Iesue mit au point un plan pour permettre à son compagnon d’obtenir à son tour le titre de citoyen, dans le but de vivre ensemble, au sein de l’Empire. Ce plan reposait sur l’intérêt que porte Garlemald aux Eikons, les primordiaux. Iesue manipula un scientifique afin qu’il s’intéresse au Kami du village. L’ambivalence, la colère et la rage, ainsi que les prières et les prêtres, pourraient certainement mener les Kami à être invoqué comme le sont les Eikon. C’était ce que Iesue avait vendu au scientifique, que ce soit vrai ou pas ne lui importait pas, c’était ce qu’il lui proposa d’expérimenter avec celui de Kiyomura. En échange de résultat fructueux, Naotaka devait être naturalisé. Mais ça ne se passa pas comme Iesue l’avait prévu. Sentant la manipulation venir, ou bien se doutant du peu de résultat qu’il pouvait obtenir, le scientifique ne répondit pas aussi favorablement à la demande d’Iesue qu’il l’espérait, il lui confia des troupes d’une faiblesse affligeante, des hommes inexpérimentés, non entrainés, et à peine disciplinés. Ils n’auraient jamais pu tenir le village si les habitants leur avaient résistés.

Puis quand les troupes Garlemaldaises furent expulsées du village, Iesue et Naotaka surent qu’ils ne pourraient revenir à l’Empire les mains vides. Ils cherchèrent comment rattraper le coup, mais ils étaient coincés. Voyant leur rêve d’être ensemble en paix à Garlemald s’échapper, ils voulurent se venger en tentant d’assassiner Kyuuji et son père. Le premier, parce qu’ils estimaient qu’il avait tout, à l’armée, et qu’il était responsable de la dissolution de leur unité, ce qui les avait mener à être séparer, Iesue et Naotaka. Le second, parce qu’ils le considéraient responsable de leur enrôlement, et de ne rien avoir fait pour les sortir de l’armée par la suite.

Pour le meurtre de Sanji, malheureusement, Naotaka ne pouvait qu’exposer ce qu’il s’était passé. Après s’être introduit chez les Atagi, le chef de la Milice leur était tombé dessus, et ils avaient fuis. Mais Sanji les avait suivis et retrouvés alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer pour quitter la vallée. Refusant de les laisser s’enfuir, Sanji les avait attaqué, et ils durent le tuer pour protéger leurs vies. Naotaka rendit hommage à son talent de combattant et sa détermination. Il regrettait d’avoir eu à le tuer mais ils n’avaient pas eu le choix.

A l’issue de la plaidoirie de Naotaka, Isshiki interrogea les membres du conseil d’un regard, auquel ils répondirent par un hochement de tête. Étonnement, le jeune homme leur demanda s’ils souhaitaient être considérés comme soldats de Garlemald, comme citoyens de Garlemald ou comme membres du clan et habitant de Kiyomura. Pour un village aussi pacifique, cela avait beaucoup d’importance. Dans le premier cas ils seraient livrés à Garlemald comme déserteurs, dans le deuxième cas, ils seraient reconduits à l’Empire comme criminel, et dans le troisième cas, les sanctions étaient à la discrétion du clan. Isshiki leur offrait une opportunité généreuse, Naotaka et Iesue s’en rendaient bien compte. Ce fut Naotaka qui répondit qu’ils désiraient être traités comme membres du clan et habitants du village plutôt que comme des gens de Garlemald.

Les membres du conseil et Isshiki se réunirent ensuite un moment dans le bureau du chef du clan pour débattre de la sanction. Ils convinrent qu’ils ne pouvaient laisser leurs actes impunis, mais le clan avait sa part de responsabilité dans ce qu’ils avaient vécu. Ils étaient tous favorables à l’exil. Les deux hommes seraient libres de faire et d’aller où bon leur semblent tant qu’ils ne mettent plus la sécurité du village en danger. S’ils souhaitaient un jour revenir, ils devraient avoir faire pénitence, leur cas serait tout particulièrement étudier et ils devraient recevoir l’accord de l’Esprit du temple.

A l’annonce de la sanction, les deux traîtres furent soulagés, Isshiki et le conseil leur offraient l’opportunité de refaire leur vie ailleurs, là où leur passé de soldat n’aurait pas d’importance. Et la porte du village ne leur était pas éternellement fermé, si un jour leur cœur leur dictait de revenir.

Toujours considérés comme des criminels, ils n’eurent pas le temps de faire leurs adieux, ni de prendre leurs affaires. La milice les conduisirent à l’orée de la vallée en leur laissant des vivres, de l’eau, du matériel pour plusieurs semaines et une somme de gils suffisantes pour pourvoir à leurs premiers besoins. Exilés mais pas abandonnés, ils quittèrent la vallée et s’engagèrent dans les montagnes. Il n’y avait pas de route, pas de chemin, mais pour des natifs des montagnes, il était aisé de s’y repérer et de trouver les sentiers à suivre. Rapidement ils trouveraient un autre village ou une ville dans laquelle ils pourraient louer des faucons pour poursuivre leur voyage et commencer une nouvelle vie.