Fin D’Arda, une rencontre étonnante

La villa de la compagnie, la Rêverie, était un lieu de paix où se réunissaient régulièrement les membres de la compagnie. Logée à Lavandière, tout près de Gridania, Kyuuji n’aurait pu espérer meilleur endroit pour se détendre après une longue journée.

Cependant, en franchissant le portail du jardin, il sentit un regard insistant pesé sur lui. Une Ao’ra, une Raen, le dévisageait l’air songeur. Elle était petite et menue, comme la majorité des femmes de leur peuple. Ses cheveux argentés avec des touches de rouge, ses cornes et écailles crème tranchaient avec sa peau sombre et cuivrée. Elle n’était pas désagréable à regarder. Mais son regard insistant, vairon bleu clair et ambre auréolé d’argent, aussi troublant qu’envoutant, mettait Kyuuji mal à l’aise. En plus de sa simple présence.

Inconsciente du trouble du Raen, elle fronça les sourcils, songeuse.

— Excusez-moi. Puis-je vous demander votre nom ?

Loin de s’offusqué du manque de politesse, le Raen sourit et la salua à la façon éorzéenne, une main sur la poitrine, l’autre dans le dos et s’inclina légèrement.

— Bonsoir. Bien sûre, je suis Kyuuji Atagi. Et vous êtes ?

La jeune femme parut à la fois surprise, perplexe et gênée. Pour une fois que ce n’était pas Kyuuji qui se mettait dans l’embarras en présence d’une femme, il ne pouvait pas en profiter et fit mine de ne pas le remarquer.

— Oh pardonnez-moi, j’en oublie mes manières.

Elle s’inclina à la manière domienne, le dos bien droit et les mains le long des cuisses. Cela rappela à Kyuuji combien le temps avait rendu la gestuelle éorzéenne naturelle.

— Bonsoir, je suis Fin D’Arda, enchantée.

— Enchanté.

La jeune femme plongea à nouveau dans la réflexion.

— Atagi… Ce nom me dit quelque chose.

Kyuuji laissa sciemment son regard se poser sur les cornes de son interlocutrice, pour éviter son regard insistant mais aussi pour orienter la conversation.

— Vous venez d’Othard, je suppose.

— En effet. Vous aussi j’imagine ?

Kyuuji acquiesça.

Il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’une Raen ait entendu le nom de sa famille. Leur sanctuaire était certes reculé et éloigné de la majorité des villes, il n’en restait pas moins un temple important. Et le nom des Atagi y était naturellement rattaché.

— Ma famille y tient un temple, vous avez surement entendu mon nom à cette occasion.

Elle ne semblait pas satisfaite de cette explication. Elle se replongea dans ses pensées.

— Oui effectivement, maintenant que vous le dites. Mais ce n’est pas ça. Atagi…

En dehors du temple, une autre raison vint à l’esprit de Kyuuji mais il n’en souffla mot, espérant que ce ne soit pas le cas. Soudain le visage de Fin s’éclaira.

— Vous avez fait parti de l’armée vous aussi ?

Kyuuji aurait préféré éviter d’en parler mais il avait le mensonge en horreur. Bien qu’il fût tenté d’éviter la question, il décida d’être honnête. Il aurait fallu un certain culot pour aborder le sujet aussi ouvertement à la première rencontre dans le but de lui porter préjudice. Le Raen soupira, ne pouvant dissimuler complètement l’amertume qui accompagnait toujours le souvenir de cette époque passée à l’armée.

— En effet.

— Je me disais bien que vous correspondiez au signalement de ce déserteur.

Kyuuji fut pris d’une soudaine inquiétude. Depuis qu’il avait déserté, il s’était écoulé presque deux ans et il pensait avoir fait le nécessaire pour être hors d’atteinte de l’armée. Il avait fuit Othard pour se protéger de l’armée et de ses représailles mais aussi pour ne pas impliquer ses proches et son village. Il n’allait pas faire subir cela à ces nouveaux compagnons.

— Où étiez-vous à ce moment là ? Je crains d’attirer les ennuis ici.

Fin réfléchit quelques instants avant de répondre.

— Cela fait un moment, j’étais encore à Othard.

Soulagé, le Raen laissa échapper un soupir. Il n’écarta cependant pas le danger de son esprit mais le rangea dans un coin. A côté de la question qui lui brûlait les lèvres mais dont il s’abstint dans l’immédiat. Plus tard, au fil de la conversation, il apprendra qu’elle était arrivée en Eorzéa que très récemment. Il ne pouvait donc faire aucune supposition sur le risque d’attirer l’attention sur lui.

Il s’apprêtait à aborder un autre sujet quand Fin lui coupa l’herbe sous le pied. Ils discutèrent de l’armée, de la façon dont ils s’en étaient sortis. Kyuuji la trouva évasive. C’était certainement volontaire. Et il n’insista pas. Elle semblait avoir profité d’une occasion pour se faire oublier et passer pour morte. Une bonne stratégie.

Elle rebondit sur le temple Atagi dont il avait parlé, annonçant qu’elle aimerait en apprendre d’avantage. Elle menait la discussion et cela ne déplaisait pas à Kyuuji qui l’invita à s’installer à l’intérieur pour discuter. Elle accepta et ils prirent place dans les canapés, l’un en face de l’autre.

Il évoqua les esprits en lesquels il croyait et le rôle du prêtre dans les villages comme le sien. Un rôle de conseillé, de gardien du savoir et de la religion. Il réalisa qu’il s’était lancé dans un monologue digne d’un cours magistral et s’obligea à lui rendre la parole.

Fin lui parla un peu, et toujours en des termes évasifs, de sa condition. Son village avait été colonisé par l’armée bien avant sa naissance. Le sort réservé aux colonisés n’était pas enviable, considérés comme moins que des citoyens. Elle avait rejoint l’armée dans l’espoir de se voir attribuer le statut de citoyen. Kyuuji crut comprendre que Fin et sa famille étaient des esclaves. Le Raen en fut frappé d’horreur. Garlemald était un fléau, il le savait, mais il n’avait pas la moindre idée de ce que les Domiens pouvaient réellement subir. Sa propre naïveté le rendit malade. Il dut faire un effort considérable pour le cacher, il ne servait à rien d’accabler d’avantage Fin.

La conversation dériva ensuite sur le sort que Garlemald réservait à toutes les formes de culte. La destruction. L’inquiétude de Kyuuji pour le temple et sa famille refit violement surface. Il avait toujours craint la destruction du temple mais avait gardé espoir. Il n’avait jamais été témoin d’un tel acte en dehors du culte des homme-bêtes ayant déjà invoqués leur Primordial par le passé. La nature des Primordiaux était bien loin de celle des entités en lesquelles les Raens croyaient. Kyuuji nourrissait donc l’espoir que tout un pan de la culture de son peuple ne soit pas anéanti par l’Empire. En plus de sa famille.

Le Raen profita d’une occasion pour réorienter la conversation sur des sujets moins sombres. Le nom de Fin D’arda, par exemple. Il n’était pas raen. Fin lui apprit que ce n’était pas son vrai nom, elle s’en servait pour se couvrir par rapport à l’armée. Et elle ne semblait pas vouloir lui en parler. Kyuuji comprenait sa défiance. Il aurait lui-même dû l’être un peu plus. Mais il avait du mal à se défier des gens en général. Un défaut dont il n’avait pas encore particulièrement souffert, au contraire, cela lui avait parfois ouvert des portes en tant que successeur du temple familial. Il ne chercha donc pas à lui demander son véritable nom, préférant gagner sa confiance.

L’évocation de la généalogie plongea Kyuuji dans une forme de nostalgie. Il lui parla de sa famille. Sa généalogie était assez simple. Tous les aînés Atagi prenaient successivement la tête du temple et conservaient ce nom, filles comme garçons, tandis que les autres enfants pouvaient en changer plus librement. Au détour d’une remarque anodine, il songea qu’il portait peut-être encore le sien à tord. Il faisait plus référence à son prénom. Mais avant de se rendre compte de ambiguïté de ses propos, Fin avait sourit presque malicieusement, évoquant les efforts qu’il faisait pour suivre sa vocation et qu’il était certainement digne de le porter. Elle avait raison, sans même le savoir. Le prénom du Raen était la raison même qui l’avait poussé à renouer avec son passé. Bien sûre qu’il était Kyuuji Atagi, l’héritier du sanctuaire Atagi. Même s’il était sur un autre continent et que son temple était peut-être détruit.

Ni l’un ni l’autre ne réalisait que le temps passait. Les heures s’étaient succédées et ils continuaient à échanger. Kyuuji se surprit parfois à être mal à l’aise face à cette Raen au regard troublant et parfois il avait l’impression d’être en face d’une personne en quête d’aide. Il voyait une jeune femme dont l’esprit découvrait à peine la liberté, qui ne demandait qu’à trouver sa place dans un monde inconnu et étranger. Il fit un court parallèle avec sa propre histoire mais l’écarta rapidement. Leurs histoires étaient tellement différentes. Parfois similaire, quelques points communs, certes, mais en rien comparable.

Fin voulait en apprendre plus sur ses origines, sur sa culture, sur cette force mystérieuse qui l’avait menée jusqu’ici, en Eorzéa et vers les Songes. Il pouvait lui fournir quelques réponses mais elle devrait trouver les autres. Cependant, elle n’était pas entièrement honnête. Elle ne lui faisait pas encore confiance. C’était normal. La confiance se gagne avec le temps. Et ils venaient tout juste de se rencontrer. Bien qu’ils discutèrent jusqu’à très tard cette nuit-là.

Fin D’Arda, quand l’armure magitek tombe en panne

Kyuuji rêvassait à Gridania. Le Perchoir était comme une seconde maison. Ou bien était-ce devenu son véritable foyer ? La Rêverie et le Perchoir se disputaient la place de choix dans son cœur. Mais qu’importe l’ordre, il aimait ces deux endroits aux ambiances, aux mœurs et aux habitudes tellement différentes. Selon son humeur, il préférait l’un ou l’autre. Alors qu’importait l’ordre, il était ici chez lui. Les allés et venues des clients et des serveuses de la taverne formaient une étrange danse dont seuls les plus experts pouvaient espérer ne bousculer personne. Il n’était pas tard et pourtant, les danseurs étaient déjà nombreux. Kyuuji les observait en silence quand une voix connue s’exprima sur la perle. C’était tellement peu fréquent qu’il en sursauta. — Kyuuji… Vous m’entendez ? C’était Fin. Kyuuji porta la main à sa corne et effleura la perle pour l’activer. — Fin, bonjour. Je vous entends. — Non, on t’entend pas. Cette voix féminine était inconnue au Raen. Il décida de ne pas répondre, ne connaissant pas son interlocuteur, il ne savait pas comment réagir. Fin sembla ne pas en tenir compte non plus. — Ah… J’aurais besoin… d’un peu d’aide, s’il vous plaît… Évasif. Fin était décidemment souvent évasive. Kyuuji haussa les épaules. Au Perchoir parler tout seul ne paraissait pas étrange. La majorité des clients étaient des aventuriers et les réseaux de perles étaient monnaies courantes. — De l’aide ? Que puis-je faire pour vous ? Presque en même que le Raen, un homme prit la parole. Kyuuji reconnu la voix de Greil. — Qu’est-ce qui se passe ? — Pour ma part ça va être compliqué là tout de suite. La même voix féminine que précédemment. Kyuuji, qui n’avait pas beaucoup l’habitude des conversations par perle, fut envahi d’une soudaine appréhension. Entre les voix d’inconnus, l’absence de repères facials ou corporels, les discussions ne lui semblaient pas aisées. — En Coerthas occidental, continua Fin d’une voix hésitante. J’ai eu… un accident… L’appréhension du Raen se mua en inquiétude. Un accident ? Dans le Coerthas occidental ? — Tout va bien ? Dans quel coin ? S’ensuivit une courte hésitation, faisant grandir l’inquiétude de Kyuuji. Il s’efforça de garder son calme, le Coerthas occidental était bien trop grand pour pouvoir y chercher quelqu’un à l’aveuglette. — Vers la frontière… Avant-pays dravanien… La voix de Fin était entrecoupée. Le Raen espéra que ce ne fut pas à cause de son état. Kyuuji se levait déjà. Il déposa rapidement de quoi payer sa boisson et se dirigeait vers la sortie du Perchoir. L’avant-pays dravanien. Au nord-ouest du Nid du Faucon. Il lui faudrait s’y rendre par le réseau d’éthérite puis appeler son griffon. Comme réglé sur la même horloge, Kyuuji et Greil parlèrent au même instant. — Je me rends au Nid du Faucon, dit le premier, je pars à votre recherche. — Je viens te chercher, renchérit le second. Il secoua la tête. Il n’appréciait vraiment pas la perle. Il y avait trop de risque d’incorrections de la sorte sans les indices d’une conversation de vives voix. — Merci, répondit faiblement Fin. A peine Kyuuji était-il dehors qu’il se plongea dans les flux d’éthérites de transports et se dirigea vers Nid du Faucon à force de volonté. Ce mode de transport était très pratique, à condition de savoir où on allait et de s’être harmoniser avec l’éthérite de destination au préalable. Pratique mais perturbant. Et coûteux. Partir de Gridania et arriver quelques instants plus tard dans le Coerthas. Cela représentait un sacré saut géographique. Kyuuji fut assailli par le climat rude du Coerthas. Il enfila rapidement son manteau par-dessus sa chemise et appela son griffon. Le Raen survolait à basse altitude la région proche de la frontière avec l’avant-pays dravanien. Il commençait à s’alarmer, craignant de ne pas réussir à trouver Fin quand il aperçut deux silhouettes. En s’approchant il reconnu la petite Raen et Greil. Soulagé, il fit atterrir son griffon et sauta au sol. Bien que tous deux debout, Fin semblait faible et l’éther venait d’être manipulé. Apparemment, l’armure magiteck de la Raen était tombée en panne. À cette évocation, Kyuuji se souvint qu’elle avait vraisemblablement passé de longues années au service de l’armée de Garlemald. Il n’y avait rien d’étrange qu’elle possède sa propre armure magiteck. Et elle savait certainement mieux l’entretenir que lui-même. Greil possédait un oiseau magestueux, capable de transporter deux personnes, il fit donc monter Fin derriere lui et le trio rejoignit le Nid du Faucon. Plus rapide que la monture de Kyuuji, l’oiseau de Greil le distança rapidement. Heureusement que la journée n’était pas au brouillard ou à la tempête, le Raen n’aurait su retrouver son chemin si la visibilité avait été plus mauvaise. Bien qu’il les eût perdus de vue, Kyuuji ne força pas l’allure, il se doutait que Greil déposerait Fin dans un endroit où elle pourrait se réchauffer et se reposer. L’auberge du Nid du Faucon était l’endroit tout indiqué. En se posant lourdement sur la place de l’éthérite de transport du Nid, le griffon souleva une fine pellicule de neige. Kyuuji ne fut pas surprit de ne pas voir le destrier du guerrier. Il fit un signe de la main et le griffon s’envola et retourna vaquer à ses occupations. Comme il s’y attendait, Fin et Greil étaient à l’auberge, attablés en face du feu. Ils profitèrent de la chaleur du feu de cheminée pour discuter. Le climat, bien sûr, fut le sujet de conversation tout choisit. La gêne de la jeune femme était palpable, les deux hommes jouèrent d’anecdotes pour dédramatiser la situation. Cela sembla fonctionner, elle rit même à l’image d’un Kyuuji soignant ses coups de soleil dans le Thanalan. Fin finit par offrir un verre aux deux hommes et la conversation dériva sur la panne de son armure magiteck. La réparer ne lui poserait pas de problème, mais elle craignait de ne trouver facilement des pièces de rechange. Il y avait bien la manufacture d’Ishgard, mais ce n’était pas forcément une bonne idée pour une Raen. Greil proposa de prendre contact avec des ingénieurs à Mor Dhona. Cette idée sembla rebuter également Fin. Elle voulait éviter les réfugiés de Doma qui s’y étaient regroupés. Ce n’était pas étrange, aux vues de son passé dans l’armée de Garlemald, et Kyuuji ne fit aucun commentaire dessus en présence de Greil. Ce n’était pas à lui d’aborder ces sujets. Finalement, Geil proposa l’aide de la compagnie. Une certaine Lya pourrait aider Fin avec son armure magiteck. La Raen en fut soulagée et accepta son aide. Avec une solution pour son armure magiteck, Fin réorienta la conversation vers les réfugiés de Doma, demandant à Kyuuji pourquoi il n’avait pas prit contact avec eux. Le Raen esquiva maladroitement la question, prétextant qu’il n’en avait eux vent que récemment. Mais la raison était tout autre. Il refusait de se rendre au Glas des Revenant à cause de Venceslas. Le Hyurois s’y était exilé à la suite de leur dispute et il n’avait aucune envie de le voir ou de lui parler. Ils ne pouvaient pas non plus discuter des réfugiés de Doma sans parler de leur rébellion. Celle-ci avait été sanglante et les représailles avaient dues être terribles. A cette évocation, le Raen ressentit une vive douleur qu’il ne put dissimuler complètement. Il remarqua que Fin se crispa également sur son verre. Kyuuji se sentit obliger de tempérer un peu ces mauvaises nouvelles. Mais il n’y croyait qu’à moitié lui-même. Alors quand Fin se leva pour prendre l’air, il ne put lui en vouloir. Greil profita de ce moment pour retourner à ses occupations. Après son départ, Kyuuji prit un instant seul pour réfléchir. Il n’arrivait pas bien à cerner le guerrier. Il lui avait trouvé un certain manque de tact mais se refusait de le juger, ne sachant rien de lui. Kyuuji l’avait rencontré qu’en une occasion, pour récupérer la perle de la compagnie et l’accès à la Rêverie. Et ils n’avaient guère discuté. Puis il écarta mentalement le sujet, se rappelant que Fin était dehors, dans le froid et encore affaiblie. Kyuuji et Fin se retrouvèrent alors seuls à l’extérieur. La Raen semblait vouloir lui parler de l’armée et de sa famille. Mais elle était frigorifiée et ils se trouvaient à proximité d’un garde Ishgardais qui ne les regardait pas d’un très bon œil, autant ne pas attirer plus l’attention que nécessaire. Il lui proposa donc de retourner à l’intérieur pour en discuter plus discrètement. Ce qu’ils firent. Les deux Raens s’installèrent à une table leur offrant un peu d’intimité. Fin lui apprit que son père avait réussi à obtenir le statut de citoyen garlemaldais et que certains de ses privilèges lui avaient été transmis. Elle craignait certainement d’être jugée pour cela. Si Kyuuji comprenait bien, elle était considérée comme citoyenne et avait certainement réussi à obtenir un poste à responsabilités dans l’armée. Il supposait que seuls les officiers voyaient passer entre leurs mains les avis de désertions. Cette déclaration le bouleversa plus qu’il le pensait. Réveillant sa rancœur pour Garlemald, ses souvenirs douloureux de l’armée et l’étrange sentiment qu’elle n’était pas encore tout à fait honnête avec lui. Parler de sa famille la fit s’interroger sur celle de Kyuuji. Mais il n’avait pas de nouvelle depuis qu’il avait été enrôlé. Les deux Raens se présentèrent mutuellement des excuses. Elle pour avoir passé sous silence certaines choses, et lui pour avoir fait des suppositions erronées. Après cela, la conversation se fit plus légère, détendant un peu l’atmosphère. Ils parlèrent de son rôle de prêtre et de leur formation en magie. Kyuuji avait été formé par son père, un homme sévère mais toujours juste, qui avait menée sa formation à la baguette. C’était une tradition familiale, le rôle de grand prêtre du temple allant d’aîné en aîné à chaque génération. Ils discutèrent sur les traditions et les rizières un moment avant que la fatigue n’emporte Fin.

Premier choix

Après avoir rejoint les Songes de Nymeia, Kyuuji rencontra quelques uns de ses nouveaux compagnons. Notamment Fin D’arda. Une Raen qui avait souffert du joug de Garlemald. Elle avait fait partie de l’armée et semblait en être citoyenne. Elle naviguait actuellement dans le doute et l’incompréhension. Kyuuji voulut l’aider à se trouver une place en Eorzéa et essaya de comprendre son histoire qui se révéla bien plus complexe qu’il le pensait. Certaines déclarations de Fin firent remonter sa rancœur pour Garlemald, mais il tenta d’en faire abstraction, elle avait quitté l’empire de son plein gré après tout. Et même si elle avait beaucoup de travail à faire pour s’en libérer totalement, elle semblait sur la bonne voie, à condition d’être bien entourée, de l’avis du Raen.

Il participa à la cotisation pour l’anniversaire de la Compagnie. Pour réunir des fonds, il effectua un mandat d’escorte. Le jeune homme, Eleazar Sandre, qu’il escorta était un apprenti occultiste qui se rendait à Gridania pour y continuer ses études. Le trajet se passa sans trop de problèmes. Quelques Amal’jaa, des fourmis géantes, des busards à éloigner, mais rien d’insurmontable. Eleazar lui posa des questions sur ses origines et Kyuuji sembla lui laisser une bonne impression. De plus, le Raen lui montra un aspect de la magie des élémentalistes qui attira l’intérêt du jeune homme. La mission remplie, il donna la totalité de sa récompense à Minki pour contribuer à l’achat d’une pierre précieuse pour la Compagnie.

Kyuuji fut contacté par la remplaçante de sa marraine, Elisabeth. Elle lui donna rendez-vous à la masure de l’ermite pour y suivre un rite d’initiation. Après une rapide présentation de l’organisation interne de la Compagnie, la Miqo’te le plongea dans un rêve. Dans ce songe, Kyuuji se vit sauver une dryade d’un groupe de jeunes, puis la sauver des mains de ravisseurs. Enfin, il se rendit à l’arbre de l’orée pour tenter d’endiguer le mal qui le rongeait. Avec l’aide d’E‑Sumi‑Yan, la corruption fut repoussée et Kyuuji retourna à la réalité. L’analyse du rêve de Kyuuji ne permit pas à Elisabeth de trancher en faveur des conquérants ou des érudits. Elle lui demanda alors son avis. Le Raen préférait rejoindre les érudits, prétextant que l’aventure n’était pas sa vocation.

Seulement, il choisit ce groupe dans l’espoir de se détacher du front, mais il ne savait pas s’il le pouvait, ni s’il pourrait se rendre utile autrement. A peine seul, il doutait déjà. Ce n’était pourtant pas dans ses habitudes…

Deux secondes

Greil semblait intéressé par les capacités magiques de Kyuuji. Il lui donna rendez-vous pour lui parler d’une mission pour laquelle il requierrait son aide. Le chevalier lui exposa alors les tenants et aboutissants de cette mission. Il s’agissait de se rendre dans le Coerthas pour éliminer un officier de l’Empire surnommé Deux secondes. Cet officier opérait de loin, avec un prototype d’arme à feu de l’armée duquel il tirait son surnom. La puissance de tir était telle que le coup de feu était entendu deux secondes après être touché. Greil cherchait donc un mage capable de se protéger d’un tel tir. Un mage Ao ra, plus exactement. La particularité des cornes dans la perception des sons et de l’espace permettrait à Kyuuji de sentir le tir venir et d’y survivre grâce à ses protections magiques. En résumé, Kyuuji devait faire l’appât pendant que Greil éliminait Deux secondes. C’était une mission dangereuse, mais le Raen l’accepta. Sur place, la mission se déroula bien. Seulement alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre une blessée, le chevalier se fit tiré dessus par un soldat mourant. La réaction, la guérison et les propos de Greil laissaient Kyuuji perplexe, mais il lui promit de ne parler à personne de cette histoire. Ils ramenèrent la blessée, un soldat de Garlemald, à la Rêverie à la demande du chevalier, et contre l’avis du Raen. Mais Kyuuji se plia à la volonté de Greil et se proposa même pour aider la captive à se remettre de ses blessures.

Alors que Kyuuji se reposait, il se remémora sa mission avec Greil. Il s’était laissé emporter par sa rancœur contre l’Empire. Il était soulagé que le chevalier n’ait pas assisté à son accès de rage, mais ne se pardonnait pas d’avoir réagit aussi exagérément et contre ses principes. Il aurait pu s’agir de ses anciens compagnons. Il avait révélé une part obscure qu’il aurait voulu garder pour lui. Kyuuji se plongea dans une forme de mélancolie, déchiré entre le dégout qu’il éprouvait pour Garlemald et la peine qu’il ressentait pour les hommes forcés à rejoindre l’armée pour survivre. Ses anciens camarades, les Infortunés, lui revinrent à l’esprit. Ainsi qu’une pensée fugace à propos de Fin.

Cet épisode fit remonter le doute en Kyuuji. Avait-il rejoint le bon groupe ? Les érudits n’étaient-ils pas censés garder la tête froide ? Son comportement correspondait plutôt au groupe des conquérants… Et que faire pour rester lucide quand il serait de nouveau confronté aux Impériaux ?

Tiadoroppu Kesshô

Un courrier lui arriva un jour par Mog poste. Minki s’enquerrait auprès de lui au sujet du cadeau qu’elle destinait à la compagnie. Un cristal appelé Tiadoroppu Kesshô. Kyuuji pouvait lui apprendre ce qu’il savait. Il lui répondit par courrier qu’il s’agissait d’un cristal aux vertus bien réelles qui revêtait une importance particulière auprès des clans d’Othard. Il s’inquiéta d’en savoir sur le marché et le fit savoir à Minki. Ils se rencontrèrent plus tard pour discuter. Rapidement rejoint par Vherkin. Une personne étrange mais intéressante, visiblement l’épouse de Minki. La situation, déjà étrange pour Kyuuji vira littéralement à la gêne pour lui lorsque les deux Lalafelles s’assirent de chaque côté de lui, tellement proches qu’il se sentit à l’étroit. Son cœur menaçait de rompre, il se sentait mal mais il essaya d’en faire abstraction lorsque le sujet revint sur le Tiadoroppu Kesshô. Kyuuji souleva l’idée qu’il aurait été volé et Minki voulu enquêter. Le meilleur endroit pour se renseigner était le Glas des Revenants. Mais il ne voulait pas s’y rendre, sachant que c’était là que Venceslas s’était exilé. Kyuuji dût faire part de la situation pour décliner la demander de Minki. Vherkin se proposa pour résoudre son problème et le Raen lui expliqua que ce n’était pas nécessaire. Après tout, avoir coupé tout contact avec Venceslas était la pire souffrance qu’il pouvait lui infliger – le plus incroyable était que cette vengeance lui était venue sans y penser. Minki lui assura alors qu’elle trouverait certainement d’autres personnes pour enquêter au Glas, qu’il n’avait pas à s’inquiéter et il l’en remercia.

À sa visite à la Rêverie suivante, un message de Minki avait été affiché sur le tableau des Songes. Il y avait même quelques personnes se proposant de l’aider. Soulagé, Kyuuji se retrouva en proie à ses incertitudes et ses doutes. Avoir parlé, même en des termes très évasifs, de Venceslas fit remonter sa rancœur à la surface. Cela faisait presque un an et il n’arrivait toujours pas à s’imaginer lui pardonner sa trahison. Pourtant au fond de lui, son ami lui manquait. Il était son frère d’une certaine manière et il voulait réussir à oublier sa rancœur. Mais ce n’était pas pour tout de suite. Il était encore trop tôt.

Raison

Kyuuji rencontra Greil dans son bureau et lui fit part de ses doutes concernant la dernière mission. Le second des Songes le rassura quant à la position de la compagnie par rapport à la guerre. Il trouvait cet ordre idiot, la guerre n’était pas un jeu. L’injonction n’était pour lui qu’un détail qu’il fallait supprimer ou contourner. Il était même prêt à aller contre cet ordre si l’enjeu en valait la peine. Pour ce qui était de la mise à l’épreuve, le guerrier voulait s’assurer de la motivation des Songes, il voulait être sûr des personnes à qui il confiait une telle arme. Kyuuji ne l’avait pas compris ainsi, et son sens réel le rassura d’autant plus dans le fait qu’il pouvait continuer à lui faire confiance, en tant que commandant. Greil le surprit en lui assurant qu’il considérait le Raen comme un élément important et sur qui il savait désormais pouvoir compter. C’était exactement le genre de relation que Kyuuji voulait entre son commandant et lui. Une relation de confiance mutuelle. Il était satisfait de ne pas s’être tromper. Honoré d’être ainsi estimé, Kyuuji quitta le bureau de Greil apaisé, rassuré et confiant pour la suite des évènements.

Tiadorropu Kesshô

L’investigation de Minki, Fin et Asuka sur le Tiadorropu Kesshô les avait menées dans le Mor Dhona. A leur retour, Fin apprit à Kyuuji qu’elles avaient obtenu de nombreuses informations. Le cristal que Minki convoitait était authentique et son pouvoir n’avait pas disparu comme cela arrivait aux autres cristaux importé de Doma. Ce cristal n’avait certainement pas appartenu à un clan auparavant, d’après leurs suppositions. De plus, un membre du clan Kanruisekiei, créateur de ces pierres et parvenu en Eorzéa, avait disparu avant d’arriver à Mor Dhona avec les autres réfugiés. Elle aurait été vue à la baie des Vêpres pour la dernière fois. Minki avait aussi obtenue un portrait de cette personne, une Raen. Les trois jeunes femmes qui avaient menée l’enquête jusque-là étaient décider à la poursuivre pour retrouver la disparue. Kyuuji se porta volontaire, maintenant qu’il n’était plus question de se rendre au Glas des Revenants, il était tout décider à les aider. Fin, Nodoka, Minki et Kyuuji se rendirent donc à la baie des Vêpres pour remonter la piste du Tiadorropu Kesshô et de sa créatrice. Ils rencontrèrent un dénommé Ivan, qui semblait avoir rencontré la demoiselle et voulait participer aux recherches. Cet homme se présenta comme un marchand et se montra perspicace, mais également suspect.
La piste que le groupe de Minki suivait les mena d’abord jusqu’à la gare de Roncenoire. Ils interrogèrent les gardes et les marchands concernant la disparue et les réfugiés de Doma. Le passage de la caravane des réfugiés avait marqué les esprits, et la personne qu’ils recherchaient aussi, apparemment. Les témoignages des lames de cuivres en poste à la gare assuraient qu’elle était bien passée par là avec la caravane.
Poursuivant leur piste, Fin, Nodoka, Minki, Kyuuji et l’étrange Ivan, se rendirent jusqu’au camp des Os desséchés. Là, les informations qu’ils obtinrent étaient moins convaincantes. Certains témoignages disaient que la jeune Raen disparue avait été vue avec la caravane, tandis que d’autres témoignages venaient contredire les premiers, elle n’avait jamais été vu ici, même parmi les réfugiés. A court de témoignages cohérents, la piste semblait perdue. Les Songes décidèrent de repartir de la seconde piste qu’ils possédaient, les boutiques du « Rubis sur l’ongle » qui avaient participé activement au déplacement des réfugiés Domiens.
Se rendant à Ul’dha, les Songes interrogèrent les joailliers. Autant, ils ne cachèrent pas connaitre les Tiadorropu kesshô, autant ils ne semblaient pas en faire le commerce. Ce fut d’ailleurs un moment de solitude pour Kyuuji, lorsque la vendeuse qu’ils interrogèrent, une Raen qui plus est, se montra particulièrement avenant et entreprenante à son égard.
Heureusement, ils décidèrent de rapidement retourner suivre les traces de la caravane, en repartant depuis Horizon. Sur place, Kyuuji apprit qu’un membre des lames de cuivres enquêtait sur des disparitions constatées parmi les réfugiés Domiens. Ce lame de cuivre avait été retrouvé mort et son supérieurs était parti à son tour enquêter sur son décès. Comprenant qu’il y avait certainement un lien entre les deux affaires, Minki, Fin, Kyuuji et Ivan décidèrent d’aller s’adresser à cet officier et retournèrent dont à la Gare de Roncenoire.
L’officier et son équipe étaient en plein deuil lorsque les Songes accompagnés d’Ivan le rencontrèrent. Il leur apprit que son homme avait été tué, probablement par un groupe qui venait de la direction des mines. Sans plus attendre, les Songes s’y dirigèrent. Ils découvrirent un campement tout juste abandonné. Les traces laissaient pensées qu’un groupe de quelques chevaux venait à peine de quitter les lieux, la poussière laisser derrière eux n’était même pas retombée au sol.
Impulsive, Fin décida de suivre leurs traces, Minki l’accompagna sans hésiter, laissant Kyuuji et Ivan seul pour fouiller le campement. Faisant le tour des bâtiments, il devint évident que les occupants l’avaient quitté précipitamment. Dans une petite maison, le Raen découvrit enfin ce qu’il était advenue de la jeune femme disparue. Elle avait été retenue prisonnière dans ce camp. Et torturée.
Les rejoignant rapidement, Fin et Minki découvrirent l’horreur à leur tour. Plus remontés que jamais, le trio de Songes se relança à la poursuite des ravisseurs. Ils les rattrapèrent au Bazar Argenté, ils s’apprêtaient à prendre la mer. Les deux Raen durent se battre contre eux pour secourir la jeune femme tandis que Minki allait chercher de l’aide. Mais cela ne leur posa aucun problème. Bien qu’élémentalistes tous les deux, Fin et Kyuuji savaient très bien se battre, usant de la force de la terre et de l’eau, ils mirent rapidement en déroute les ravisseurs. Puis ils secoururent la jeune Raen prisonnière, Yukina. Ils la soignèrent et lui trouvèrent un endroit où se reposer le temps qu’elle reprenne des forces. Ensuite, Minki et Fin escortèrent Yukina jusqu’au Glas des Revenants pour rejoindre les autres réfugiés de Doma.

Fin D’Arda, une épreuve pour une amitié sincère

Les derniers évènements de la Compagnie, avec les essaies de Greil sur l’Essentia Arma, avait poussé Kyuuji à le suivre pour quelques jours. Emmené loin des impériaux par le guerrier, la rage du Raen disparu presque aussi rapidement qu’elle était arrivée. En quelques minutes, son esprit était de nouveau clair. Il réalisa douloureusement les conséquences de ses actes.
Suivre ainsi Greil était synonyme de se mettre toute la Compagnie à dos. Malgré ses amitiés, malgré ses affinités, malgré ce qu’il avait fait jusque-là. Kyuuji savait pertinemment que les Songes ne retiendraient de lui que cet acte. Une trahison de leur point de vue. Le cœur serré, il visualisa les visages des Songes un à un, craignant de ne plus jamais les revoir.
Il revit Yukina, il l’imagina en larmes, celles-ci se cristallisant avant même de toucher le sol. Son cœur se serra un peu plus. Kyuuji revit Vherkin essayer de l’estropier, lui reprochant sa haine, oubliant déjà les services qu’il lui avait rendu. Sa peine s’alourdit un peu plus. Il visualisa Elisabeth, qui avait voulu de les mettre en garde, qui l’avait soutenu et lui avait fait passer le test des Songes. Elle semblait terriblement déçue. Sa douleur augmenta un peu plus. Le Raen revit aussi Shan, étourdit devant ses actes, il ignorait certainement tout de sa haine et de son besoin de vengeance, le Myqo’te ne pourrait certainement pas comprendre. Son tourment s’intensifia un peu plus.
Kyuuji imagina la surprise et l’incompréhension de Sylfeline lorsqu’elle apprendrait l’issue de cette soirée. Sa douleur se fit plus grande encore. Il se remémora la façon dont Rashaza avait essayé de l’empêcher de rejoindre Greil, envoyant Vherkin sur lui, elle ne voulait certainement que le protéger, à sa façon. Sa peine lui retourna l’estomac. Il revit l’incompréhension s’emparer de Lhei, déjà blessée et épuisée quand il décida de suivre Greil. Sa douleur lui tordit la gorge. Il se remémora un mot, sorti de la bouche de Skeyl. « Traitre ». Il déglutit en fermant les yeux. Enfin, il entendit de nouveau la supplique de Fin, enjoignant les Songes de les laisser partir, Greil, Arek, Fafnir, Nergui et lui-même. D’une voix faible, cassée, suppliante, alors que le Second des Songes les emportait déjà. Il ravala ses larmes et ses cris de colère se muèrent en un grognement. Puis l’instant d’après, ses pensées furent envahies.
Fin avait toujours été là pour lui alors qu’elle avait ses propres problèmes à régler. Elle avait toujours été un soutien inconditionnel. Il n’avait pas réalisé à quel point elle était importante pour lui. Leur amitié n’était pas feinte contrairement à d’autres. Leur respect était réel et important. Plus qu’une amie, Fin était comme sa protégée. Et il venait de l’obliger à subir une telle épreuve. Celle de le voir enrager puis renier tout ce qu’il était, et tourner le dos sans un mot. Sans même prendre en considération ses avis ni ses sentiments. Qui était-il pour croire qu’il pouvait aider qui que ce soit alors qu’il n’était même pas capable de prendre en compte l’avis d’une amie…
Kyuuji réalisa douloureusement que Fin avait dû percevoir son acte comme la pire des traitrises. Il réalisa que la jeune Raen devait être bouleversée, perdue. Qu’elle devait lui en vouloir. Ou pire, s’en vouloir à elle-même. Et il en était en partie la cause. Il cherchait déjà la façon dont il pourrait réparer tout le tort qu’il avait causé quand la voix de Greil le tira de ses pensées.
Il fallait reprendre la route, tous cinq avaient un travail incommensurable à mener à bien mais très peu de temps pour le faire. Et le Raen avait une tâche secrète à garder en tête. Sa décision de suivre Greil n’était pas uniquement motivée par sa haine ni sa vengeance, mais aussi pas sa crainte de le voir déraper alors qu’il n’avait plus de temps. Le temps, justement, était la variable la plus importante en ce moment, Kyuuji l’avait compris récemment. Il ne devait pas l’oublier. Ni en parler à qui que ce soit, il l’avait promis.

Arek Qor, l’autre

Au cours des dernières lunes au sein des Songes de Nymeia, Kyuuji avait eu l’occasion de croiser Arek Qor à plusieurs reprises. Il n’arrivait pas bien à le cerner. Le jeune homme, un mince Hyurois, lui avait paru intransigeant, abrupte et instable. Arek s’était montré aussi froid qu’insensible lorsqu’il fallut détruire le laboratoire scientifique garlemaldais. Puis il s’était montré intéressé par la requête de Venceslas, participant à l’interrogatoire de Kyuuji. Ensuite, il s’était révélé d’une grande vivacité d’esprit au procès alors qu’il était membre du jury. Plus récemment, devant les recherches allagoise, Arek s’était montré d’un enthousiasmant intérêt, contrastant avec son apparente froideur.
Kyuuji avait relevé quelques détails troublant également. Arek avait activé à plusieurs reprises un module de recherches qui semblait capable de collecter des données. Mais surtout, il semblait avoir un grave problème de santé. Respectant son silence là-dessus, le Raen n’en avait parlé à personne, mais il s’inquiétait de son état. De plus, il montrait une sorte de dédoublement de la personnalité. Tantôt doux et chaleureux, tantôt froid et insensible. Kyuuji n’avait pas eu l’occasion de discuter avec lui, il ne savait rien d’Arek. Et Arek de son côté ne semblait pas enclin à lui parler, alors il respecta son silence.
Pourtant, ce soir-là, l’homme contacta Kyuuji sur la perle, demandant à s’entretenir avec lui. Ils se retrouvèrent à la souche de la Résurrection, là où le Raen s’était rendu pour méditer ses erreurs. Arek voulait lui témoigner son soutien après l’épreuve qu’ils avaient vécue ensemble. Mais quelque chose attira tout de suite l’attention de Kyuuji. Quelque chose avait changé, et pas seulement sa coupe de cheveux.
Arek proposa à Kyuuji de se tutoyer, après tout, ils pouvaient certainement se considérer comme proches. Le Raen se surprit à accepter et à n’avoir aucun mal à abandonner le vouvoiement. C’était vrai qu’ils avaient vécu des expériences désagréables ensemble dernièrement et le Hyurois le souligna une nouvelle fois. Puis il lui parla de lui.
Son histoire était incroyable, compliquée et tortueuse. Arek lui expliqua qu’il souffrait d’un dédoublement de la personnalité, il parlait de lui-même comme deux personnes distinctes. Celle à qui Kyuuji s’adressait actuellement était une nouvelle personnalité, apparue à la suite d’une amnésie. L’autre personnalité était l’originale, il s’agissait d’un scientifique Allagois, froid et dénué de sentiment. C’était lui que Kyuuji avait côtoyé jusque-là et non celui à qui il parlait. Le Arek actuel avait repris le dessus quand le clone de Greil avait tué Rynia, depuis il conservait le contrôle mais il savait que l’autre attendait la moindre occasion pour se manifester.
Arek avait l’impression d’être une âme indépendante de l’originale et son corps ne semblait pas supporter cela. Kyuuji était de son avis, entre les Allagois et Garlemald, il avait peut-être subis des expérimentations malsaines, ou bien était-ce seulement une séparation de son âme originelle. Dans tous les cas, le Raen pensait vraiment que les deux personnalités d’Arek pouvaient être deux âmes. Il orienta le Hyurois vers Edenai, une Allagoise elle aussi et membre de la compagnie qui lui avait récemment parlé d’elle. Elle avait vécu des expériences similaires et avait réussi à se dissocier de son hôte, leur sauvant ainsi la vie à toutes les deux. Ils pourraient certainement s’entre-aider.
Réalisant qu’il ne parlait que de lui, Arek témoigna de nouveau son soutien à Kyuuji et essaya de le rassurer quant à cette histoire de trahison. Il lui assura que pire avait été fait par le passé et qu’ils avaient seulement été victime de duperie et de tromperie. Mais ce n’était pas ce qui inquiétait le plus le Raen. Ce qu’il ne comprenait pas, c’était comment les Songes avaient pu arriver à la conclusion qu’ils étaient des traîtres. Il pensait que la loyauté était une valeur importante, que les Songes avaient un sens communs qui les faisait avancer ensemble et non pas les uns contre les autres. Arek lui expliqua que les Songes étaient un regroupement des personnalités fortes et différentes, qui avaient le même objectif, mais chacune leur façon de voir comment ils devaient l’atteindre. La loyauté n’était pas une valeur forte parmi les Songes, mais cela ne faisaient pas d’eux des gens sans foi ni loi.
Kyuuji compris ce qu’Arek voulait dire. Mais il arrivait encore moins à comprendre comment ils avaient pu être jugés comme des traîtres. Cela le dépassait tout bonnement. Certes, il avait placé trop d’importance dans la loyauté et la confiance, il avait pensé à la manière de chez lui, et non pas Eorzéenne. Certes, il avait suivi celui qu’il pensait être le Second de la Compagnie et cela se révélà une grossière erreur. Certes, il n’avait pas compris les avertissements qu’on lui avait lancés. Certes, il avait été aveuglé par sa haine, se lançant dans des combats abominables. Mais cela ne faisait pas de lui un traître, c’était simplement incompréhensible pour lui.
S’il avait trahis quelqu’un, c’était bien lui-même, littéralement absorbé par sa haine, il avait renié ses convictions en fermant les yeux sur des choses terribles. S’il avait trahis un seul Songe, c’était bien Fin, il ne l’avait pas écouté, il avait même refusé de la regarder et il l’avait laissé sans la moindre considération. Mais elle-même ne le considérait pas comme une trahison. Que les Songes soient déçus, qu’ils soient méfiants, ou encore en colère, Kyuuji le comprenait parfaitement, mais pas qu’ils le jugent comme un traître.
Arek, lui, ne s’en inquiétait pas. Ils finiraient par oublier, ou par passer à autre chose. Et si les fileurs devaient leurs donner une quelconque sanction, elle serait forcément juste aux vues de la situation. Kyuuji lui enviait sa sérénité, cela lui torturait l’esprit depuis des semaines, si bien qu’il passait tout son temps à méditer, oubliant de dormir et parfois de manger. Il ne serait certainement pas serein tant que sa position serait floue. Un vague sentiment d’urgence et d’angoisse s’empara du Raen. Bien qu’inquiet, il avait hâte de rencontrer les fileurs pour statuer de tout cela.

Punition

L’audience auprès des fileurs revenus concernant l’imposture du clone de Greil venait d’avoir lieux. Kyuuji avait expliqué qu’il était en proie à la haine pour l’armée de Garlemald, qu’il avait voulu accompagner un ami dans ses derniers instants et s’assurer que l’armure ne tomberait pas entre les mains impérial à son décès. Mais les Fileurs, bien qu’ayant entendu ses raisons, soulevèrent qu’il avait disposé des clés du mystère. Ces clés qui auraient pu tout changer. Si Kyuuji avait partagé son savoir sur le déclin de Greil, le clone, la suite des évènements aurait été drastiquement différente.
Pris de court, le Raen s’était défendu, expliquant qu’il n’avait aucun moyen de comprendre l’importance de cette information. Pourtant, il ne réalisait pas qu’il s’enfonçait. Il n’avait simplement pas imaginé être si proche de ce qu’il considérait comme des fables ou des fantaisies. Immortalité, clones, ombres draconiques, survivants allagois, etc. Tout cela le dépassait. A un point tel qu’il n’arrivait plus à penser normalement. La fable et le vrai, le logique et l’illogique, l’absurde et le cohérent. Plus rien n’avait de sens depuis Azys Lla. Il était perdu. Nergui avait terriblement raison, il était paumé. Et pas seulement parce qu’il était dans un pays dont il ne comprenait rien. Son propre esprit lui paraissait étranger.
Les Fileurs devaient désormais statuer sur leur sanction. Parfaitement conscient que c’était nécessaire, Kyuuji s’estima heureux d’avoir eu la chance de s’expliquer. Même s’il doutait qu’il ressorte quoi que ce fût de bon de son explication. Les mots de Prinesca résonnaient dans sa tête. Et l’annonce d’une réunion pour présenter les conclusions et le plan d’action concernant le clone de Greil fit sombrer le Raen dans un abîme où il n’était jamais allé.
Ses erreurs, ses fautes, se transformaient lentement. Prenant de plus en plus d’ampleur. Voyant leurs conséquences empirées. Sortant de l’audience, il commença à suffoqué, il n’arrivait plus à écouter, ni à comprendre quoi que ce soit. Il ressentit le vif besoin de s’échapper, de partir, de se repentir. Là où tout avait commencé. Là où tout aurait pu être différent s’il avait fait d’autres choix.
Kyuuji n’avait qu’une chose en tête. Partir. Il n’annonça pas sa prochaine absence. Il serait certainement revenu avant la réunion et il n’avait personne à voir d’ici là. Pour l’instant, il était simplement obsédé, il ne pouvait pas rester ici. Il se rendit dans sa chambre où il rangea ses affaires dans son coffre et son cristal, à peine retrouvé, dans son tiroir puis il se vêtit très chaudement. Il éteignit ensuite toutes les lumières et partit sans attendre.
Arrivé au Nid du Faucon, le Raen acheta assez de provision et d’eau pour quelques jours et appela son griffon, Nix. Il chargea ses vivres dans les sacoches de selle et s’envola sur son dos. Il commença par survoler le camp où avait eu lieux cette première mission avec Greil, enfin son clone. Kyuuji avait encore du mal à l’appeler l’imposteur ou le clone. Puis il guida Nix vers le Lit d’Os. Il ne connaissait pas bien la région, mais il savait que peu de gens s’aventuraient par là-bas, il n’y avait rien à y faire, et les Yetis dissuadaient la majorité des curieux. Il trouva une grotte, l’endroit n’en manquait pas, où s’installer et y monta un semblant de camps.
Certainement sensible aux troubles de son maître, le griffon refusa de s’envoler quand Kyuuji eut fini de le débarrasser de ses affaires. Nix lui avait déjà démontré son intelligence et son entêtement. Il l’accompagnait depuis sa fuite de l’Empire, avant d’avoir rejoint Eorzéa. Le Raen avait libéré l’animal d’un piège mortel, et Nix avait décidé de lui-même de le suivre. Devinant qu’il n’arriverait pas à faire changer d’avis l’animal, Kyuuji libéra de l’espace pour qu’il puisse s’y allonger. Puis, sans se soucier de quoi que ce soit d’autre, il médita.
Dans les méandres de cet abîme qu’était devenu ses pensées, ses erreurs devinrent des fautes. Dans la folie qui menaçait de lui ronger l’esprit, les mots de Prinesca tourbillonnaient. Il avait possédé les moyens d’arrêter le clone dans sa destruction. Il aurait pu désamorcer toute cette histoire avant que ça n’aille aussi loin. Mais il n’en avait rien fait, aveuglé par sa haine, abruti par sa confiance, abusé par sa loyauté. Cela devint ses crimes.
Des crimes qu’il devait punir pour pouvoir s’en repentir. Le Raen n’était pas en colère. Il était serein. Responsable. Coupable. Il avait décidé de sa punition. Il sortit de sa méditation et attrapa la dague à sa ceinture. Celle-là même avec laquelle il avait tué tant d’impériaux. Celle-là même qui avait été la première chose qu’il avait possédée après avoir déserté l’armée de Garlemald. Il la regarda comme la découvrant pour la première fois. Son manche en bois recouvert de cuir, sa lame d’acier imparfaite, elle était d’une banalité navrante. C’était ce qui lui avait plu, le jour où Kyuuji l’avait achetée. Et ce jour-là, elle lui sembla parfaite. Il la posa cérémonieusement devant lui. Il avait quelques préparatifs à effectuer. Il n’était pas question de faire des bêtises. Ce qu’il avait en tête devait être pris au sérieux.
Il se passa une main sur le visage, s’arrêtant longuement sur ses yeux. Il avait été aveugle, fermant les yeux à la connaissance, à la curiosité, fermant les yeux aux avertissements, aux sentiments de ses amis, fermant les yeux en toute confiance, prétextant la loyauté et la haine. Il avait été aveugle par tant de manières. Il allait l’être pour de bon.