Chapitre 4

« Je traversai alors le marais pour m’enfoncer dans la forêt de Sombrelinceul. Si les premiers abords m’avaient impressionné, ce n’était rien en comparaison de ce que je découvrais. Tout restait en immensité et en surdimensionné, mais il y avait bien d’autres choses. Les esprits. Je ne sais pas si c’était ceux de la Sylve contre lesquels les Dieux m’avaient mis en garde, ou d’autres esprits, plus primaires, mais je sentais leur regard me transpercer. La végétation était si présente, je pouvais presque sentir chaque filet d’odeur et le suivre jusqu’à son origine. L’air était chargé des pollens de la flore mais également des muscs de la faune. De nombreux frissons me parcouraient le dos, remontant le long de mon échine, pour me rappeler les dangers potentiels dans cette forêt. A chaque pas, j’étais sur mes gardes, à chaque pas, je m’attendais à voir une bête sauvage se ruer sur moi.

Cela arriva quelques fois. Mais je réussi à assommer les animaux sans avoir à les tuer. Je n’aimais prendre la vie sans raison. D’autant plus sous le regard presque inquisiteur des Esprits de la Forêt. J’arrivai finalement dans un bourg du nom du Moulin de la Carrière. C’était un petit village cerné par une enceinte pour protéger les habitants des animaux. Les braconniers et les brigands étaient nombreux à l’extérieur, mais ne s’aventuraient pas ouvertement en ville. Malgré la position dangereuse du village, les gens semblaient y vivre paisiblement. J’étais impressionné par leur mode de vie dans la Forêt, mais il fallait que je me concentre sur mes signes. Je m’en étais déjà trop détourné depuis que j’étais dans cette Forêt. Je laissai donc mes oreilles trainer et interrogeai les habitants.

Ce ne fut pas les habitants qui me révélèrent ma mission, ce furent des aventuriers de passage. Je les entendis parler de l’entrée d’un sous-terrain ancien et dangereux, un peu plus loin à l’Ouest. Il se racontait que c’était l’entrée d’un labyrinthe ancien, la sortie secrète d’une cité enfouie sous terre durant la Grande Inondation dont j’avais déjà entendu parler. J’avais l’impression que la vie dans la Forêt restait marquée par cette guerre et ses conséquences. La Sylve était vraiment effrayante.

Sans plus attendre je me rendis donc à l’entrée de ce Labyrinthe. Il fallait s’écarter un peu du chemin. Sous la confiance de la mission divine, je m’éloignai du sentier battu en oubliant les dangers de la forêt. J’avais ressenti cette vibration si particulière qui me guidait toujours vers le Mal que je devais détruire. Je découvris un site de fouille à l’écart. Une ouverture béante vers les profondeurs de la terre surveillée par une poignée de scientifique et de garde. Non loin, il y avait plusieurs autres hommes et femmes en armes qui discutaient en prévision d’une descente imminente dans le labyrinthe. Mais je ne m’y intéressai pas. J’avais perçu la volonté des Dieux. De l’ouverture béante sortait une aura de mort, une aura malsaine, une aura du Mal. En m’approchant, je fus arrêté par les gardes qui m’interdirent l’accès. Je tentai de leur expliquer que j’étais l’envoyé du divin pour purger le mal, mais rien n’y faisait. Ils refusèrent de ma laisser descendre. Entendant notre altercation, le petit groupe d’hommes et de femmes à l’écart se mêlèrent à la discussion. Ils prévoyaient une descente, et ils avaient les autorisations nécessaires. Ils n’étaient pas contre une paire de bras en plus pour les aider dans cette expédition.

Ils ne me demandèrent pas grand-chose, visiblement, ils étaient déjà prêts et je ne les dérangerai pas. Et je ne leur posai guère de question non plus. Je n’avais plus que mon objectif en tête. Tous les cinq, nous descendirent par l’échelle en corde dans le labyrinthe. Et ce n’était pas qu’une métaphore. Les murs de pierres étaient tous semblables les uns aux autres, identiques. Les pièces que nous traversâmes étaient toutes identiques, sans aucun signe particulier. Quelqu’un établi un plan, mais je n’en avais pas besoin. Je ressentais, je voyais, le chemin qui me mènerai là où je devais aller. L’endroit grouillait de créature du Mal, mais à nous cinq nous en vînmes rapidement à bout. Ils en arrivaient toujours plus que nous repoussions inlassablement. Combat après combat, notre synergie de groupe s’améliorait. Nous descendions, nous enfonçant dans les profondeurs de la terre. L’aura de Mort pesait un peu plus à chaque pas. Une des jeunes femmes se senti très mal, les autres la soutinrent pour poursuivre. Heureusement, nous étions presque arrivés.

Nous arrivâmes devant une ultime porte. Je savais que c’était la dernière qui m’intéressait. La présence de Mal était partout, prenante, angoissante et malsaine. Nous entendions la créature qui nous attendais. Elle grognait, grinçait des dents et tournait en rond, impatiemment. Un des hommes ouvrit alors la porte, révélant la créature la plus hideuse que je n’avais encore jamais vu. Une sorte d’énorme lézard, couverts d’écailles hérissées et effilées, muni de deux paires de cornes sur la tête et d’un lourd fléau piquant à l’extrémité de la queue. En nous voyant approché, il avait rugi si fort que le sol avait tremblé sous nos pieds. Mais j’étais confiant. La volonté Divine me guidait ici et je n’avais qu’à le détruire. Ce que nous fîmes. Non sans mal.

Une fois le mal détruit, l’aura de Mort se dissipa, je réalisai alors que j’avais conduit mes compagnons inconnus dans une voie sans issue. J’étais désormais incapable de retrouver notre chemin dans ce labyrinthe. Fort heureusement, celui qui s’était attelé à dresser un plan l’avait tenu consciencieusement. Nous retrouvâmes l’échelle et remontâmes à la surface. L’air humide et chargé des odeurs de la forêt parut m’épuiser. Je ressenti soudainement le besoin de me reposer, et je savais que les Dieux n’allaient pas m’envoyer de signes immédiatement. Mon don était épuisé, et il fallait un peu de temps avant de pouvoir m’en servir à nouveau. Alors je me souvins d’Opale. Ils m’avaient raconté qu’ils offraient une soupe aux voyageurs et nécessiteux dans leur demeure. Je ne savais où c’était, mais mes compagnons improvisés m’aidèrent à me renseigner et je pris la direction du Thanalan et ses quartiers résidentiels.

Je n’étais pas mécontent de retrouver le désert, laissant derrière moi cette forêt tellement étouffante. Je profitai du temps dont je disposais pour admirer les paysages. Ul’dah, la capitale du Thanalan était construite sur les ruines d’une ancienne cité. J’en aperçus quelques ruines qui m’attirèrent implacablement. Sans savoir pourquoi, elles me tirèrent un brin de colère et de peine. Je ne m’attardai pas et pris la direction des portes de la capitale. La cité était animée, surpeuplée à mon gout, et pas seulement de gens. Les odeurs, les bruits, les couleurs, tout m’agressait les sens. Je quittai à regret le sable du désert pour marcher sur un sol pavé et surpeuplé. La foule m’étouffait, les bruits me rendaient sourd, les odeurs me donnaient la nausée. Je ne souhaitais pas y rester plus que nécessaire, alors je demandai rapidement mon chemin. Opale avait une adresse officielle et renseignée auprès des autorités. On put m’indiquer le chemin pour rejoindre leur maisonnette. Je traversai la cité puis arrivai dans les quartiers résidentiels, heureusement plus calme, non moins surpeuplés, mais l’air y circulait.

Je trouvai la maison Opale, enfin leur local comme ils l’appelaient, en bordure de ravin. La vue était superbe et me fit oublier un instant le désordre de la Cité. Il y avait plusieurs personnes, et je reconnu ceux d’Opale parmi eux. Le Raen était facilement identifiable, même s’il était discret. Les deux autres me sourirent, surpris de me voir ici et nous discutâmes autour d’un bol de soupe. Ils me parlèrent de mon don, de ma réputation, m’interrogèrent sur mes origines à nouveaux, sur mes signes également. Mais surtout, ils me révélèrent les conséquences de l’utilisation de mon don que je traînais derrière moi. Des désastres. Effondrement de terrain, éboulement dans un tunnel, incendie dans une mine, orage hyper localisé et j’en passe. Bien sûr je n’étais pas au courant, je ne les crus pas sur le moment. Mais leurs arguments se valaient et je consentais à me faire examiner par les occultistes, ces mages spécialisés, à Ul’dah. »


Pakhemetnou soupira à ce souvenir particulier. Il serrait ses mains, pris par son récit et tous ce que cela impliquait. Il leva les yeux sur son compagnon, l’air grave.

— C’est là que tout à commencer à changer. Que tout à dérailler.

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