Elfe des bois

Le Val-boisé, une forêt dense aux arbres hauts, la terre des Elfes des bois, était la province boisée du sud-ouest de Tamriel. Cette contrée était composée du Bois de Graht, Prasin, Malabator et d’une partie de la Marche de la Camarde. C’était dans ces forêts immenses que les villages et villes des Elfes de bois, ou Bosmers, avaient poussé. Les Bosmers ne construisaient pas de maisons, ils les faisaient pousser grâce à des graines, des rituels ou directement avec l’aide de la forêt. Les grands arbres accueillaient les maisons des elfes, leurs branches formaient des allées entres les logements ou les différents étages. Parmi les arbres les plus étranges et les plus incroyables que tout Tamriel compte, les Chênes-Graht étaient les plus remarquables, ils étaient en effet capables de se déplacer. La capitale du Domaine d’Aldméri, Faneracine, en possédait un en une époque maintenant révolue.

Les Elfes des bois ont toujours entretenu un lien bien particulier avec les forêts du Val-boisé, le Pacte Vert, une part de leur nature. Toute leur culture, leur société, leur façon de voire le monde, tout était étroitement lié au Pacte Vert. Les récits racontaient qu’au temps du Chaos, toute vie pouvait changer de forme, passant de plante à animal et à Mer. Il se disait qu’Y’ffre, Dieux de la forêt et de la chanson, se changea lui-même en prenant la forme du premier Ehlnofey. Ainsi s’établit la loi de la Nature, mettant un terme au Chaos. Y’ffre créa en premier le Vert, toute forme végétale, vint ensuite son peuple favori, les Bosmers, enfin fut créé le Pacte Vert, liant les Bosmers au Vert, pour leur survie mutuelle. Le Pacte Vert n’influait pas seulement les résidences bosmériques, il influençait également l’art, la culture, toutes les créations du peuple de la Sève. Les règles qui régissaient le Pacte Vert, si elles pouvaient être violées, l’étaient au prix d’un courroux impitoyable du Vert, dictaient aux Bosmer de ne nuire en aucun cas au Vert, de ne manger quoique ce soit issu d’une vie végétale, de ne manger que de la viande, de ne pas laisser pourrir les adversaires vaincus mais d’en manger leur chaire, de ne prendre aucune vie inutilement et enfin de ne pas se transformer, se sont des Elfes des bois, leur forme étant sacrée. Sous cette influence, cueillir une fleur de sa tige, prendre une pomme à sa branche ou encore abattre un arbre était considéré comme un péché capital. Cependant, si une menace magique venait à compromettre le Vert tout devait être mis en œuvre pour la faire disparaître, même s’il s’agissait d’en abattre la souche. Le Mandat de la Viande était une partie du Pacte Vert, incarné par les règles sur les obligations et restriction alimentaires, stipulant que l’ennemi défait au combat devait être consommé dans les trois jours. Le Mer victorieux pouvait partager ce repas avec les membres de sa famille. Ainsi certains, ceux qui suivaient encore cette disposition archaïque, suivaient un jeûne avant de grandes batailles, s’affamant pour se nourrir de leurs adversaires. Les récits racontaient qu’à une époque lointaine où le Mandat de la Viande était particulièrement suivit, la force et la bravoure d’un guerrier se mesuraient à la longueur des bois qui leurs poussent sur la tête, signe du cannibalisme accentué des Bosmers.

Les Elfes des bois étaient encore souvent considérés comme des sauvages, des primitifs, voire des barbares, en raison de leur style de vie, mais en ignorance de cause. Le Pacte Vert assurait encore à cette époque la survie des Bosmers et du Val-boisé. Certes, il limitait leur ascension sociale et économique, mais leur offrait une alternative de progression. Les Bosmers ne se préoccupaient généralement pas de l’argent, de leur image, du pouvoir ou des biens matériels. Ils avaient la réputation d’être espiègles et enjoués, ils se jouaient souvent des tours entre eux ou mêlant les étrangers. Les Elfes des bois étaient également très connus pour leur habilité à l’arc. Leurs arcs et flèches n’étaient pas faits de bois mais d’os, ligaments, cornes et tendons, dans le respect du Pacte Vert. Ils se racontaient que les os utilisés pour leurs flèches ou leurs arcs chantaient des histoires, des histoires de morts. En cela, la provenance de l’os portait une grande importance, plus la bête était dangereuse, plus l’arme serait meurtrière. Ainsi était la culture des Bosmers.

En 2E 564, une peste se répandait toujours sur les régions méridionales, dont le Val-boisé, épargnant seulement les villages les plus reculés. C’était encore le cas du village XXX où Faejine Odria vit le jour cette année-là. Les coutumes les plus ancestrales et les plus archaïques y étaient encore pratiquées. La voie de l’archerie était également vue comme honorable et beaucoup s’y engageaient corps et âmes. C’était notamment le cas du père de Faejine, Gaenry Odria, un des rôdeurs de Voileronce. Les rôdeurs de Voileronce incarnaient les soldats d’élite et relevaient directement des ordres du Roi Camoran. Certains rôdeurs étaient qualifiés pour l’espionnage et l’assassinat, ce n’était pas le cas de Gaenry, trop doué à l’arc et en stratégie pour mettre de tels talents de côté. Les rôdeurs de Voileronce avaient reçu la permission du Roi de rompre le Pacte Vert afin de mieux le protéger. Les croyances et les convictions de chacun dictaient leur choix de rompre, tout, en partie, ou pas le Pacte. Les rôdeurs étaient tenus en haute estime par le Roi, mais tous les Bosmers ne les voyaient pas d’un bon oeil, surtout ceux ayant choisi de rompre le Pacte Vert. La position de Gaenry en tant que combattant et de conseillé stratégique lui permettait de respecter le Pacte Vert.

La mère de Faejine, Finwee Odria, était une Bosmer aimante et attentionnée. Les Elfes des bois avaient une longévité supérieure à celles des humains mais les femmes Bosmers ne pouvaient avoir que très peu d’enfants. Finwee chérissait donc son premier enfant comme son dernier. Bien que Gaenry ne fut que peu présent, l’environnement familiale de Faejine était chaleureux, aimant et agréable.

Auridia

En 2E 567, cela faisait quelques années que le Roi Camoran était en guerre avec les Orques des bois. Gaenry se montrait entreprenant, il organisait les défenses du Roi, combattait aux côtés de ses hommes et tenait en échec les Orques. Il se faisait largement remarqué par le Roi mais aussi par les instances militaires des Haut-elfes. La formation du Domaine d’Aldméri rapprocha les peuples du Val-boisé, en guise de bonne volonté de la part du Roi Camoran, celui-ci détacha une unité des ses rôdeurs à Auridia. Il mit Gaenry à la tête de cette unité, pour ses prouesses aux combats et stratégiques, mais lui assigna un suppléant pour lui enseigner les rouages de la politique, la finesse de la politesse et de la bienséance. Les origines de Gaenry et son choix de ne pas rompre le Pacte Vert ne lui facilitèrent pas la tâche. Son caractère non plus. Gaenry, archer émérite et intelligent, était d’une arrogance sans borne. Ce trait de caractère n’était pas courant chez les Elfes des Bois, et jurait d’autant plus lorsqu’il rejoignit les Altmers.

Gaenry partit donc pour Auridia, accompagné d’un petit détachement de rôdeurs sous ses ordres. Sa femme et sa fille le suivirent, pour l’accompagner et le soutenir dans ce changement. Sur la route, leur cœur se serra en quittant le Val-boisé, ni Gaenry ni Finwee n’avaient encore quitté la protection du Vert. Ils embarquèrent sur le bateau les menant à Auridia avec une appréhension naturelle, quitter à la fois leur terre, leur culture et leur famille fut difficile. Mais nécessaire pour le bien du Domaine en construction, et ils le savaient. Les routes n’étaient pas toutes sûres, de nombreuses tensions locales ou la présence de bandits rendaient le trajet éprouvant pour les civiles, mais les rôdeurs de Voileronce se débarrassaient efficacement des menaces sur leur trajet. Les Haut-elfes présents, dont la mission était de les conduire jusqu’à Auridia, admirèrent leurs talents mais se montraient également fort utiles pour défendre le convoie. Finalement, les rôdeurs de Voileronce et leur famille arrivèrent à Auridia. Cette île, au climat et à la végétation bien différents de ceux du Val-boisé, semblait tellement isolée du Vert, le cœur de Finwee se serra d’avantage, elle tint bon en tirant sa force de la présence de sa fille. Faejine, maintenant âgée de trois ans, était espiègle, vive et joyeuse à souhaits. Elle faisait la fierté de sa mère. Gaenry, lui, se raccrochait plutôt aux rôdeurs placés sous sa responsabilité, il maintenait l’ordre et la cohésion du groupe, planifiant leurs déplacements et ceux du convoi, organisant les rondes et les rations. Finalement, il prit goût au commandement. Son arrogance lui valant quelques remontrances des Haut-elfes mais celles-ci alimentaient sa fierté et il ne manquait pas de jouer avec eux. Gaenry n’était pas mal vu des Haut-elfes, l’arrogance était leur domaine, ils étaient même étrangement proches de lui, et malgré les tours qu’ils se jouaient, se faisaient confiance mutuellement.

Le convoi arriva enfin à Prime-tenure, la plus grande ville Altmer de tout l’actuel Domaine d’Aldméri. Les rôdeurs furent reçus en grandes pompes par le roi Hidellith et son héritière, Ayreen. Les récits des Altmers ayant accompagnés le convoi furent grande impression et le roi félicita personnellement Gaenry qu’il demanda à ses côtés. Le Bosmer arrogant accepta, bien sûre, l’invitation. Depuis lors, Gaenry passa le plus clair de son temps avec les politiques et militaires Altmers. Ses rôdeurs n’en restèrent pas pour compte, il s’arrangeait pour leur trouver toute sorte d’occupation, mais il délaissa sa famille. Son arrogance et sa fierté, déjà grandes pour un elfe des bois, grandirent avec sa renommée. Alors, lorsque son unité de rôdeurs fut placée sous le commandement du prince Naemon, à la suite de la disparition de l’héritière Ayreen, Gaenry n’attendit plus de sa fille, bientôt en âge de suivre l’éducation normale, qu’elle suive le même chemin que lui, qu’elle contribue à sa propre gloire.  Ne refusant rien à son marie, qu’elle chérissait encore malgré son absence, Finwee inscrivit donc Faejine dans une école altmer de Prime-tenure. Faejine, espiègle et maligne, se fit des amis facilement et elle prit goût à l’école. Sa mère l’éduqua également aux coutumes de son peuple, lui apprit son histoire et ses croyances. Le Pacte Vert prit une dimension importante, loin de ses terres natales, l’enfant s’y accrocha comme pour se rappeler ses racines. Gaenry, ravi de savoir que sa fille suivait les pratiques du Pacte Vert, vit là une occasion de montrer un peu plus son influence, il confia son apprentissage de la chasse à l’un de ses rôdeurs, mais ne prit pas plus de temps pour leur rendre visite.

A l’âge de six ans, en 2E 570, Faejine intégra une école militaire où elle apprit les rudiments du combat et de la magie ainsi que de la stratégie. Consciente de la renommée de son père et souhaitant, comme tout enfant de son âge, que ses parents fussent fières d’elle, Faejine s’investit énormément dans ses études ainsi que dans la chasse avec les rôdeurs, dans le respect du Pacte Vert et les pratiques ancestrales. Déjà de petits bosses révélant de futures cornes pointaient sur son front,  faisant la fierté de toute sa famille. Au court de sa formation, ses professeurs altmers décelèrent également chez elle une affinité pour la magie, rien d’anormal pour une Bosmer, encore moins parmi les Altmers. De part ses efforts, ses aptitudes magiques et le statut de son père, beaucoup dirent d’elle promise à un grand avenir.

Rupture

La formation militaire de Faejine se poursuivait bien. Elle apprit le maniement de plusieurs armes, mais sa préférée restait le bâton, amplifiant sa magie et débridant sa créativité. Les rôdeurs chargés de lui apprendre l’art de la chasse avaient abandonnés l’idée de la voir aussi douée que son père à l’arc, mais la traque l’amusait encore. Faejine avait maintenant huit ans, cela faisait maintenant cinq ans qu’elle n’avait pas vu son père. Gaenry était toujours occupé entre son poste auprès du prince Naemon, son rôle auprès des rôdeurs de Voilronce détachés à Prime-tenure et l’entretient de son image. Celle-ci avait pris une proportion telle qu’il la cultivait plus que tout le reste. Son comportement devenait incompréhensible pour sa femme et ses proches Bosmers, par contre, elle collait tout à fait à ce qu’attendaient les Altmers qui le côtoyaient. Finwee, bien habituée à la vie à Auridia, inculquait toujours les pratiques de son peuple à sa fille, qui les suivait à la lettre. Malgré l’absence de son mari, elle ne dit jamais de mal de Gaenry en la présence de sa fille ou de qui que se soit, cherchant plutôt à maintenir un lien entre eux. Cependant, quelques mois avant la fin du premier cycle de l’école militaire, en 2E 573, à l’âge de neuf ans, Faejine rencontra son père pour la première fois depuis plusieurs années. Mais cette rencontre bouleversa pour toujours sa vie. Gaenry, devenu proche des rois bosmer et altmer, ne semblait pas arrêter son ascension. Il réclama alors de sa fille qu’elle devienne un commandant des rôdeurs de Voileronce, de sa trempe, à son image, pour ne pas ternir sa réputation. Ainsi, ses origines bosméries auraient pu être oubliées. Cette rencontre effaça instantanément l’image que la jeune bosmer avait jusque là, toutes les éloges que sa mère lui chantaient, tout l’amour qu’elle lui portait, tout fut balayé en une rencontre de quelques instants, fruit du hasard. Faejine ne put pardonner à son père de tenir sa réputation en plus haute importance que sa famille, pire que ses origines. Renier ainsi les siens et sa nature, c’était renier le Pacte Vert. Malgrè toute son intelligence et son éducation, Faejine perdit alors son amour pour son père et commença à lui vouer une haine démesurée.

Cette rencontre entre Gaenry et sa fille causa malheureusement encore plus de désordre que le lien rompu entre eux. Faejine, ne cachant pas ses sentiments envers son père, troubla sa mère qui devint très affectée pas cette rupture. Finwee fut prise de chagrin, ne supportant pas ces querelles et la haine que son premier et unique enfant portait à son père. Finwee Odria mourut quelques mois après cette rencontre, dans de sombres circonstances. Beaucoup parlaient de maladie, de fatigue ou encore d’assassinat. Mais Faejine était convaincue que sa mère s’était donnée la mort à cause du chagrin. Elle se sentit responsable de sa mort et rejeta une haine encore plus grande sur Gaenry.

Dès lors, elle refusa tout contact avec lui et décida de lui prouver son erreur. Elle s’efforcerait de lui prouver qu’il était possible d’être respecter en tant que Bosmer, impliquant toute sa culture et ses coutumes. Elle se plongea avec encore plus d’acharnement dans ses études, bien déterminée à tout maîtriser. Elle passait tout son temps à étudier et à ruminer sa haine et sa tristesse. Faejine ne s’ouvrait désormais plus à personne, son côté espiègle et jovial sembla disparaître. Elle obtint, quelques mois plus tard, son brevet puis passa le concours pour entrer dans l’école d’officier de Prime-tenure. La Bosmer le réussit haut la main, obtenant une bourse d’étude confortable et s’installa dans le pensionnat. Durant ses études, elle apprit tout ce qu’elle put. Elle s’entraîna au maniement des armes de manière plus intense, plus poussée qu’à l’école militaire, l’histoire et la stratégie prirent une place plus importante également. Elle fut également formée à mener des enquêtes, étudier les documents et décrypter les codes. Des cours pour mener les hommes au combat précédèrent aux cours de politique, d’étiquette et de politesse. Les journées des étudiants étaient particulièrement difficiles physiquement et mentalement, pensées pour décourager ceux n’ayant pas la trempes qu’être officiers d’armée nécessitait.

Passant son temps à étudier et à ruminer ses sombres pensées, la Bosmer ne s’ouvrait plus à personne. Elle s’investit exclusivement dans ses études, et tint bon. Faejine montra un très bon potentiel et ses professeurs étaient contents d’elle. Son investissement et ses efforts la firent progresser rapidement, ses camarades devinrent petit à petit plus âgés qu’elle, certains furent jaloux de son talent. Mais Faejine n’y accorda pas la moindre attention. Ne parlant à personne, ne s’intéressant à rien d’autre que ses études, son attitude renfermée, son regard toujours dur et déterminé semblaient attirer les foudres. Il y avait bien eu quelques altercations entre la Bosmer et des aînés, mais elle prenait sur elle, se recentrant sur son objectif. Ses altercations, ses difficultés et les coutumes de son peuple lui forgèrent le caractère et la patience. Les coutumes bosmers voulaient que ces embêtements se règlent par des tours, des farces, mais Faejine ne cherchait pas à s’engager dans cette spirale. Durant toutes ses études à l’école d’officiers de Prime-tenure, Gaenry ne se manifesta pas, lui et sa fille ne se croisèrent même pas une fois.

Attente

En 2E 578, l’éruption des âmes bouleversa le cours de l’histoire. Ce phénomène étaient dû à une explosion d’énergie des arcanes, dont les répliques magiques furent ressentis dans tout Tamriel, causant de nombreux morts. D’immenses ancres noires se déployèrent dans le ciel de Nirn, invoquées par Molag Bal qui profita du chaos provoqué par l’éruption pour tenter d’envahir Nirn. Beaucoup sombrèrent dans la folie en voyant les Daedra apparaître en grand nombre. Et les peuples de Tamriel se réunirent pour faire face à cette nouvelle menace, ce fut le début de la Coalescence. Faejine vécu cet évènement dramatique depuis le pensionnat de l’école des officiers de Prime-tenure. A quatorze ans, la Bosmer avait bien changée. Elle n’était plus la petite Elfe espiègle et maligne que sa défunte mère chérissait, avec de petites bosses sur le front révélant de futures cornes qui faisaient la fierté de son père. Maintenant, elle ressemblait d’avantage à une jeune femme, tout en courbes et au regard dure. Ses cornes avaient bien poussée, déjà longues de quelques six ou sept centimètres, et venaient accentuer son attitude déterminée et sévère. Elle portait désormais une armure de plaque, signe que son diplôme approchait, tout de bleu et doré, les couleurs de la famille royale Altmer. Le prince Naemon était, depuis la disparition de sa sœur et héritière Ayreen, destiné à monter sur le trône au décès de son père. Le roi se portait mal depuis plusieurs années mais son état empira brusquement avec l’éruption des âmes. La dernière promotion d’officiers fut diplômée avec quelques mois d’avance, pour leur permettre de rejoindre la Coalescence. Faejine, bien que consciente de la menace que représentait Molag Bal et ses armées, ne put se résoudre à abandonner la haine qu’elle entretenait pour son père depuis cinq ans. Elle profita de ces évènements pour se relancer vers sa vengeance. L’éruption des âmes et le combat contre Molag Bal seraient le cadre parfait pour prouver à son père, Gaenry, qu’il était possible d’obtenir le respect, le rang et la notoriété qu’il désirait tant sans renier ses origines bosmériques, les pratiques, les coutumes de son peuple, ni rompre le Pacte Vert.

L’ambiance, depuis que la Bosmer portait l’armure des prochains diplômés, avait changé à l’école des officiers. Les élèves de sa promotion ne pouvaient plus ignorer ses talents, mais ne montraient plus de jalousie, la menace bien présente resserrait les liens entre les étudiants. De même que les années et les exercices permirent aux élèves de se créer des relations. L’attitude de Faejine ne dérangeait plus, tous s’y habituèrent. Particulièrement un Altmer. Faejine se retrouva souvent en binôme avec lui pour les devoirs et les exercices. Bien qu’elle ne s’ouvrait pas à lui, l’Altmer essayait de passer du temps avec elle en dehors des exercices. Mais, la Bosmer ne lui accordait pas plus d’attention qu’aux autres, il finirait bien par se lasser et elle devait se concentrer sur ses études, se disait-elle.

En 2E 579, les études d’officiers de Faejine touchèrent enfin à leur fin après six ans passés dans le pensionnat. La cérémonie des diplômes aurait lieux dans quelques jours. D’ici là, les élèves en armure avaient quartiers libres. La jeune Bosmer, contre son habitude, fit un tour en ville. Prime-tenure, la capitale des Haut-elfes d’Auridia, lui semblait très différente de lorsqu’elle était enfant. Faejine se rendit compte que durant ses six ans passés à étudier et à ruminer sa haine, de nombreuses choses avaient changé. Malheureusement tout n’avait pas changé pour le mieux. La guerre et la Coalescence mirent à mal beaucoup de monde et de chose en à peine un an. Elle ne regretta pas d’avoir évoluée à la pension sans se préoccuper de l’extérieur. Finalement, la Bosmer décida de se rendre à la caserne, pour s’imprégner de l’ambiance et des lieux qui seraient sûrement bientôt son quotidien. La caserne était en pleine activité, les armées de Molag Bal et les tensions avec les autres alliances étaient palpables d’ici. Faejine appréciait l’ambiance. Tout le monde s’occupait et savait exactement ce qu’il devait faire, tout avait une place. Pas de bavardage inintéressant, pas de messes basses, pas de regard en biais bien que quelques regards curieux. Ici, même ses cornes semblaient à leur place.
Faejine visitait la caserne, lentement, prenant le temps de regarder et de s’imprégner de l’ambiance, l’après midi commençait à peine. Elle croisa quelques personnes qu’elle connaissait et elle en regarda s’entraîner. Le temps passait lentement quand elle n’avait rien à étudier, alors elle décida de rendre visite aux Rôdeurs de Voileronce. Arrivée à l’extérieur de la caserne, elle s’arrêta, réalisant qu’elle pourrait croiser Gaenry avec les rôdeurs. Soupirant, la Bosmer se dirigea finalement vers la taverne, elle espérait y trouver une moyen de passer le reste de la journée, et trouver une occupation pour les deux prochains jours, jusqu’à la cérémonie des diplômes. La taverne se situait près du port, l’air iodé et les embruns lui donnèrent le tournis. Les forêts du Val-boisé lui parurent bien loin. Elle n’avait que peu de souvenir de sa vie là-bas, mais sa mère ne tarissait pas de lui décrire ce qu’elle ratait, en étant ici, en Auridia. Elle s’extirpa de ses souvenirs, attirée par la discussion d’un groupe de militaires à côté d’elle. Leur sujet de conversation tournait autour de cette ancre noire, apparue récemment à proximité de l’entrée nord-ouest de la ville. Ils racontaient avoir vu des gens s’y envoler puis des drémoras en descendre. Faejine sut qu’il s’agissait des sacrifices nécessaires à l’invocation des armées de Molag Bal sur Nirn par le biais de l’ancre, mais la suite l’interpella beaucoup plus. Les militaires racontèrent avoir également vu un être écailleux immense, à la tête d’alligator, aux bras aussi épais que leurs cuisses, ses épaules aussi large qu’une maison, qui hurlait et crachait du feu. La description, bien qu’un peu exagérée, correspondait à celle de ses professeurs. Un daedroth était apparu à proximité de Prime-tenure. Le climat actuel se révéla être particulièrement propice à ses projets, les armées du prince daedra serait une bonne épreuve, se dit la Bosmer en rejoignant sa chambre à l’école des officiers.

Cérémonie

Le jour de la cérémonie des diplômes arriva enfin. Le temps était adéquat, pas de nuage, une légère brise marine et une ancre toujours active. Faejine avait revêtu son armure bleu et doré et empoignait un long bâton, commandé spécialement à un artisan impérial de passage, un certain Kyuji. Ellle rejoignit la cours où allait se dérouler la cérémonie. Sur le chemin, elle put voir tous les futurs officiers équipés de leurs armures, l’air réjouit parfois, grave le plus souvent. Les armes qu’ils portaient allaient de l’épée simple à l’arc en passant pour tous les types d’armes possible. Beaucoup cependant préféraient les bâtons, les Altmers avaient depuis toujours une affinité particulière avec la magie. Dans la cours, devant les diplômés alignés, les professeurs et les hauts gradés militaires et politiques se réunirent. Le prince Naemon était également présent, en tant qu’héritier du trône. La cérémonie était d’une efficace simplicité, les diplômés furent appelés à venir chercher ce qui symbolisait leur diplôme. Chaque symbole était personnel, pouvant aller d’une arme rituel à la simple pierre précieuse en fonction des affinités de chacun. Lorsque Faejine fut appelé, tous les professeurs l’applaudirent, les militaires et politiques fixèrent leur regard sur elle, la jugeant, parfois pas curiosité, parfois d’un œil critique ou appréciateur. Elle rejoignit le prince qui se retourna et lui tendit son symbole. Sur un tissu délicat, le prince lui présenta le symbole d’Yffre, gravé finement dans un os, les branches et feuilles représentant le Pacte Vert. Faejine leva les yeux vers le Prince et le remercia d’un signe de tête avant d’exécuter la révérence d’usage de la cérémonie puis rejoignit sa place dans les rangs des diplômés. Ce symbole, représentant à la fois la fin de ses études, son lien avec le Pacte Vert et ses racines, était un présent de grande valeur. Gravé dans l’os, il respectait les pratiques de son peuple et revêtait une signification particulière pour la Bosmer. Une première preuve qu’il était possible de gagner l’estime d’autrui dans le respect de ses origines.

Lorsque la cérémonie prit fin, tous les diplômés avaient reçu leur symbole. Certains militaires ou politiques abordèrent alors les nouveaux officiers pour les recruter. Faejine attira l’attention de plusieurs militaires, avec qui elle discuta naturellement des combats menés en Cyrodil, ceux contre les armées du prince daedra ou encore de stratégie. La Bosmer fut invitée à rejoindre plusieurs unités pour y apporter son soutient stratégique et au combat. Elle leur promit de prendre sa décision rapidement et de leur faire savoir de son choix dans les plus brefs délais. Elle les salua avant de prendre congés alors qu’il ne restait déjà plus que quelques personnes dans la cours. En se retournant, Faejine croisa le regard de cet Altmer avec qui elle avait fait équipe de nombreuse fois auparavant. Elle lui fit un signe de la tête et se dirigea vers la sortie. L’Altmer répondit à son signe de tête mais ne la quitta pas des yeux. Une fois que la Bosmer eut passé la porte, il soupira et sortit à son tour de la cours.

Faejine passa la soirée à ranger ses affaires, c’était la dernière nuit qu’elle passerait au pensionnat. Elle nota ensuite par écrit les différents postes qui lui avaient été proposés. Elle cherchait un poste qui lui permettrait de mené des combats contre les armées de Molag Bal, les affrontements pour le trône de Cyrodil ne l’intéressaient que très peu. Elle tira un trait sur deux noms de sa feuille, il lui restait à choisir entre deux autres. Les deux postes proposaient à la fois du soutient stratégique et du combat au front. Leurs champs d’actions étaient les territoires d’Auridia et du Val-boisé, et leur mission était principalement de repousser les armées du prince Daerdra. Les deux postes se révélèrent assez similaires. Pour les départager, elle nota les noms des personnes avec qui elle avait discuté dans l’après midi, Siraën Lothelil et Inior Artdarion. Aucun des deux commandants n’avait fait grande impression à la Bosmer, ils avaient tous deux montré autant d’intérêt pour ses qualités de combattantes que magiques et stratégiques. Elle ferma les yeux et les visualisa dans son esprit. Aucun d’eux n’avait de signe particulier, aucun ne l’attirait plus que l’autre. Elle n’arrivait pas à choisir. Soupirant, elle décida de choisir au hasard. Elle compta le nombre de lettres dans leurs noms… Autant pour l’un que pour l’autre, s’en devenait risible. Elle haussa les épaules et choisit le premier à l’avoir abordée, rayant un nom sur sa feuille. Son commandant serait Siraën Lothelil. Faejine écrivit des lettres de remerciements et d’excuses pour les trois postes qu’elle refusait et chargea un courtier de les livrer demain à la première heure. Enfin la Bosmer se coucha alors que la nuit était déjà bien avancée.

Le lendemain, Faejine s’habilla avec des habits classiques, n’étant plus étudiants mais pas tout à fait militaire, et se rendit à la caserne. Là, elle dépêcha un commis pour récupérer ses affaires au pensionnat, puis se dirigea vers le quartier de son futur commandant. La Bosmer ne se sentait pas à sa place en tenue civile contrairement à de sa visite quelques jours auparavant où elle s’y était senti très à l’aise. Soupirant, elle demanda son chemin à un militaire qu’elle ne connaissait pas. Celui-ci, curieux de trouver une civile Bosmer ici, la conduisit à travers la caserne en lui faisant la discussion. Siraën Lothelil se trouvait dans une cours, en train de superviser l’entraînement de son unité. Faejine remercia son guide et prit quelques instants pour les observer. Ils étaient bien coordonnés, parfaitement synchronisés et disciplinés. La Bosmer devrait s’y plaire. Faejine se décida enfin à aller se présenter à son futur commandant.

Templier

Le commandant Lothelil accueillit chaleureusement Faejine et la présenta au reste de l’unité avant de lui parler en aparté. Une fois éloigné des autres membres de l’unité, il lui expliqua plus en détails leurs missions, leur rôle et leur périmètre d’action. La Bosmer serait à la fois combattante et en soutient stratégique sur le front. C’était parfait pour elle qui ne se voyait que sur le terrain, au milieu des combats. Une fois la présentation terminée, le commandant emmena Faejine vers les quartiers privés des membres de l’unité pour lui faire visiter les locaux. A côté du lit qui lui était destiné, elle trouva une armoire et un mannequin sur le quel reposaient les éléments d’une armure neuve. Tout en acier noble gris et or, en courbes et doublée de cuir, l’armure était magnifique. Le commandant Lothelil lui expliqua qu’elle devrait aller la faire ajuster sur l’instant pour prendre sa place dans l’unité, une fois fait, elle rejoindrait l’unité au terrain d’entraînement. La Bosmer s’exécuta, elle emballa sa future armure et se rendit à l’armurerie où elle la fit ajustée.

C’était déjà le début de l’après-midi quand Faejine rejoignit enfin le reste de l’unité pour commencer l’entraînement. Enfin, il s’agit plus d’un test que d’’un entraînement. Faejine dut montrer ses talents à tous les autres membres de l’unité, elle les combattit un à un ou en deux contre un, puis en équipe pour s’immerger dans la synergie de l’unité. La Bosmer appréciait ce genre d’exercice et s’y prêta bien volontiers. Au contraire des étudiants de l’école, les militaires, déjà bien entraînés, montraient une cohésion parfaite, les ordres se limitaient au stricte minimum mais la réponse des combattants était toujours immédiate et coordonnée. Durant ces exercice Faejine dévoila ses capacités magiques, jouant à invoquer lances dorées, murs d‘éclairs, boules de feu et, à la surprise générale, incantations de soin. Toute l’unité, surprise, se retourna vers elle lorsqu’elle finit son incantation. Il semblait que personne n’était au courant de ses pouvoirs là. Le commande Lothelil, sourit en coin aux regards surpris que lui lançaient certains membres de l’unité et s’avança pour parler à tout le monde. Il expliqua avoir recruté la Bosmer non seulement pour ses capacités au combat ou son sens stratégique, mais aussi pour ses talents de rétablissement. Il se moqua gentiment de ses soldats en expliquant que l’invocation de la lance dorée auraient dû leur mettre la puce à l’oreille et que Faejine était un templier. Les membres de l’unité rirent et crièrent, ils avaient justement besoin d’un templier à leur côté pour les futures missions, les armées de Molag Bal étant plus dangereuses que ce à quoi ils s’attendaient. Le commandant reçut alors un ban général. Faejine fut surprise de ce changement d’ambiance radicale mais prit part aux réjouissances spontanées mais de courte durée. Le commandant les remit en ordre d’un geste et les exercices reprirent. Lothelil orienta ensuite les ordres de façon à exploiter les incantations de rétablissement de Faejine et la dynamique du groupe évoluait différemment maintenant.

Les jours suivants, l’unité de Lothelil revit sa cohésion et sa synergie pour prendre en compte les nouveaux atouts de l’équipe. Le commandant et Faejine discutaient régulièrement des déplacements et des positionnements dans l’unité pour exploiter les sorts de rétablissement tout en comblant les faiblesses que cela impliquait. Faejine se sentit rapidement impliquée et intégrée dans l’unité. Ce n’était pas la seule femme ni la seule Bosmer et les militaires ne s’encombraient ni de préjugés ni de jalousie. Leurs objectifs communs, leur commandement commun et leurs combats côte à côte permettaient d’oublier rapidement toutes les différences. Quelques semaines après l’arrivée de la Bosmer, les mouvements et actions de l’unité étaient parfaitement coordonnées et exécutés à la perfection. Alors, quand le commandant Lothelil annonça qu’ils étaient envoyés en mission à Prasin, toute l’unité de se réjouit de tester leurs nouvelles manœuvres. Dès le lendemain, l’unité se mit en route pour les terres de Prasin, dans le Val-boisé. Sur le trajet, le commandant Lothelil leur détailla la mission. Elle consistait à parcourir la région d’est en ouest et de libérer la région de la présence de l’armée de Molag Bal. Entre les ancres noires de la région et leur réseau d’approvisionnement des drémoras, l’unité aurait fort à faire, ce qui n’était pas pour leur déplaire. Bien au contraire, voila trop longtemps que l’unité était en attente, cloîtrée dans la caserne à ne faire que des exercices. Il était temps de passer à l’action.

Toute l’unité du commandant Lothelil était donc en effervescence dans la cours au moment du départ. Les paquetages étaient faits, les chariots attelés, les armes et armures lustrées, les hommes et femmes silencieux, impatients. Le trajet serait long et monotone à travers les forêts du Val-boisé jusqu’à Prasin. Le commandant arriva enfin pour donner l’ordre de départ. Tout se mit en route d’un même mouvement, l’unité de Lothelil mettait toujours un point d’honneur à montrer toute leur discipline. Faejine, à cheval sur une grande jument noire, chevauchait aux côtés du commandant et des deux autres officiers. Sur le trajet, la Bosmer était en charge de l’approvisionnement, elle surveillait donc du coin de l’œil que les chariots suivaient bien, prenait notes des rations distribuées et se chargeait du ravitaillement en eau et vivres. Elle aimait ce genre de travail, cela lui permettait d’être en contact avec les gens des villages traversés. L’aspect salutaire de son poste s’accordait également parfaitement avec son rôle au combat.

Prasin

Prasin était une région du Val-boisé, très dense, peuplée d’orques et d’elfes des bois principalement. Le ciel derrière les grands arbres était souvent bleu, et l’air chavirait les odeurs forestières mêlées aux odeurs iodées de la mer lointaine. Le retour dans le Val-boisé, région natale de Faejine, ne la laissait pas indifférente. Elle retrouva des odeurs, des bruits, l’ambiance du Vert, depuis trop longtemps oubliés. La Bosmer se replongea dans les coutumes de son peuple avec plus d’ardeurs, poussant l’unité à respecter une partie de ses pratiques. L’équipe s’y prêta volontiers, du moins tant que ça ne ralentissait pas leur rythme de marche, ce que Faejine apprécia grandement. Les liens entre les membres de l’unité en devinrent encore plus fort. Le sentiment d’appartenance au groupe était fort pour tous et l’équipe était parfaitement soudée lorsqu’elle arriva à Prasin.

Dans le ciel dégagé de Prasin, il était facile de repérer les grandes ancres noires du prince Daedra, ces grands cercles de métal noir dans le ciel, failles donnant sur Oblivion, desquelles sortaient d’immenses chaînes du même métal noir. Le prince Daedra espérait attirer Nirn en Oblivion en tirant sur ces chaînes, mais les ancres lui permettaient également de faire traverser les plans à ces armées pour envahir Nirn. Détruire ces ancres était la première mission de l’unité de Lothelil pour ralentir les plans de Molag Bal. Après quelques jours passés sur les terres de Prasin, les éclaireurs avaient trouvé l’emplacement idéal pour établir le campement de l’unité qui devait stationner ici plusieurs mois. L’unité s’y rendit et monta le camp, entre trois lieux de rituels d’invocation d’ancres. L’emplacement était adéquate, la forêt cachait les abords du campement et leur fournissait eau et nourriture. Les membres de l’unité déchargeaient donc les chariots, préparaient les tentes et montaient les enclos pour leurs chevaux lorsque le ciel à l’ouest se déchira brusquement. Tous levèrent la tête et, entre les arbres, découvrirent une ancre noire. Soudain, l’ambiance au sein de l’unité changea, tous savaient exactement ce qu’ils avaient à faire. Certains terminèrent de monter les enclos alors que d’autres s’équipèrent de leur armure et armes. Les éclaireurs étaient déjà partis et les officiers se regroupèrent rapidement. Le temps pressait mais la nécessité était à l’organisation et à la préparation. Les décisions furent prises rapidement afin que tout soit prêt au retour des éclaireurs. L’ancre n’était pas loin, à peine à quelques minutes à cheval. Le commandant divisa son unité lorsque les éclaireurs revinrent faire leur rapport. Les combattants équipés, dont Faejine faisait partie, sautèrent sur leur cheval et se mirent en route, disciplinés, en direction de l’ancre.

Le commandant Lothelil et les officiers en première ligne aperçurent rapidement le lieu du rituel noir. Les adeptes étaient encore seuls, pas de dreamora ni daedra en vue. Le commandant donna l’ordre de mettre pied à terre d’un signe de la main, à bonne distance du rituel. Les combattants attachèrent ensuite rapidement leurs chevaux et se positionnèrent pour le combat à venir. Faejine ajusta sa prise sur son bâton, un nouveau bâton de rétablissement, à peine testé sur le trajet. L’air grave, toute l’unité attendait l’ordre d’engager les hostilités. Lorsque le commandant lança la charge, suivi d’un même mouvement par toute son unité, le premier adepte de Molag Bal quittait le sol pour s’offrir en sacrifice à l’ancre. Les adeptes furent rapidement mis hors d’état de nuire, mais les premiers esclaves de Molag Bal se matérialisaient déjà. L’unité enchaîna ses mouvements avec précision, repoussant Faucheclan, Pestemort, zombis et dreamoras. Un à un, les verrous de l’ancre exposèrent leur cœur fragilisé par les énergies daedriques du combats. Le commandant chargea un officier de les détruire. Alors que le combat semblait ralentir au pied des grandes chaînes, un daedroth colossal apparu soudainement. Il était différent de tous ceux dont Faejine avait déjà entendu parler. Celui-ci avait un corps écailleux ressemblant à celui d’un serpent ou d’un lézard, dotés de deux paires de bras aux longues mains crochues et pourvues de griffes. Sa tête, aux traits plus ou moins humains, était sertie de cornes écailleuses et ses yeux reflétaient une intelligence malsaine. A peine quelques secondes s’écoulèrent que déjà la créature psalmodiait. Un nuage d’éclair s’abattit sur l’unité, Faejine réagit aussitôt et invoqua des cercles de soins et ses sorts de rétablissement selon les manœuvres prévues en entraînement. Les membres de l’équipe, ainsi revigorés, retrouvèrent leurs esprits et se lancèrent dans le combat. La créature se montra puissante et d’autres esclaves continuaient d’arriver.

Le combat faisait rage, mais l’unité de Lothelil était bien entraînée, seule la créature écailleuse résistait à leurs assauts. Alors que le combat s’éternisait, de nouveaux combattants rejoignirent l’équipe de Faejine, attirés par l’ancre visible de loin dans le ciel. Cette aide bienvenue enhardit de plus belle l’équipe. Sous les ordres des Lothelil et des officiers, tous les combattants joignirent leurs forces pour vaincre la créature écailleuse, qui finit par céder sous leurs assauts incessants. Le dernier verrou de l’ancre s’affaiblit avec la mort de la créature, Lothelil le détruisit, refermant ainsi la faille dans le ciel. Les chaînes et l’ancre noire disparurent dans un grand fracas, soufflant un vent fort avant de laisser place au silence. Le ciel redevint bleu et clair. L’unité retrouva sa discipline et se rangea derrière leurs officiers qui engagèrent la discussion avec les nouveaux venus, les remerciant de leur aide et s’interrogeant sur leur identité. Ils se présentaient comme un groupe de mercenaires, mandaté par le village avoisinant pour les défendre contre les créatures venant des ancres. Faejine aperçut cependant un insigne particulier sur l’armure de l’un d’entre eux alors que les autres ne montraient aucun signe d’une appartenance quelconque. Faejine détailla plus précisément le symbole, un cercle de feu jaune sur fond noir, semblable à un soleil en pleine obscurité. Il lui était inconnu mais le grava dans sa mémoire pour enquêter dessus lorsque la situation serait plus calme.

Opposition

En l’an 2E 580, dans le camp de l’unité de Lothelil, tous vaquaient à leurs occupations. Cela faisait maintenant plusieurs mois que le campement était établie. Depuis leur arrivée, deux ancres avaient été fermées et un rituel abrogé. Les éclaireurs enquêtaient sur le réseau des adeptes. La routine s’était installée naturellement. Ici, comme à la caserne, tout avait sa place. Ce matin là, un messager de Prime-tenure arriva avec des nouvelles d’Auridia et s’entretint avec le commandant et ses officiers. Le roi Altmer était décédé quelques semaines auparavant. Durant le couronnement du prince Naemon, la princesse Ayreen, première héritière du défunt roi, réapparut en revendiquant son accession au trône. Les hautes instances couronnèrent donc Ayreen plutôt que son frère. La reine Ayreen, comme première action de son règne, fit ratifier les traités pour la constitution du Domaine d’Aldmérie et se lança dans la guerre des Alliances. Le commandant questionna le messager sur les desseins de la reine. Celui-ci lui expliqua que la reine semblait s’intéresser particulièrement au trône de Cyrodil. De faite, la reine rapatriait toute son armée à Faneracine, devenue la capitale du Domaine. A ce mandement, le commandant tapa du poing sur la table, faisant sursauter toutes les personnes présentes. Lothelil ne s’était encore jamais emporté en dehors de la présence exclusive de ses officiers. Il congédia le messager d’un geste exaspéré avant de se laisser tomber sur une chaise. Le commandant se passa une main sur le visage et ouvra le débat sur la raison d’un tel ordre. Abandonner le combat contre le prince Daedra au profit de la guerre des Alliances n’était en rien la vocation de l’unité, tous les officiers étaient unanimes. Bien d’accord avec ces officiers, le commandant Lothelil dépêcha alors son officier le plus diplomate, Aren Hirindiel, et quelques uns de ses meilleurs combattants pour se rendre à Faneracine défendre leur mission. Le reste de l’unité resterait stationnée à Prasin et continuerait le combat durant leur absence.

En sortant de la tente du commandement, Lothelil expliqua à son unité la tournure des évènements. Les combattants manifestèrent leur mécontentement face à de tels ordres, dans le calme et la discipline. Le commandant répondit à leur protestation en leur expliquant ce qui avait été décidé, l’officier Hirindiel et quelques membres partiraient à Faneracine pour défendre l’urgence et la nécessité de leur mission pendant que le reste de l’unité continuerait le combat ici. L’approbation de l’unité se fit de vives voix et les discussions sur les objectifs de la reine Ayreen allèrent bon train. Laissant leur frustration s’épancher, les officiers se réunirent à nouveau pour établir leurs stratégies et pallier au départ de l’officier Hirindiel et de son escorte. Après cette mise au point avec le commandant, Faejine rejoignit sa tente, très en colère contre la reine. Sa disparition était déjà étrange à l’époque, mais sa réapparition l’était encore plus. Pourquoi était-elle partie? Où était-elle pendant ces treize ou quatorze dernières années? Que faisait-elle? Pour le compte de qui? Pourquoi ressurgir maintenant, à la mort du roi? Simplement pour monter sur le trône? Quels étaient les objectifs que cachait sa disparition? Tant de questions, Faejine espérait seulement que la concentration de la reine sur la guerre des Alliances n’avait rien à voir avec les investigations du prince Daedra. Les desseins de la reine Ayreen ne l’intéressaient pas outre mesure, tant qu’elle pouvait se battre contre les engeances d’Oblivion. Elle décida de laisser ces problèmes de côté. Tout comme le reste de l’unité, Faejine comptait sur les négociations avec la reine pour leur permettre de continuer le combat à Prasin.

Cela faisait une dizaine de jours que le messager était reparti, accompagné de l’officier Hirindiel, chargé de défendre la cause de l’unité. Lothelil pensait recevoir une réponse dans les prochains jours, mais il avait encore fort à faire avec les ancres noires de la région. Tout le monde était très occupé depuis le départ du diplomate, si bien qu’en fin de journée, le retour de celui-ci et de son escorte passa presque inaperçue. Les officiers se réunirent dans la tente de commandement pour le rapport quotidien quand les pans de la tente se soulevèrent pour laisser passer Hirindiel. Tous se retournèrent vers lui en silence, le questionnant du regard. Il leur expliqua que la reine Ayreen s’était montrée très ferme, elle avait ordonné le retour de toutes les unités pour les affecter sur le front en Cyrodil. Elle semblait avoir conscience de la menace daedrique mais préférait laisser les guildes s’occuper de ce problème, la guerre des Alliances était sa priorité. Les officiers et le commandant soupirèrent en hochant la tête, certains semblèrent résignés à obéir, mais d’autres refusèrent catégoriquement, prétextant que la cause était plus importante que l’ordre. S’ensuivit un véritable débat, obéir et se rendre en Cyrodil, ou se rebeller et quitter l’armée pour combattre le prince Daedra. Deux clans se formèrent petit à petit, ne trouvant pas d’accord. Les officiers, dans un ultime espoir de trouver un compromis, se tournèrent vers leur commandant, lui laissant le dernier mot. Bien conscient de la position et des arguments de chacun, il décida de laisser le choix à chacun de suivre leurs vocations. L’officier Hirindiel ayant anticipé ce choix avait réussi à négocier la démission des membres de son unité sans implication néfaste, ceux le souhaitant pouvaient donc quitter l’armée d’une simple lettre. Le commandant demanda alors à ces hommes souhaitant partir de rédiger leur lettre de démission de l’armée pour ne pas partir en déserteurs. Ceux souhaitant rester dans l’armée les apporteraient à la reine, ainsi que les biens de l’armée. Cette solution sembla satisfaire tout le monde, mais signa la fin de l’unité de Lothelil. Ce soir là, le commandant réunit toute son unité pour leur exposer la situation et la solution choisie. Tous prirent leur décision rapidement, ils avaient eu plus d’une semaine de doute où ce choix leur était déjà apparu. Chacun retourna à sa tente, pour rédiger sa lettre de démission pour beaucoup et ranger ses affaires pour tous. Faejine, bien sûre, écrivit sa lettre de démission avec détermination, y expliquant ses raisons avec véhémence.

Réorganisation

Cet évènement marqua la fin de l’unité de Lothelil telle qu’elle avait toujours existé jusqu’ici. Les chariots de l’armée étaient attelés, il ne restait du camp que les traces laissées par les tentes, les enclos ou les feux. Les membres restés dans l’armée et ceux l’ayant quittée se séparèrent sans aucune animosité, au contraire. Ils avaient tous tissé des liens étroits. De part le respect qu’ils éprouvaient les uns envers les autres, ils acceptaient leurs choix, quel qu’il soit. Ils se connaissaient tous, savaient qu’ils se reverraient, ils n’avaient pas besoin de mots. Dans un dernier tressaillement de discipline, tous se tournèrent vers leur commandant et lui présentèrent un salut militaire dans une parfaite coordination, d’un seul mouvement. Le commandant, dans ce moment solennel, s’avança vers le seul officier restant dans l’armée, il luit tendit sa propre lettre de démission ainsi que son insigne et le salua. Il se recula vers le gros de son unité, ceux voulant continuer le combat à Prasin. Parmi les membres sur le départ, il y avait aussi certains membres qui profitaient de la situation pour rejoindre la guilde des guerriers, des mages ou d’autres de moindre importance. Lors du départ, les anciens militaires adressèrent une dernière révérence à leurs amis. Ils étaient maintenant plus de la moitié de l’unité et ne disposaient plus du matériel de l’armée. Leurs combats contre les esclaves de Molag Bal s’annonçaient difficiles. Pour se réorganiser, Lothelil et ses hommes se rendirent dans la plus grande ville de la région, Foyeraie. Là, ils trouvèrent de quoi monter un camp de fortune où loger à l’extérieur de la ville. La taverne devint leur quartier général et le marché leur principale source d’information et de matériel.

Ce soir-là, ce qu’il restait de l’unité de Lothelil se réunit à la taverne pour discuter de leur avenir. Avec leur effectif actuel toutes les stratégies de combats étaient à revoir et ils ne pouvaient plus se permettre de combattre sur plusieurs fronts. Lothelil souhaitait également trouver une nouvelle appellation, l’unité de Lothelil ne lui convenait plus, ne faisant plus partie de l’armée. Il doutait d’obtenir le droit de créer une guilde au sein du Domaine à cause de leurs relations plutôt tendues avec la Reine. Se vendre en tant que mercenaires ne l’intéressait pas, leur vocation étant le combat contre Molag Bal. Tous étaient d’accord avec Lothelil mais aucun n’avait d’idée à proposer. Pour l’instant, ils devaient se débrouiller en vendant leurs services pour gagner de quoi s’organiser plus confortablement. L’eau et les vivres n’étaient pas un souci et ils n’avaient pas besoin de grand chose pour camper. Mais les armes et armures coûtaient chère, tout comme les réparations. Ils se donnèrent un mois pour s’équiper et repartir en guerre. Certains avaient des talents d’artisans, d’autres de cuisiniers, tous pouvaient rejoindre une milice locale ou un corps de chasse. Faejine avait beaucoup économisé durant ses études grâce à sa bourse, elle n’avait pas besoin de faire tout cela pour s’acheter son matériel, mais elle devait trouver à s’occuper. Pour l’instant, Faejine contacta un armurier pour lui commander une armure, le forgeron de Foyeraie était particulièrement doué et lui proposa une bien meilleure armure que toutes celles que l’armée aurait pu lui fournir. Les menuisiers ne la satisfirent cependant pas, alors elle recontacta celui qu’elle avait rencontré à Prime-tenure, Lowell. L’impérial se trouvait actuellement sur les terres de l’alliance de Daguefilante, mais étant apatride et fervent partisan du combat contre le prince Daedra, il accepta d’honorer sa commande, deux bâtons, un de rétablissement et un de foudre. Ils se donnèrent rendez-vous à Prime-tenure dans dix jours, les trajets individuels par l’oratoire étant presque instantanés partout sur Nirn.

Pour les prochains jours, Faejine décida de se rendre à Auridia, elle trouverait bien de quoi s’occuper pendant un mois. La Bosmer se rendit à l’oratoire de téléportation de Foyeraie et l’utilisa pour se rendre à Prime-tenure. Le changement de climat et d’atmosphère, les flux magiques qui traversaient le corps et l’esprit, laissaient toujours un sentiment étrange et un moment d’étourdissement qui se dissipaient généralement en quelques secondes. Il arrivait que les plus sensibles restent hébétées plusieurs minutes, mais Faejine était habituée à voyagée ainsi. Elle retrouva rapidement ses sens et se dirigea vers les locaux des Rôdeurs de Voileronce. Elle ne trouva qu’un campement vide, un passant qu’elle interrogea lui expliqua qu’ils étaient tous partis, il y avait plusieurs jours, en missions pour la Reine Ayreen. Soupirant, elle s’orienta vers la sortie, bien décidée à trouver de l’occupation auprès des chasseurs ou des autres villages à proximité. Devant les portes d’Auridia, la Bosmer se retrouva face à un guerrier tout en armure portant un symbole qui attira son attention. Un soleil de feu sur fond noir. Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler où elle l’avait déjà vu. Il s’agissait du même insigne que celui qu’elle avait remarqué sur le mercenaire qui avait participé à la première fermeture d’ancre à Prasin. Intriguée, et n’ayant rien à perdre, Faejine décida d’aborder le guerrier et de l’interroger sur ce symbole. L’homme se nommait Lucifer Corvinus et était membre d’une organisation qui combattait les diverses menaces de Nirn. Le soleil brûlant sur fond noir était le symbole de cette organisation, qu’il appelait l’Ordre. Sa curiosité rassasiée, son intérêt prit l’ascendant. Faejine lui parla de son unité, de ses convictions et de ses craintes. Lothelil et ceux qui étaient resté avaient beaucoup en commun avec Corvinus. La Bosmer réussit à convaincre le guerrier de rester en contact pour échanger des informations en cas de besoin.

Présentation

L’histoire de ce Raen prend sa source à Othard, un continent du lointain Orient, parcourt d’étranges terres, côtoie de nombreuses autres et poursuit son cours dans l’inconnu.

Fils aîné du grand prêtre du sanctuaire de son village, Kiyomura, Kyuuji Atagi a été élevé et éduqué dans le but de lui succéder. Il fut formé très tôt à la manipulation de l’éther pour guérir les maux et apaiser les esprits. Kyuujii se révéla rapidement très doué pour cela, faisant la fierté de ses parents. De plus, son tempérament calme, dévoué et d’une grande bonté le prédisposait parfaitement pour la tâche qui serait la sienne. Il aurait faisait un parfait successeur pour son père. Seul un grand défaut venait ternir cette image. Il était extrêmement rancunier. Fort heureusement, la patience de Kyuuji contrebalançait cela, il fallait en vouloir pour s’attirer sa rancœur. Mais une fois obtenue, il fallait également faire preuve de patience avant de s’en débarrasser.

Kyuuji avait un frère, Isshiki, de sept ans son cadet, et un frère par adoption, Venceslas. Bien que l’adoption n’ait jamais été officielle, tout le onde le considérait comme un membre de la famille Atagi, Kyuuji le premier. Il voyait en lui un ami de son âge et un frère au tempérament complémentaire. Entre sa succession à la tête du temple et ses proches, Kyuuji était comblé.

Mais la vie à Kiyomura ne devait pas être ainsi.

Malgré la domination de la région par l’Empire de Garlemald depuis plusieurs années, le village n’avait pas souffert de l’occupation. Pas encore. L’Empereur avait pour ambition d’envahir Eorzéa, une contrée lointaine, et pour cela, il lui fallait une armée puissante et nombreuse. L’armée garlemadaise se présenta au village de Kiyomura pour enrôler de gré ou de force tous les jeunes hommes et femmes aptes à se battre. Kyuuji, alors âgé de seize ans, fut le premier à attirer l’attention des officiers. Sa manipulation de l’éther n’était un secret pour personne et les armées avaient toujours besoin de guérisseurs. Venceslas fut également enrôlé, mais, lui, se porta volontaire pour suivre son ami.

Conscients, mais surtout contraints par la menace qui planait sur leur village, de leur devoir, les deux jeunes se résignèrent à intégrer l’armée. Dissimulant habilement leur rancœur pour l’Empire, ils s’intégrèrent à cette armée ennemie. Ils reçurent divers formations aux combats, le maniement des armes et de la magie, mais aussi des éléments stratégiques de base et la manipulation de la technologie garlemaldaise. Cependant, les officiers Garlemaldais décidèrent de profiter des prédispositions de Kyuuji pour les arcanes et la magie, en concentrant sa formation sur ces aspects et négligeant totalement les autres. Venceslas, quant à lui, se révéla excellent avec une épée longue entre les mains.

Quelques années plus tard, Kyuuji et Venceslas n’avaient pas oublié leur village, la vie paisible qu’ils y avaient et la haine qu’ils nourrissaient pour l’Empire n’avait jamais disparu. Lors d’un incident entre leurs camarades de brigades et un officier, la rancœur de Kyuuji refit surface, se libérant brutalement des années de refoulement. Cet incident se solda par un duel entre le Raen et l’officier. Un duel que Kyuuji, malgré toute sa rage, ne pouvait gagner. Seule l’intervention de Venceslas mit un terme au duel. Cet incident eut raison de leur patience. Les deux amis désertèrent l’armée sans plus tarder. Venceslas mena Kyuuji en Eorzéa, prochaine cible de Garlemald mais surtout un des derniers territoires libres.

Eorzéa. Un continent non seulement éloigné géographiquement mais également moralement d’Othard. Les deux jeunes gens découvrirent une manière de vivre et d’être bien différente de la leur. Les aventuriers, les cité-états, les compagnies, la diversité culturelle, tout cela leur était inconnu. Mais tellement attrayant. Quelques mois suffirent pour intégrer ces nouvelles notions. Kyuuji et Venceslas, rodés aux combats, rejoignirent la guilde des aventuriers de Gridania, leur premier point de chute. D’aventures en aventures, de missions en missions, de difficultés en difficultés, le duo d’étrangers se faisait une petite place et une nouvelle vie en Eorzéa. Jusqu’au jour où ils tombèrent de nouveau sur l’armée de Garlemad. A déserteurs virent s’ajouter les charges de traîtres et meurtriers. Kyuuji apprit qu’avant de fuir l’armée, Venceslas avait tué l’officier responsable de l’incident qui avait eu lieu plusieurs années plus tôt. Déchiré entre la colère pour le mensonge de son ami, son affection pour lui, sa haine de l’Empire et la peur de tout perdre, Kyuuji prit une lourde décision. Hors de question de trahir les habitants d’Eorzéa, même sans la colère qu’il éprouvait, le Raen savait que la vie de son ami ne valait pas celles, innombrables, du tout un peuple. Mais il avait peut-être quelque chose qui intéresserait l’Empire. Le seul héritage de sa famille qu’il avait réussi à emmener avec lui. Le dernier souvenir de ce qu’il aurait dû être.

Il fit une proposition à l’armée en échange de la vie de Venceslas. Et celle-ci fut acceptée. Ils furent libérés et relâchés. Après cela, Kyuuji n’adressa plus jamais la parole à Venceslas qui ne sut ce qu’avait coûté sa vie. Ayant tout perdu de son passé, sauf sa mémoire, Kyuuji décida de tourner la page pour de bon. Il se lança dans une nouvelle vie, une nouvelle entreprise. Rejoindre une compagnie pour défendre les idéaux, la liberté et la paix d’Eorzéa.