Forêt de Sombrelinceul : Averse

Le chant matinal tira le Raen de ses rêves. Le soleil était à peine levé et la nuit n’avait pas été agréable. Il n’avait certes pas sentit la morsure du froid ni la rigueur du sol humide. Mais la dureté et le harassement d’un champ de bataille. Ce rêve. Il avait été tellement réel que Kyuuji ressentait la douleur de l’attaque dans ses bras, l’épuisement entraîné par la manipulation de l’éther et l’affection qu’il portait au Hyurois.

Le Raen se redressa tant bien que mal et s’assit en tailleur, fourbu, fatigué et l’esprit embrumé par cet étrange songe. Que signifiait-il ? Était-ce un souvenir ? Une vision ? Un délire ? Aucune de ces possibilités ne le rassurait. Avec un profond soupire, Kyuuji décida, comme la veille, de ranger ses inquiétudes dans un coin de son esprit pour s’occuper de besoins plus imminents. Trouver nourriture et civilisation. Il aurait tout le temps de penser au reste plus tard.

Il remonta la piste puis bifurqua vers le nord. Cette fois, il choisit de prendre cette direction en suivant une certaine logique. Il ne voyait pas d’intérêt à changer de direction tant qu’il n’avait pas une bonne raison de le faire.

La pluie battait averse. Les bottes de Kyuuji glissaient sur le sol détrempé. Manquant de tomber, il se rattrapa à un arbre en maudissant l’averse qu’il subissait depuis plusieurs heures. Cela faisait maintenant trois jours qu’il avait repris connaissance dans cette forêt inconnue. Il avait eu beau temps les deux premiers, mais, au matin du troisième, un sombre manteau nuageux avait annoncé un changement de temps. Le Raen n’avait pas fait d’autre rêve étrange depuis celui du combat, mais l’influence qu’il avait eue sur lui le troublait encore. Et la pluie torrentielle avait pris le relais pour le ralentir, rendant son périple plus lent et éprouvant encore.

Devant lui, les arbres s’éclaircissaient, laissant apparaitre une fine clairière. En s’approchant, Kyuuji reprit espoir. L’étroite prairie était traversée par un chemin. Aux vues des profondes empreintes creusées dans la terre, il devait s’agir d’une route principale, régulièrement empruntée par des charriots tirés par de lourds chocobos. Devinant que les deux directions du chemin le mèneraient à un village, voire à une ville, le Raen choisit de continuer dans le sens qui partait le plus vers le nord. Ainsi, il avait moins l’impression que chacun de ses pas n’avait été inutile.

Le mince réconfort que Kyuuji trouva dans la découverte de la route fut balayé par les effets de la pluie. Se déplacer sur la terre gorgée d’eau se révélait beaucoup plus compliqué qu’il ne l’avait pensé. A chacun de ses pas, il s’enfonçait jusqu’aux genoux dans la boue et retirer sa botte lui demandait un effort considérable. Il perdit l’équilibre à plusieurs reprises, se rattrapant de justesse à son bâton, avant de décider de cheminer à côté du chemin, loin de ses ornières boueuses.

L’arrivée de la nuit finit d’achever toute réjouissance que Kyuuji pouvait éprouver. Il ne savait pas qu’elle distance il avait parcouru sur le chemin, mais il avait espéré trouver un village avant la fin de la journée. Consterné par la situation, le Raen ne voyait plus que deux solutions. Continuer à avancer en dépit du danger et de la fatigue. Ou grimper dans un arbre pour se reposer, à défaut de dormir, mais au moins il ne trainerait plus dans la boue. Avec un peu de chance, il arriverait à trouver un arbre au feuillage suffisamment dense pour le protéger, ne serait-ce qu’un peu, de l’averse. Cette ridicule consolation, à laquelle Kyuuji se raccrochait comme il pouvait, lui arracha un sourire sans joie. Secouant la tête de dépit, il se mit à la recherche de l’arbre providentiel.

Qu’il ne trouva pas. Il faisait désormais trop sombre pour y voir assez.

Riant presque de sa situation, Kyuuji grimpa dans l’arbre le plus proche et s’installa du mieux qu’il put. Il ferma les yeux et tenta de se reposer dans cette position bien inconfortable avec l’eau qui ruisselait sur son visage.

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