Forêt de Sombrelinceul : Libération

Une douleur sourde à l’épaule sortit le Raen de son sommeil. La chute dans la boue, les trois nuits à dormir à même le sol, la rude traversée de la forêt et maintenant une nuit passée sur un plancher de bois eurent raison de ses muscles et articulation. Kyuuji s’étira douloureusement et s’allongea sur le dos. D’après le silence et l’obscurité, il ne devait pas encore faire jour. Pourtant il se sentait reposé et serein. Le souvenir revenu de son frère apaisait son esprit mais réveillait en lui des sentiments de mélancolie et de regrets. A cela s’ajoutait une rancœur froide et insidieuse à l’encontre de Venceslas, le Hyurois qui l’avait arraché à sa famille et qu’il n’arrivait pas à appeler son ami, malgré ses quelques souvenirs affectueux. Kyuuji se dit qu’il était peut-être bien rancunier, mais cela lui importait peu. Il voulait simplement revoir son frère.

A contrecœur, le Raen réalisa qu’il était trop tôt pour avoir ce genre de pensées. Il fit rapidement le compte de ses rêves. Quatre hypothétiques souvenirs était bien trop peu pour se faire une idée de sa vie ou de son histoire. Il mit donc de côté tous ses sentiments et décida de profiter de la quiétude matinale pour faire le tour du village. Enfin, s’il le pouvait. Kyuuji appela le garde. Se fut un Miqo’te en uniforme jaune qui se présenta à l’entrée de la tente.

— Oui ?

— Puis-je faire un tour pour me dégourdir et m’aérer ?

— Tout le monde dort encore, je n’y vois pas d’inconvénient. Je vous accompagne par contre.

Kyuuji acquiesça et sortit en compagnie du garde qui lui fit visiter le village endormi. Le Ranch de Brancharquée.


L’officier de la garde entra sans cérémonie dans la tente de Kyuuji. Il était accompagné d’un garde Elézen et d’un Hyurois.

— Bonjour, Atagi, le salua l’officier.

Kyuuji lui répondit par un signe de tête et dévisagea les deux autres. Le garde lui était familier, il avait déjà eu l’occasion de discuter avec lui mais ne connaissait pas son nom. Comme celui de l’officier ou des autres gardes, réalisa le Raen. Le Hyurois était de taille moyenne pour les gens de sa race. Ses cheveux teints en bleu dont les racines noires révélaient leur véritable couleur, étaient coupés ras sur les côtés, mais restaient longs sur le dessus. Rassemblés et noués en arrière, ils dégageaient son visage aux traits fins, presque efféminés, et s’accordaient avec son regard bleu clair, perçant comme l’acier, mais étonnement chaleureux. Il portait une armure de cuir par-dessus une chemise blanche, et une épée longue à la hanche. Kyuuji mit de longues secondes à réaliser qu’il le connaissait. Le Hyurois s’avança en souriant au moment où le Raen le reconnu. Venceslas.

— Bonjour, Kyu ! J’ai eu du mal à te retrouvé. Pourtant les Raens ne courent pas les rues à Sombrelinceul.

Kyuuji fut assaillit de nombreuse émotions et sentiments contradictoires. Le temps d’y mettre un ordre et qu’il décide comment réagir, l’officier s’était avancé et lui avait pris les poignets. Il lui défit les fers qu’il n’avait pas quittés depuis son arrivée, huit jours plus tôt.

— Monsieur Miller a confirmé ton identité et ta version, tu es désormais libre. Au nom de l’ordre des Deux Vipères, je te présente mes excuses.

Le Raen se frotta les poignets en secouant la tête.

— Ce n’est rien, je comprends. Je n’ai pas été d’une grande aide non plus pour prouver ma bonne foi.

Le Hyurgoth haussa les épaules.

— Nous n’avons pas l’habitude de ce genre de troubles par ici. Heureusement, cette affaire rentre finalement dans l’ordre.

— Oui, en effet.

Le Raen le remercia d’un signe de tête avant de se tourner vers Venceslas, qui l’observait en souriant.

— Merci de ton aide.

— Je t’en prie, Kyu. Je suis un peu en retard, mais pour ma défense, j’ai également eu ma part de problèmes. Je te raconterai ça autour d’une bière.

Sur ces mots, il sortit de la tente, laissant Kyuuji seul avec les deux gardes. L’officier se pencha vers lui avec un air de confidence.

— Je ne lui ai pas parlé de ton amnésie, pour des raisons évidentes. Libre à toi de le faire. Tu es innocenté, mais sache que les gens du coin n’ont pas l’habitude de voir des Ao ra, tu risques d’attirer les regards et les préjugés.

— Je vous remercie, officier.

L’homme écarta sa gratitude d’un geste et reprit d’un air sérieux.

— Tiens-toi correctement, je ne voudrai pas avoir à te remettre les fers tout de suite.

— J’y veillerai.

Les deux hommes se saluèrent d’un signe de tête et sortirent de la tente.

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