Souvenir : Écaille

Les cris et les rires des enfants résonnaient entre les maisons.

Derrière un bâtiment quelconque, le jeune Raen tourna la tête et présenta son profil à un enfant Hyurois. Kyuuji se laissa dévisager un instant avant de perdre patience.

— Alors ?

Venceslas plissa les yeux en lui faisant tourner la tête de l’autre côté.

— Hum… Ça commence peut-être à pousser.

Kyuuji se libéra du traitement de son ami, frustré.

— Peut-être ? Soit elles poussent, soit pas. Mais pas peut-être !

Patient, l’enfant lui reprit la tête entre les mains et se hissa sur la pointe des pieds pour approcher son visage du sien. Son nez se retrouva à quelques ilms à peine du cou du Raen. Après un examen minutieux, le jeune Hyurois recula et lui toucha la joue, juste à la naissance de sa corne.

— Là, y’en a une ! Une toute petite, mais elle est bien là !

Sautant presque de joie pour le Raen, Venceslas lui frappa amicalement le torse du poing en souriant.

— Ta première écaille, Kyu !

Kyuuji passa ses doigts à l’endroit indiqué par l’enfant et sentit une légère rugosité. Sa première écaille. Enfin. Jubilant, il ne put retenir un sourire triomphal et rougit de liesse. Le jeune Hyurois se tordit le cou et observa de nouveau l’écaille naissante, à la fois curieux et impressionné.

— Alors, ça fait quoi ?

Le Raen se gratta les cheveux et détourna les yeux, gêné.

— Enfaite, ça brûle un peu.

— Comme les cornes ?

Kyuuji secoua la tête.

— Non, les cornes ça fait pas mal. Elles percent très tôt, alors on s’en souvient pas. Comme pour les dents, il parait. Et après, elles poussent trop lentement pour qu’on le sente, par couches, ou je sais pas quoi… j’ai pas bien compris ce que papa m’avait dit là-dessus.

Se désintéressant du sujet, Kyuuji se passa à nouveau un doigt à la base de sa corne. La sensation rugueuse, légèrement râpeuse, que lui laissait l’apparition de l’écaille, rendait sa peau irritée.

— Là, ça tire, ça gratte et ça brûle.

Venceslas fit une grimace à la description que le Raen lui faisait de la pousse des écailles des Ao ra.

— Ça a pas l’air agréable.

Kyuuji haussa les épaules en souriant, les yeux pétillants de fierté.

— Ça va. Et puis, c’est cool !

— Ouais, moi aussi, j’ai hâte que ça pousse.

L’enfant Hyurois accompagna sa remarque en regardant dans son pantalon. Il releva les yeux vers Kyuuji en haussant les épaules.

— Heureusement, ce sera pas des écailles…

Le Raen, incapable de se contenir davantage, éclata de rire. Il se reprit rapidement devant le regard furieux de son ami.

— Je me moque pas, Vence !

— C’est ça…

— Non, vraiment. Je suis sûr que ça va plus tarder.

Avec un sourire qui ne semblait pas vouloir quitter ses lèvres, Kyuuji poussa amicalement l’épaule du Hyurois. L’enfant protesta, mais ce fut une voix grave, rauque et profonde qui sortit de sa bouche.

— Tenez, votre repas.

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